Plasma sanguin : injections en urgence sur les patients Covid-19

Les essais cliniques s'enchaînent pour trouver un traitement capable de guérir les malades du coronavirus. Mais le temps presse compte tenu de la gravité potentielle de la maladie Covid-19. L'injection de plasma sanguin d'un patient guéri à un patient malade est exceptionnellement autorisée. En quoi consiste ce traitement ? Qu'est-ce que le plasma sanguin ? Comment est-il utilisé en situation d'urgence ? Est-ce une solution de prévention ? Détails.

Plasma sanguin : injections en urgence sur les patients Covid-19
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Les scientifiques poursuivent leur recherche pour combattre le coronavirus qui continue de faire des milliers de victimes chaque jour dans le monde. Parmi les travaux lancés : l'essai Coviplasm. Soutenu par l'AP-HP (Assistance Publique-Hôpitaux de Paris), l'Inserm et l'Établissement Français du Sang, il consiste à transfuser le plasma sanguin de patients guéris du Covid-19 à d'autres encore malades. Le plasma sanguin est un composant liquide du sang qui sert de moyens de transport pour les trois principaux types de cellules présentes dans le sang : les hématites ou globules rouges, les leucocytes ou globules blancs et les thrombocytes ou plaquettes sanguines. Le plasma représente environ 55% du volume total du sang. Celui des personnes guéries du coronavirus contient ainsi les anticorps développés par l'organisme pour combattre l'infection par le virus Sars-CoV-2. Il pourrait aider les malades en phase aiguë de la maladie à en développer par transfert d'immunité. C'est sans attendre les résultats des essais cliniques, face à la situation d'urgence, que l'ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament) autorise l'utilisation à titre exceptionnel du plasma, en publiant une décision encadrant son utilisation temporaire, le 29 avril 2020. L'Académie nationale de médecine a alerté le 8 avril sur les risques non négligeables à prendre en compte pour valider les bénéfices.

Quels patients Covid-19 sont retenus pour donner du plasma sanguin ?

L'EFS a commencé le mardi 7 avril à prélever le plasma des premiers malades français guéris du Covid-19 dans trois régions (Ile-de-France, Grand Est, Bourgogne-Franche-Comté). Les patients guéris du Covid-19 sont ainsi invités à donner leur plasma à l'EFS, unique collecteur de sang en France. L'Établissement Français du Sang prévoit de prélever 600 ml de plasma chez près de 200 patients guéris, ce qui lui permettra de mettre à disposition 600 unités de 200 ml de plasma pour l'essai clinique chez les malades. Les donneurs devront être guéris depuis au moins 14 jours. Le prélèvement se fera comme habituellement pour les dons de plasma par plasmaphérèse. La plasmaphérèse consiste en un retrait complet du sang (généralement par prise de sang dans le pli du bras) dont le plasma sera prélevé (par centrifugation) tandis que tous les autres composants sanguins seront retournés au donneur avec un substitut du plasma, tel que l'albumine ou un mélange d'albumine et de solution saline. Au cours d'une session, trois à quatre litres de plasma peuvent être prélevés.

600 ml de plasma sanguin vont être prélevés à 200 patients guéris du Covid-19.

Quels patients Covid-19 sont retenus pour recevoir du plasma sanguin et quel protocole ?

L'essai clinique Coviplasm comptabilise 60 patients. Il se déroule dans différents hôpitaux de l'AP-HP à Paris et en Ile-de-France, à partir du 16 avril. La moitié va bénéficier de l'apport en plasma-convalescent. Deux unités de plasma de patient convalescent de 200 à 220 ml chacune seront transfusées au jour 6 (+/- 1 jour) de début des symptômes cliniques. En l'absence d'événements indésirables aigus et imprévus chez les trois premiers patients, deux unités seront transfusées 24 heures après les deux premières, soit un total de quatre unités par patient. En fonction de l'efficacité du traitement et de l'absence d'apparition d'effets secondaires délétères, l'essai clinique pourra être élargi à un nouveau groupe de patients. Toutefois, compte tenu de la gravité potentielle de la maladie Covid-19 et afin d'augmenter les chances de survie des patients présentant une forme sévère, l'ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament) publie le 30 avril une décision encadrant l'utilisation à titre exceptionnel et temporaire du plasma de personnes convalescentes en dehors des essais cliniques en cours, lorsque l'inclusion d'un patient dans un essai n'est pas (ou plus) possible. Cette utilisation est rendue possible dans les mêmes indications que celles définies par les essais cliniques Coviplasm, et dans un nombre limité de situations particulières, qui font l'objet d'une décision médicale collégiale au niveau de l'unité de soins où le patient est pris en charge. Le suivi de la prise en charge de ces patients ainsi qu'un bilan sont prévus. En outre, les patients ayant une infection sévère Covid-19 concernés sont informés du traitement prescrit et des risques qui y sont liés.

Quels sont les risques ?

