Bouton, essoufflement : comment supporter le masque anti coronavirus ?

Face à l'épidémie de Covid-19 en France, le port du masque est de rigueur. Mais il est parfois difficile à supporter et peut entraîner des signes proches de l'allergie. Boutons, rougeurs, essoufflement : conseils pour le supporter même en espace clos.

Bouton, essoufflement : comment supporter le masque anti coronavirus ?
© Satjawat Boontanataweepol -123RF

[Mise à jour le mercredi 1 juillet 2020 à 16h06] S'il n'est pas obligatoire dans l'espace public en France, hormis dans les transports en commun, le port du masque est vivement conseillé dans les endroits clos, les lieux de rassemblements... pour éviter la transmission du coronavirus. Problème : il tient très vite chaud surtout quand il est en tissuDémangeaisons de la peau, chaleur sur le visage, rougeurs, aggravation de l'eczéma, sensation d'étouffement, allergie... Conseils et astuces pour mieux supporter le masque en toutes circonstances.

Problèmes de peau : acné, rougeur, rosacée, dermite, eczéma...

"La peau du visage n'est pas physiologiquement adaptée au port du masque. Elle est fine et réagit plus rapidement aux agressions de type frottementexplique le Dr Radostina Bachvarova, dermatologue. La peau n'est pas la même partout. Celle des mains est plus épaisse, plus rugueuse, moins fragile." La dermatologue explique : "Le frottement du masque sur les zones fragiles du visage, et en particulier sur le haut du nez la ou reposent certains masques équipés d'une barrette en acier, agresse la peau et abîme la barrière cutanée naturelle. Lorsque cette barrière cutanée est abîmée, les problèmes de peau arrivent." Ils sont variables d'une personne à l'autre et dépendent de la durée du port du masque et du phénomène de chaleur qui augmente entre le masque et la peau : "De 2 à 3 jours, à une semaine ou après un mois de port fréquent du masque et plus rapidement sur une peau fragile", précise l'experte.

"Le frottement du masque sur les zones fragiles du visage agresse la peau et abîme la barrière cutanée naturelle."

Le Dr Bachvarova dresse la liste des problèmes cutanés qui peuvent être liés au port du masque :

  • Séborrhée réactionnelle : le frottement du masque sur la peau du visage affine la peau, couplé à l'accumulation de la chaleur, de la transpiration et de l'humidité dans le masque, font apparaître chez les personnes sensibles une augmentation excessive de la production de sébum. Les pores de la peau se bouchent et s'enflamment au fur et à mesure, l'acné apparaît.
  • Déséquilibre du pH de la peau : le pH de la peau du visage est légèrement acide. Sous l'effet de la chaleur confinée dans le masque, il devient plus alcalin. Ce déséquilibre favorise la prolifération des bactéries à germes pathogènes.
  • Dermite séborrhéique : à force d'agression répétée, des rougeurs apparaissent et la peau desquame.
  • Acné, acné rosacée : l'acné et les rougeurs sur la peau apparaissent à force de frottement répétés du masque facial sur la peau, aggravées par la chaleur, la transpiration et le déséquilibre du microbiote. Les personnes sous traitement anticoagulant ont une sensibilité accrue au niveau des petits vaisseaux.
  • Eczéma : appelé aussi dermatite atopique, il s'agit d'une inflammation de la peau qui peut découler sur un prurit au niveau des zones d'appui du masque, soit des démangeaisons et des rougeurs associées.
  • Psoriasis du visage : les frottements répétés agressent la peau, des plaques de psoriasis peuvent apparaître.  
  • Folliculite ou inflammation du follicule pileux chez les hommes. Elle est due au frottement sur les poils de la barbe. La chaleur dans le masque facial est un facteur aggravant.
  • Taches pigmentaires : les peaux mates ont une résistance plus élevée face aux frottements mais elles sont plus sujettes aux taches pigmentaires post inflammatoires, plus difficiles à enlever ensuite.

Comment supporter le masque sans problème ?

