Cancer du poumon chez la femme : âge, symptômes, cause, non fumeuse...

Le cancer du poumon tue environ 10 000 femmes par an et il continue d'augmenter à cause du tabagisme. Quels sont ses symptômes ? Combien sont opérables ? Quel est le pronostic ? L'âge moyen d'apparition ? Et chez la femme non fumeuse ? Eclairage du Dr Maurice Pérol, oncologue.

Cancer du poumon chez la femme : âge, symptômes, cause, non fumeuse...
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Depuis 2010, le cancer du poumon est en nette augmentation chez la femme. La cause principale : la hausse du tabagisme. Le cancer du poumon représente désormais la deuxième cause de décès par cancer chez la femme en France, après le cancer du sein (12 000 décès par an) et la première cause de décès par cancer en Europe. Quels sont les autres facteurs de risques ? Les symptômes d'alerte ? Quel est l'âge moyen de sa survenue ? Comment expliquer l'apparition d'un cancer du poumon chez la femme non fumeuse ? Et chez la femme jeune ? Eclairage du Dr Maurice Pérol, oncologue médical spécialiste des cancers thoraciques au Centre Léon Bérard de Lyon.

Quels sont les chiffres en France ?

Selon les dernières statistiques de l'Institut national du Cancer (InCa) de 2018, on estime que la cancer du poumon représente, tout sexe confondu, entre 45 000 et 50 000 cas et 33 000 décès par an en France. "Pour être plus parlant, cela correspond à un diagnostic de cancer du poumon toutes les 15 minutes et un décès toutes les 20 minutes", précise le Dr Maurice Pérol. Environ 15 000 cas et un peu plus de 10 000 décès concernent des femmes. Le cancer du poumon est en légère diminution chez l'homme ces dix dernières années : -0.3% par an entre 2010 et 2018 alors qu'il augmente considérablement chez la femme : + 5.3% par an entre 2010 et 2018. "Il n'y a aucun autre cancer où l'on observe une augmentation pareille", commente notre interlocuteur. 

Un diagnostic de cancer du poumon toutes les 15 minutes et un décès toutes les 20 minutes.

Pourquoi le cancer du poumon augmente chez la femme ?

L'augmentation du cancer du poumon chez la femme s'explique principalement par la hausse du tabagisme. "Si on regarde la courbe d'incidence du cancer du poumon, elle est exactement superposable à la courbe des ventes de cigarettes industrielles en France depuis la Seconde Guerre mondiale, avec un décalage d'une vingtaine d'années. Et les femmes ont commencé à fumer en France un peu plus tard que les hommes. Cette augmentation est donc le reflet de la hausse du tabagisme avec des conséquences directes sur la santé, explique le Dr Pérol. On peut espérer qu'avec la lutte anti-tabac, l'évolution de l'incidence du cancer du poumon baisse." Il y a probablement d'autres facteurs de risques à cette augmentation du cancer du poumon, comme une exposition professionnelle à certaines substances comme les fumées de diesel ou d'amiante, mais cela reste plus rare chez la femme. En revanche, on n'a pas démontré de relation entre la prise d'hormones et la survenue de cancer du poumon chez la femme. "Une étude américaine avait montré que les femmes qui prenaient un traitement hormonal substitutif à base d'oestrogènes à la ménopause avait un sur-risque d'avoir un cancer du poumon mais il s'agissait de doses beaucoup plus importantes que les doses administrées en Europe ou en France. Aucun lien démontré scientifiquement non plus entre la prise de la pilule contraceptive et l'apparition d'un cancer du poumon", indique le Dr Pérol. 

Quels sont les symptômes chez la femme ?

Une tumeur peut se développer dans le poumon, ne pas faire mal et passer longtemps inaperçue.

"Les symptômes du cancer du poumon sont identiques chez l'homme et chez la femme. Le cancer du poumon est redoutable et on le découvre très souvent à un stade avancé car le poumon n'a pas d'innervation pour la douleur, explique le médecin oncologue. Une tumeur peut donc se développer dans le poumon, atteindre 5 ou 6 cm, ne pas faire mal et rester longtemps silencieuse. Il est donc difficile de s'en apercevoir. Pendant ce temps, la tumeur a le temps d'envoyer des cellules cancéreuses par le courant sanguin à d'autres organes et entraîner l'apparition de métastases." Voilà pourquoi le cancer du poumon est souvent diagnostiqué à un stade métastatique. Et ce sont ces atteintes des autres organes qui vont être symptomatiques et révéler la maladie :

  • Des métastases au niveau des os entraînent des douleurs osseuses, de la colonne vertébrale par exemple ou des fractures des os. 
  • Des métastases au niveau du foie peuvent causer une perte d'appétit, des nausées, une importante fatigue, une perte de poids inexpliquée, une jaunisse, un foie gonflé...
  • Des métastases au niveau du cerveau peuvent entraîner une hémiplégie (paralysie d'un seul côté du corps), une crise d'épilepsie, des troubles de la mémoire, une confusion, une faiblesse de certaines parties du corps... 
  • Des métastases au niveau des glandes surrénales (petites glandes situées au-dessus du rein) n'entraînent habituellement pas de symptômes ; elles sont souvent découvertes fortuitement sur le scanner et ne sont douloureuses que lorsqu'elles sont très volumineuses.

