Evolution Covid-19 en France : courbe, vague, et en 2021 ?

En France, l'épidémie de Covid-19 régresse après deux vagues particulièrement virulentes. Quand le pic a-t-il été atteint à la 1ère vague ? Et à la 2e ? Pourrait-il y avoir une 3e vague de contamination début 2021 ? Pic, plateau, décrue : évolution de l'épidémie et bilan des courbes.

Evolution Covid-19 en France : courbe, vague, et en 2021 ?
© JIRA PLIANKHAROM - 123RF

[Mis à jour le lundi 7 décembre 2020 à 11h31] L'épidémie de Covid-19 n'est toujours pas endiguée en France, bien que la décrue de la deuxième vague se confirme depuis quelques semaines. Quand le pic a-t-il été atteint en France ? Quelle est la courbe d'évolution de l'épidémie à date ? Quand sortirons-nous (vraiment) de l'épidémie de coronavirus selon les chercheurs ? Une troisième vague début 2021 est-elle inévitable ? Bilan de la pandémie depuis ses débuts et hypothèses pour les mois à venir. 

Evolution de l'épidémie de Covid-19 en France

Depuis le début de l'épidémie, plusieurs scientifiques tentent de prédire l'évolution de la propagation du coronavirus, en tenant compte des facteurs sociaux ainsi que des mesures d'hygiène et de confinement mises en place par les autorités sanitaires. Ils se basent également sur le nombre de personnes qu'un malade peut infecter (le R0) et sur le nombre de nouveaux cas, de malades hospitalisés ou en réanimation. Compte tenu de ces différents paramètres, on peut dire que la France a connu plusieurs phases.

Première vague du Covid-19 : mars - mai 2020

Depuis les premiers cas officiels enregistrés en France le 24 janvier par Santé publique France, le nombre de nouveaux cas et de nouveaux décès de Covid-19 ont augmenté de façon croissante jusqu'à la fin du mois de mars. Autrement dit de fin janvier à fin mars, la France était en phase ascendante. A partir du 3 avril, l'impact de l'épidémie était majeur et "la France se situait dans une phase de haut plateau" indiquait Jérôme Salomon, directeur général de la santé le 10 avril. Le nombre de personnes hospitalisées a été le plus élevé le 14 avril (plus de 32 000) pour redescendre progressivement entre le 20 avril et début juin (autour de 15 000). Entre le 15 juin et le 20 septembre, le nombre de patients hospitalisés s'est stabilisé autour de 5 000 et le nombre de personnes en réanimation autour de 400 : la France était alors dans une phase de bas plateau. Les chiffres ont commencé à ré-augmenter fin août, laissant présager le début d'une deuxième vague. 

Courbe des hospitalisations en France - Première vague
Courbe des hospitalisations en France - Première vague : 15 mars / 15 juin © Géodès - Santé publique France

Deuxième vague du Covid-19 : septembre - novembre 2020

Depuis la mi-novembre, l'épidémie poursuit sa décrue

Le Conseil scientifique a alerté début septembre de la survenue à la fin de ce même mois d'une deuxième vague épidémique. "La circulation du virus a repris pendant l'été 2020 sur l'ensemble du territoire français, notamment chez les jeunes adultes. Le nombre de cas diagnostiqués chaque jour a atteint les 10 000 au premier septembre", expliquait-il dans une note du 26 octobre. Un tassement des chiffres a été observé lors de la seconde moitié du mois de septembre (en moyenne 15 000 nouvelles infections par jour). Dès le 1er octobre, "on constate une remontée extrêmement rapide du nombre de nouveaux cas, qui fait suite à une baisse généralisée des températures (baisse atteignant 25°C pour les maximales par endroit) qui a débuté entre le 20 et le 25 septembre selon les régions", poursuit le Conseil Scientifique. L'épidémie a ensuite progressé en France pour atteindre à la mi-novembre [autour du 15 novembre] un nombre de personnes hospitalisées légèrement supérieur au pic de la mi-avril (environ 32 000 personnes hospitalisées chaque jour entre le 11 et le 20 novembre). Depuis le 17 novembre, le nombre de personnes hospitalisées et admises en réanimation baisse en France. Le 16 novembre, il y avait près de 5 000 personnes en réanimation tandis que le 1er décembre, il y en avait 3 600. Depuis la mi-novembre, l'épidémie est en décrue

. Évolution des taux d’incidence et taux de dépistage par RT-PCR (/100 000 habitants), par semaine, depuis la semaine 23/2020
. Évolution des taux d’incidence et taux de dépistage par RT-PCR (/100 000 habitants), par semaine, depuis la semaine 23/2020 © Santé publique France

Troisième vague du Covid-19 : début 2021 ?

Des scientifiques envisagent une troisième vague au printemps 2021 et une quatrième vague à l'automne 2021.

