Cancer du pharynx : âge, causes, traitement, évolution

Si le cancer du pharynx touche principalement les fumeurs, de nouveaux facteurs de risques apparaissent. À quoi est-il dû ? Comment se manifeste-t-il ? Quels sont les traitements ? État des lieux avec le Dr Alain Bizon, médecin ORL et chirurgien cervico-faciale au CHU d'Angers.

Cancer du pharynx : âge, causes, traitement, évolution
©  Orawan Pattarawimonchai

Définition : qu'est-ce qu'un cancer du pharynx ?

Le pharynx fait partie des "voies aérodigestives supérieures." Il représente un carrefour entre les voies aériennes et digestives. Il comprend trois parties : 

  • Le rhinopharynx, également appelé nasopharynx ou cavum : c'est la partie supérieure du pharynx, derrière le nez. C'est la zone où se trouvent les végétations adénoïdes, souvent enlevées dans la petite enfance.
  • L'oropharynx qui comprend les amygdales, le voile du palais, la base de langue et l'épiglotte.
  • L'hypopharynx qui correspond au fond de la gorge, autour du larynx. On y trouve les sinus piriformes et la bouche œsophagienne. C'est l'entonnoir pharyngé qui amène les aliments jusqu'à l'œsophage lors de la déglutition. 

"Ces trois zones entraînent des cancers différents et les facteurs de risques varient selon la région atteinte, même s'il existe des causes communes. Le cancer du pharynx peut atteindre soit l'oropharynx (amygdales, voile, base de langue ou épiglotte) soit l'hypopharynx c'est-à-dire les sinus piriformes et la bouche œsophagienne", commente le Dr Alain Bizon.

Quelles sont les causes ?

Ce sont les causes communes à tous les cancers ORL, à savoir principalement :

  • L'association du tabac et de l'alcool 
  • Le tabac
  • L'alcool, dans une moindre mesure s'il est isolé.

Le cancer de l'hypophrarynx est particulièrement dû à l'association alcool-tabac. Les cancers de l'oropharynx résultent quant à eux le plus souvent de la consommation de tabac. Désormais, le papillomavirus (HPV) est également considéré comme un facteur de risque au niveau de l'oropharynx principalement. Il s'agit du même virus qui est à l'origine du cancer du col de l'utérus. "Des papillomes vont se former au niveau de l'amygdale et du voile du palais et ils sont susceptibles de dégénérer en cancer. En raison de ce facteur de risque, le cancer de l'oropharynx touche de plus en plus souvent les personnes jeunes, qui ne présentent pas forcément de facteurs de risques liés à d'alcool et au tabac. D'où l'intérêt de la vaccination contre le papillomavirus pour les garçons comme pour les filles, de 11 à 14 ans. Quel que soit le type de cancer, lorsque l'alcool et le tabac sont associés, le facteur de risque est multiplié par 50", précise le médecin ORL. 

Quel est l'âge de survenue ?

Le cancer du pharynx touche principalement l'homme dans la cinquantaine. Toutefois, ces données ont tendance à changer : l'âge de survenue devient de plus en plus précoce et les femmes sont davantage atteintes. "Nous voyons de plus en plus de patients âgés de 20 à 30 ans qui développent un cancer du pharynx alors qu'ils n'ont pas de facteurs de risques évidents. C'est quand on réalise une biopsie que l'on constate que le marqueur du papillomavirus est positif", ajoute le spécialiste. 

Quels sont les symptômes ?

Le cancer du pharynx se manifeste essentiellement par une gêne pour avaler (dysphagie), une gêne pour respirer (dyspnée), un changement de la voix (dysphonie), des douleurs à la déglutition (odynophagie), des saignements (crachats de sang), ou encore l'apparition d'un ganglion dans le cou. "C'est la persistance de ces symptômes dans le temps, plus de trois semaines, qui doit faire suspecter un cancer, surtout chez un patient à risque", prévient le Dr Alain Bizon.

Comment se fait le diagnostic ?