L'Académie nationale de médecine rappelle aux équipes scientifiques qui travaillent à l'essai Coviplasm que : "Si l'utilisation du plasma total permet de répondre en urgence à des situations cliniques préoccupantes, elle présente cependant un certain nombre d'inconvénients : la nature, le titre et le pouvoir neutralisant des anticorps sont très variables d'un donneur à l'autre. De plus, les
risques liés à la présence de citrate, au volume perfusé chez des patients fragiles, à la possible transmission d'agents infectieux et au transfert de molécules pro-inflammatoires ne sont pas négligeables
." L'Académie recommande le 8 avril "de constituer dès à présent des pools de plasmas prélevés chez des sujets immunisés (convalescents, ou guéris), ayant des titres d'anticorps élevés, afin de préparer des immunoglobulines hyperimmunes (IGHI) dans les règles de l'art. Les avantages sont évidents : risque de transmission virale réduit grâce aux procédés d'inactivation, meilleure qualification du produit, amélioration de la qualité scientifique et du niveau de preuve des études qui seront menées du fait de la standardisation des lots, apport d'immunoglobulines antipneumococciques et antigrippales chez des sujets à risque de surinfection."

L'essai Coviplasm : une avancée dans la recherche d'une immunité collective ?

L'essai clinique Coviplasm est un essai randomisé (comparatif) imbriqué dans l'essai de la plate-forme CORIMUNO-19, une étude plus large menée par l'AP-HP et permettant la réalisation rapide et simultanée d'essais contrôlés randomisés de médicaments, notamment des médicaments immuno-modulateurs, chez des patients hospitalisés pour une infection à Covid-19. En parallèle, l'EFS va s'engager avec l'Institut Pasteur et l'UMR IRD UVE 190 (virus émergents), dans des études de séroprévalence (soit la proportion de personnes affectées par un virus dans une population-cible) qui permettront de suivre l'immunité collective contre le coronavirus. En recherchant la présence d'anticorps contre le virus dans un échantillon représentatif des donneurs de sang venant faire un don pendant une période précise, il sera possible d'obtenir une image de la propagation du virus en France. Le test sera réalisé de manière aléatoire et il n'est pas prévu que les résultats individuels soient communiqués aux donneurs, annonce l'Inserm. L'Académie nationale de médecine engage les chercheurs à aller plus loin, voyant dans ces essais l'opportunité que représentent les immunoglobulines hyperimmunes (IGHI). ​"Les​​​​​​ IGHI pourraient être utilisées non seulement en traitement des formes graves, comme rapporté dans les deux publications chinoises, mais surtout lors de la sortie du confinement, en association avec le dépistage sérologique, en prévention chez les proches séronégatifs de patients infectés par le SARS-CoV2, en particulier dans les EHPAD. Elles pourraient aussi être utilisées dès le début de l'infection chez les sujets fragiles (très âgés, cancéreux, immunodéprimés…) à risque de développer une forme grave." Les résultats obtenus dans l'étude chinoise - qui s'est déroulée du 23 janvier 2020 au 19 février 2020 -, sur 10 patients COVID-19 sévères (six hommes et quatre femmes de 45 à 59 ans) démontrent une amélioration de tous les symptômes chez les 10 patients, en particulier la fièvre, la toux, l'essoufflement et les douleurs thoraciques, ont disparu ou se sont largement améliorés en 1 jour à 3 jours après transfusion de plasma convalescent. Un réduction des lésions pulmonaires plus ou moins significative chez tous les patients. Une augmentation des titres d'anticorps chez 5 patients et une réduction de l'ARN du SRAS-CoV-2 à un niveau indétectable chez trois patients 2 jours après la transfusion de plasma convalescent, chez trois patients au jour 3 et un patient au jour 6. L'étude chinoise met également en évidence deux facteurs clés à la réussite du traitement : le titre en anticorps neutralisants des plasmas convalescents et le moment de la transfusion, plus efficace avant 14 jours de maladie. Ces résultats confirment un effet neutralisant du traitement par plasma convalescent sur le SRAS-CoV-2 sérique. En France, le Pr Karine Lacombe compte pouvoir observer un développement des anticorps chez les patients de l'étude Coviplasm à partir du septième jour après traitement. L'essai qui a débuté le 16 avril, donnera ses premiers résultats "pas avant fin avril, mi-mai" a t-elle déclaré.

Qui pilote ces essais cliniques ?

Le Pr Karine Lacombe, cheffe du Service des maladies infectieuses et tropicales de l'hôpital Saint-Antoine AP-HP, est l'investigateur principal de cet essai clinique appuyé par l'AP-HP avec le soutien de l'Inserm. En collaboration avec le Pr Pierre Tiberghien de l'Établissement Français du Sang (EFS), qui est l'investigateur pour l'EFS, avec le support de l'ensemble des équipes de la Direction de la Recherche et de la Valorisation de l'Innovation de l'EFS.

Source : Coviplasm : tester l'efficacité de la transfusion de plasma de patients convalescents du Covid-19 dans le traitement de la maladie. Inserm, 5 avril 2020.

Académie nationale de Médecine, Communiqué du 8 avril 2020.

Etude menée en Chine : Efficacité de la thérapie plasma convalescente chez les patients COVID-19 sévères, publié le 6 avril 2020 sur le site de l'Académie des sciences Américaine.

Décision du 29 avril 2020, autorisant la collecte, la préparation, la conservation, la distribution et la délivrance du plasma convalescent Covid-19, ANSM.

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