Le 24 novembre 2020, Emmanuel Macron a présenté un allègement des restrictions en France, compte tenu de la décrue de l'épidémie sur tout le territoire. Le déconfinement se fait très progressivement, c'est-à-dire en trois étapes. La dernière étape devrait être le 20 janvier 2021 avec la levée du confinement et la réouverture des bars, restaurants et salles de sport. Pour autant, la crainte d'une troisième vague subsiste, à l'instar des Etats-Unis, du Japon, de la Corée du Sud ou de l'Iran qui font actuellement face à un troisième pic épidémique. En analysant les données de précédentes pandémies, et notamment celle de la grippe, les chercheurs du Center for Infectious Disease Research and Policy (Minnesota, Etats-Unis) ont modélisé la courbe épidémique et envisagent plusieurs scénarii possibles parmi lesquels l'éventualité d'une troisième vague au printemps 2021 et d'une quatrième vague à l'automne 2021. Les troisième et quatrième vagues seraient néanmoins plus petites que les précédentes d'après les scientifiques. Dans tous les cas, "nous devons tout faire pour éviter une troisième vague, tout faire pour éviter un troisième confinement. Si nous ne voulons pas subir demain un troisième confinement, nous devons redoubler de vigilance", a insisté Emmanuel Macron lors de son allocution du 24 novembre. "Aujourd'hui nous avons une deuxième vague. S'ils ne construisent pas l'infrastructure nécessaire, nous aurons une troisième vague au début de l'année prochaine. Il faut une surveillance très étroite des personnes afin de savoir qui est infecté", prévient de son côté David Nabarro, envoyé spécial de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) le 29 novembre 2020.

  • Un pic correspond au moment qui précède l'infléchissement d'une courbe de cas, hospitalisations ou décès enregistrés chaque jour.
  • Un plateau désigne la stabilisation du nombre de nouveaux cas, d'hospitalisations ou de décès enregistrés chaque jour.
  • Une décrue signifie la baisse des nouvelles contaminations et des nouveaux décès enregistrés chaque jour. 

Pic de l'épidémie : quand ont-ils été atteints ?

"Généralement, les nouvelles infections ou les nouveaux cas symptomatiques sont considérés pour définir le franchissement du pic de l'épidémie ; en effet, ils traduisent la circulation du virus dans la population de manière plus précoce que les hospitalisations et les décès", explique Santé publique France dans un communiqué du 26 novembre. On ne peut donc déterminer le pic d'une épidémie que lorsque celui-ci est passé. Pour décréter le passage d'un pic, les épidémiologistes s'appuient sur l'observation d'une franche diminution des indicateurs pendant au moins deux semaines consécutives. Au vu de l'évolution des indicateurs étudiés, le pic de la première vague en France aurait eu lieu entre le 6 et le 10 avril et le pic de la deuxième vague du Covid-19 en France aurait eu lieu, selon Santé publique France, autour du 15 novembre, ce qui témoigne d'une moindre circulation du virus dans la population. "Pour autant, le passage d'un pic ne signifie pas la fin de la vague épidémique, car de nombreux nouveaux cas vont continuer à survenir durant la phase décroissante, insiste l'agence sanitaire. Au-delà de la vague actuelle, l'évolution à venir de l'épidémie dépendra de l'évolution des comportements des individus et des nouvelles mesures qui pourraient être mises en place (vaccination par exemple)".

Pic de la première vague : entre le 6 et le 10 avril 2020

Pic de la deuxième vague : entre le 12 et le 19 novembre 2020

Courbe de l'évolution de l'épidémie

• Par rapport au nombre d'hospitalisations :

Nombre de personnes actuellement hospitalisées avec diagnostic covid-19 - hommes et femmes
Courbe du nombre de personnes actuellement hospitalisées avec diagnostic Covid-19 © Géodes - Santé publique France

• Par rapport au nombre de réanimations :

Nombre de personnes actuellement en réanimation (sr/si/sc) avec diagnostic covid-19
Courbe du nombre de personnes actuellement en réanimation (sr/si/sc) avec diagnostic Covid-19 © Géodès - Santé publique France

L'épidémie Covid-19 suit-elle une courbe en cloche, caractéristique des maladies virales ?

La forme en cloche (aussi appelée courbe de Gauss en mathématiques) est typique des courbes d'évolution d'une épidémie dite "par propagation", comme c'est le cas de la plupart des maladies à transmission interhumaine (maladies virales). Si on analyse la courbe épidémique d'une maladie virale (voir la courbe ci-dessous de l'épidémie de Chikungunya en 2005), on remarque toujours une phase ascendante au début de l'épidémie, puis une forme de cloche qui correspond au pic épidémique, une stagnation du nombre de nouveaux cas et enfin, une phase descendante, où le nombre de cas diminue progressivement. Pour certains scientifiques, cette forme typique "en cloche" représente un indicateur qui annoncerait que le pic de l'épidémie a été atteint et que la maladie est dans une phase très décroissante. Pour le moment, en l'absence de traitements ou vaccins, seul le fait de développer une immunité de groupe permettrait de faire complètement disparaître l'épidémie. 

courbe épidémique maladie virale
Courbe "en cloche" typique d'une épidémie de maladie virale. © Rapport "MODÉLISATION DES ÉPIDÉMIES DE MALADIES ÉMERGENTES", Pierre-Yves Boelle, Ingénieur civil des Mines de Paris, INSERM

Sources : Point épidémiologique Covid-19 du 19 novembre, Santé publique France // Courbes Géodès - Santé publique France (données hospitalières) // Note du Conseil Scientifique Covid-19 : une deuxième vague entraînant une situation sanitaire critique - 26 octobre 2020

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