"Il n'y a pas de marqueur sanguin comme c'est le cas pour certains cancers. Le diagnostic est posé par l'examen clinique et la biopsie. En complément, une panendoscopie sous anesthésie générale peut être effectuée pour faire le bilan, s'assurer qu'il n'y a qu'un seul cancer, pratiquer des prélèvements et vérifier l'extension du cancer pour déterminer la suite du traitement", indique le Dr Alain Bizon. L'examen des personnes à risques peut aussi aider à diagnostiquer des lésions précancéreuses. Ce sont les leucoplasies, taches blanches, classiquement décrites en "tache de bougie", ou des lésions érythroplasiques, taches rougeâtre, saignant au contact. Les papillomes au niveau du voile, des amygdales ou de la langue peuvent aussi être ainsi vus et retirés, principalement chez les patients à risque.
En cas de cancer avéré, une imagerie est prescrite pour évaluer l'extension de la maladie : un scanner cervico-thoracique, une IRM (principalement pour la langue) et un TEP scanner (principalement en cas de tumeur localement évoluée).

Quels sont les traitements ?

Lorsque le diagnostic de cancer est posé, le traitement est discuté lors d'une réunion pluridisciplinaire regroupant le chirurgien ORL, un radiothérapeute et un chimiothérapeute. D'autres médecins, anesthésistes, anatomopathologistes, radiologues peuvent y assister.
La prise en charge du cancer du pharynx dépend de sa localisation. Lorsque cela est possible, l'opération est le traitement de première intention. La chirurgie doit pouvoir traiter la tumeur sans entrainer de lourdes séquelles au niveau de la phonation et de la déglutition. Au niveau du pharynx, on privilégiera une chirurgie partielle, quand elle est possible, consistant à retirer la partie malade sans altérer sa fonction. Néanmoins, l'intervention au niveau de l'amygdale ou de la base de langue pouvant vite se révéler mutilante, la radio-chimiothérapie concomitante est privilégiée. "Si le cancer est localisé au niveau des sinus piriformes, et qu'une chirurgie partielle n'est pas possible, le traitement repose d'abord sur la chimiothérapie. En fonction de la réponse obtenue, une radiothérapie pourra y être associée si cela a bien fonctionné. En cas de mauvaise réponse à la chimiothérapie, il faudra effectuer une pharyngo-laryngectomie, c'est-à-dire procéder à l'ablation de la totalité du pharynx et du larynx. Ce geste sera complété par de la radiothérapie. L'immunothérapie peut également être envisagée mais dans un deuxième temps seulement", explique le chirurgien cervico-faciale. Il s'agit d'une thérapie ciblée visant les cellules cancéreuses pour les empêcher de croitre. Il est associé à la radiothérapie ou à la chimiothérapie.

Quelle est l'évolution ?

En cas de chirurgie, une période de rééducation est nécessaire. "Cette rééducation est faite aussi bien pour la phonation que pour la déglutition par un orthophoniste. Elle a pour but d'aider à la récupération au mieux des capacités de parler, manger et boire. Un suivi est ensuite nécessaire pendant plusieurs années pour s'assurer de l'absence de récidive et permettre le dépistage de nouvelles lésions, qu'elles soient précancéreuses ou déjà invasives", souligne notre expert.

Quelles sont les chances de survie ?

Selon l'Institut National du cancer (INCa), le nombre estimé de nouveaux cas de cancer de l'ensemble Lèvre- Bouche-Pharynx (LBP) en France en 2018 était de 10 055 chez les hommes et 3 637 chez les femmes. Le nombre estimé de décès par cancer de LBP était de 2 898 chez les hommes et 924 chez les femmes. Pour les cas diagnostiqués entre 2010 et 2015, la survie nette standardisée à 5 ans était de 41 % chez les hommes et 56 % chez les femmes, avec une amélioration de la survie nette à 5 ans et 10 ans plus importante chez les personnes de 50 ans. 

Merci au  Dr Alain Bizon, médecin ORL et chirurgien cervico-faciale au CHU d'Angers.