20% des tumeurs du poumon sont découvertes sans métastases, mais sont localement trop étendues pour être opérées. "La tumeur se trouve alors toujours dans le thorax et dans ce cas-là, elle peut entraîner l'apparition de symptômes comme une toux ou le fait de cracher du sang. La tumeur peut également provoquer des douleurs intenses dans le thorax si elle est d'un volume suffisant pour atteindre la plèvre, l'enveloppe du poumon qui, elle, est très innervée", souligne le Dr Pérol. 

→ 20% des cancers du poumon sont opérables (ils sont souvent découverts de manière fortuite).

→ 20% des tumeurs du poumon n'ont pas donné de métastases, mais sont trop localement étendues pour être opérées.

→ 60% des cancers du poumon sont découverts en raison d'une métastase. 

Quel est l'âge moyen de survenue du cancer du poumon chez la femme ?

L'âge moyen d'apparition d'un cancer du poumon est entre 60 et 65 ans chez la femme, un peu plus jeune que chez l'homme (67 ans en moyenne). "La survenue du cancer du poumon chez la femme reste assez tardive puisqu'elle est dans la majorité des cas liée à une exposition au tabac d'une durée suffisante pour que ça puisse provoquer une tumeur. Les goudrons liés à la combustion du tabac entraînent une accumulation de mutations de l'ADN. En se modifiant, les cellules de l'ADN peuvent se transformer en cellules cancéreuses tout au long de l'exposition à la fumée de tabac", explique le Dr Pérol. 

Cancer du poumon chez la femme jeune : quelles causes ? 

Fumer du cannabis est un facteur de risque du cancer du poumon.

"Le cancer du poumon peut parfois survenir chez les femmes plus jeunes, à 30 ou 40 ans, particulièrement chez celles qui ont commencé à fumer très tôt (à l'adolescence par exemple) ou celles qui ont fumé ou fument régulièrement du cannabis", indique notre interlocuteur. Le cannabis constitue un des facteurs de risque du cancer du poumon car sa fumée contient jusqu'à quatre fois plus de goudron que celle du tabac. De plus, le THC, principe actif du cannabis, dilate les bronches, ce qui favorise la pénétration de la fumée dans les poumons. 

Cancer du poumon chez la femme non fumeuse

On estime que 10 à 15% des cancers du poumon surviennent chez des personnes qui ne fument pas. Cela représente en France environ 5 000 personnes chaque année. "Il s'agit d'une forme de tumeur non pas liée à l'exposition au tabac, mais à des altérations génétiques appelées "mutations", autrement dit, des "accidents" qui peuvent altérer l'ADN des cellules. Ces mutations surviennent sur des zones de fragilité de l'ADN et sont capables de les transformer en cellules cancéreuses", décrit le Dr Pérol. On ignore encore pourquoi mais ce type de cancer est plus fréquent chez la femme que chez l'homme. "Attention, ce n'est pas une altération que l'on a dès la naissance, que l'on peut transmettre à ses enfants ou qui se trouve dans tout l'ADN constitutionnel, c'est une mutation qui survient dans une cellule initialement normale. Certaines altérations ont tendance à se manifester chez des gens plus jeunes (notamment celles touchant le gène ALK) et d'autres surviennent plus tardivement", indique l'oncologue. 

Quand consulter ?

Une toux qui persiste et qui s'intensifie, des crachats de sang, une douleur persistante au niveau du thorax, une perte d'appétit et de poids soudaine, une fatigue chronique, une respiration difficile ou une exposition plus importante aux bronchites à répétition doivent amener à consulter son médecin généraliste qui fera un premier examen clinique. Il pourra ensuite vous orienter vers un spécialiste ou vous prescrire des examens comme une radiographie du thorax si un cancer est suspecté. Cet examen pourra être suivi d'un scanner ou d'une biopsie. 

Quels traitements envisager chez la femme ?

  • Un cancer du poumon qui n'a pas donné de métastases peut être opérable s'il n'est pas trop avancé dans le thorax. La chirurgie pourra être associée à de la chimiothérapie après l'intervention pour réduire le risque de rechute.
  • Dans le cas d'un cancer du poumon qui est trop avancé dans le thorax pour être extirpé chirurgicalement, on peut envisager une chimiothérapie combinée à une radiothérapie
  • Dans le cas d'un cancer du poumon au stade métastatique avec mutations, on peut envisager une thérapie ciblée, qui correspond à la prise de comprimés permettant de bloquer la protéine responsable de la naissance de la tumeur et de sa croissance.
  • Dans le cas d'un cancer du poumon au stade métastatique sans mutation, on peut envisager la combinaison d'une chimiothérapie et d'immunothérapie. "L'immunothérapie est la dernière avancée dans le traitement du cancer. Il s'agit de médicaments qui aident le système immunitaire de la personne malade à se débarrasser de la tumeur. Chez certains patients, l'immunothérapie est suffisante pour éradiquer complètement la maladie", tient à préciser l'oncologue. 

Pronostic : quelles sont les chances de guérison ?

Le pronostic dépend du stade de la tumeur. Globalement, "la survie à 5 ans des cancers du poumon tous confondus se situe aux alentours de 17-18%. Pour les petites tumeurs opérées, le pronostic peut atteindre 70%. Pour les cancers localement avancés, le pronostic se situe aux alentours de 35 à 40%. Pour les cancers au stade métastatique, on parvient à avoir entre 10 et 15% de patients en vie à 5 ans sans évidence de maladie, ce qui n'était pas envisageable avant le recours à l'immunothérapie", conclut le Dr Pérol.

Merci au Dr Maurice Pérol, oncologue médical spécialiste des cancers thoraciques au Centre Léon Bérard de Lyon.

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