  • Se rafraîchir le visage régulièrement (par exemple avec un brumisateur d'eau thermale).
  • Boire beaucoup d'eau et / ou plus souvent.
  • Enlever le masque pour la pratique d'une activité sportive.
  • Raser sa barbe.
  • Moins se maquiller.
  • Eviter les produits cosmétiques parfumés, avec des conservateurs et des parabens.
  • Privilégier les crèmes hydratantes anti-irritations, à mettre soir et matin.
  • Nettoyer sa peau avec un produit au pH neutre ou un peu acide pour rétablir l'équilibre du microbiote cutanée.
  • Soigner sa peau le soir avec une crème cicatrisante.
  • Prendre de la vitamine C. Elle contribue à renforcer la paroi capillaire des petits vaisseaux.
  • Réduire sa consommation d'aliments sucrés qui stimule la production de sébum.
  • Réduire sa consommation de produits laitiers au lait de vache cru (déconseillés en cas d'acné et d'eczéma).
  • Choisir un masque dans lequel on se sent bien.
  • Eviter les masques en Néoprène, notamment pour les personnes allergique au latex, les matières synthétiques et ceux très colorés, contenant des composants irritants. Préférer les masques chirurgicaux ou ceux dits "alternatifs" en coton et de couleur neutre, pâle

Quels problèmes pour les malades respiratoires, les asthmatiques ?

Les personnes asthmatiques, souffrant de broncho-pneumopathie chronique obstructive (BPCO), de mucoviscidose, de fibrose pulmonaire ou encore de bronchite doivent prêter attention aux choix de leur masque. "Un masque trop hermétique, type FFP2 sera difficile à supporter longtemps. Avec ce type de masque, la personne a tendance à avoir une respiration plus rapide et à hyperventiler" indique le Dr Sophie Silcret-Grieu, allergologue. Pour les personnes qui souffrent de problèmes respiratoires ou cardiovasculaires, la prudence est donc de mise sur le choix de leur masque, "de type chirurgical de préférence, mais le mieux est d'essayer plusieurs modèles et d'adopter celui qui convient le mieux, préconise la médecin. Un masque leur est utile, car avec la circulation intense des pollens, il peut s'avérer un peu protecteur, et protégera également les autres personnes en cas d'éternuement."

Difficultés respiratoires

Des experts médicaux japonais ont lancé l'alerte en premier, mi-mai. Alors que les températures sont devenues estivales au Japon (autour de 30 degrés Celcius), le port de masques faciaux pour empêcher la propagation du coronavirus pourrait entraver la bonne ventilation de l'organisme. Le chef du service d'urgence de l'hôpital universitaire de Teikyo au Japon, Yasufumi Miyake en est persuadé. Il indique dans son étude reprise dans les colonnes du JapanTimes que l'air frais ne peut plus atteindre les poumons, entraînant un essoufflement et une accumulation de chaleur à l'intérieur du corps. L'expert souligne également le risque de déshydratation, d'épuisement et de coups de chaleur alors qu'un été caniculaire se profile. A la Graduate School of Medicine de l'Université Gunma, spécialisée en physiologie de l'environnement au Japon, le Professeur Noriyuki Koibuchi fait le même constat et recommande d'éviter de faire du sport en portant le masque. Le journal nippon rapporte le décès de deux lycéens en Chine portant un masque durant des activités sportives qui a conduit les experts à mettre en garde contre les dangers du port d'un masque trop hermétique pendant un exercice physique, à l'origine probable d'une carence en oxygène.

 

Quelles sont les personnes à risque de ne pas supporter le masque ?

"Les peaux des personnes âgées et les peaux claires sont plus fines et plus à risques de problèmes que les peaux foncées" prévient la dermatologue. De même les personnes aux peaux déjà fragilisées par des pathologies comme l'eczéma, le psoriasis, l'acné ou la dermatite atopique sont plus à risque de ne pas supporter le masque sur le plan cutané. Au niveau respiratoire, ce sont les personnes qui souffrent déjà de troubles de la respiration qui vont le plus en pâtir (BPCO, pneumopathie...).

Mercis au Docteur Radostina Bachvarova, dermatologue aux Thermes de Saint-Gervais Mont Blanc, spécialisée dans le traitement des pathologies de la peau, et au Docteur Sophie Silcret-Grieu, allergologue à Paris.

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