Pic, plateau, décrue : évolution de l'épidémie de Covid-19 en France

En France, l'épidémie de coronavirus repart à la hausse. Quand le pic a-t-il été atteint en France ? Pourrait-il y avoir une deuxième vague de contamination ? Evolution de l'épidémie depuis ses débuts et bilan des courbes.

Pic, plateau, décrue : évolution de l'épidémie de Covid-19 en France
© snezhana12 - 123RF

L'épidémie de coronavirus n'est toujours pas endiguée en France, de même que dans les autres pays du monde où elle poursuit sa propagation. Au 7 septembre, Santé publique France indique que "la progression de la circulation virale est exponentielle" et que "la dynamique de la transmission en forte croissance est préoccupante". Et de préciser que "Si le nombre de patients testés est en augmentation, ceci n'explique pas la hausse des cas observée". La circulation virale est particulièrement active chez les adultes jeunes. Quand le pic a-t-il été atteint en France ? Quelle est la courbe d'évolution de l'épidémie à date ? Quand sortirons-nous (vraiment) de l'épidémie de coronavirus ? Un effet rebond est-il inévitable ? Eléments de réponse. 

Définitions : qu'est-ce qu'un pic, un plateau et une décrue ?

  • Un pic correspond au moment qui précède l'infléchissement de la courbe des contaminations.
  • Un plateau désigne la stabilisation du nombre de nouveaux cas, d'hospitalisations ou de décès enregistrés chaque jour dans un pays.
  • Une décrue signifie la baisse des nouvelles contaminations et des nouveaux décès enregistrés chaque jour dans un pays. 

Pic de l'épidémie de coronavirus : quand a-t-il été atteint en France ?

Depuis le début de l'épidémie, plusieurs scientifiques tentent de prédire l'évolution de la propagation du coronavirus, en tenant compte des facteurs sociaux ainsi que des mesures d'hygiène et de confinement mises en place par les autorités sanitaires. Ils se basent également sur le nombre de personnes qu'un malade peut infecter, soit la vitesse de transmission de la maladie et sur le nombre de nouveaux malades en réanimation. Compte tenu de ces différents paramètres, on peut dire que la France, l'épidémie a connu plusieurs phases :

La France aurait connu son pic entre le 6 et le 10 avril.

  • Depuis les premiers cas officiels enregistrés le 24 janvier, le nombre de nouveaux cas et de nouveaux décès ont augmenté de façon croissante (voir le tableau ci-dessous) jusqu'en avril. La France était en phase ascendante.
  • A partir du 3 avril, l'impact de l'épidémie est majeur et "la France se situe dans une phase de haut plateau", indique Jérôme Salomon, directeur général de la santé. La phase de plateau (en gras dans le tableau ci-dessous) désigne la  stagnation des nouveaux cas (contaminations ou décès).
  • Selon les scientifiques, il est très difficile de déterminer le pic d'une épidémie : "on estimera probablement de source sûre la date du pic une fois qu'il sera passé", indique Samuel Alizon, directeur de recherche CNRS au laboratoire Maladies Infectieuses et Vecteurs de l'Université de Montpellier, cité par France Culture le 30 mars Toutefois, au vu de l'évolution du nombre de personnes admises en réanimation et du nombre de nouveaux décès en 24 heures, la France aurait connu son pic entre le 6 et le 10 avril.
  • Depuis le 16 avril, le nombre de nouveaux décès attribués au Covid-19 et le solde des admissions en réanimation baissent chaque jour, ce qui laissait à penser que l'épidémie était en phase descendante et que la France était en "décrue épidémique".
Date 24 janvier - 3 avril  3 - 14 avril 15 avril - 8 juin 8 juin-aujourd'hui 
Phases Phase ascendante Plateau de l'épidémie avec un pic entre le 6 et le 10 avril Décrue de l'épidémie Reprise de l'épidémie

Pic, plateau ou décrue : où en est l'épidémie en France ?

 

Après avoir passé le "pic épidémique", la direction générale de la santé (DGS) a expliqué que l'épidémie de coronavirus amorçait une "lente décrue" dans un communiqué publié le samedi 18 avril. Cette décrue s'est confirmée jusqu'au début du mois de juillet, moment où le nombre de nouveaux cas est reparti à la hausse. Au début du mois de septembre, Santé publique France indique que "la progression de la circulation virale est exponentielle" et que "la dynamique de la transmission en forte croissance est préoccupante". Et de préciser que "Si le nombre de patients testés est en augmentation, ceci n'explique pas la hausse des cas observée". La circulation virale est particulièrement active chez les adultes jeunes. Le défaut de suivi des mesures de prévention par les jeunes adultes pourrait expliquer cette augmentation. 

Nombre incident de cas confirmés de COVID-19 par semaine, rapportés à Santé publique France, du 23/01 au 29/08/2020

courbe évolution covid
Nombre incident de cas confirmés de COVID-19 par semaine, rapportés à Santé publique France, du 23/01 au 29/08/2020 © Santé Publique France
 

L'épidémie de Covid-19 suit-elle une courbe en cloche, caractéristique des maladies virales ?

La forme en cloche (aussi appelée courbe de Gauss en mathématiques) est typique des courbes d'évolution d'une épidémie dite "par propagation", comme c'est le cas de la plupart des maladies à transmission interhumaine (maladies virales). Si on analyse la courbe épidémique d'une maladie virale (voir la courbe ci-dessous de l'épidémie de Chikungunya en 2005), on remarque toujours une phase ascendante au début de l'épidémie, puis une forme de cloche qui correspond au pic épidémique, une stagnation du nombre de nouveaux cas et enfin, une phase descendante, où le nombre de cas diminue progressivement. Pour certains scientifiques, cette forme typique "en cloche" représente un indicateur qui annoncerait que le pic de l'épidémie a été atteint et que la maladie est dans une phase très décroissante. Pour d'autres médecins et chercheurs qui craignent l'apparition d'une nouvelle vague et qui appellent à la prudence, ce modèle de courbe en cloche ne serait pas tout à fait applicable à la pandémie de Covid-19. En effet, le terme de "pic" sous-entend une décroissance rapide. Or, la courbe épidémique du coronavirus paraît plus étalée, le pic de l'épidémie de coronavirus n'est pas clairement identifiable et la phase descendante semble lente. Et en l'absence de vaccin et de traitement, il est difficile de prédire quand aura lieu la fin de l'épidémie ou au contraire, s'il y aura une deuxième vague. Pour le moment, seul le fait de développer une immunité de groupe permettrait de faire complètement disparaître l'épidémie. 

courbe épidémique maladie virale
Courbe "en cloche" typique d'une épidémie de maladie virale. © Rapport "MODÉLISATION DES ÉPIDÉMIES DE MALADIES ÉMERGENTES", Pierre-Yves Boelle, Ingénieur civil des Mines de Paris, INSERM

Vers une deuxième vague en France ?

"Si on ne respecte par les gestes barrières, on risquera la rechute"

C'est la question que se posent la plupart d'entre nous et de nombreux scientifiques. Malheureusement, c'est impossible à prédire. La phase descendante de l'épidémie peut être longue et l'apparition d'une nouvelle vague reste toujours possible. D'où l'importance de respecter scrupuleusement les mesures de distanciation physique et les gestes barrières. "Les modélisations nous montrent qu'une fois que vous avez atteint le plateau et que vous relâchez la pression, vous avez un rebond de l'épidémie car vous libérez dans la nature des personnes jusqu'ici protégées, et qui vont se retrouver en contact avec le virus", alerte Arnaud Banos, chercheur au CNRS, spécialiste des modélisations, le 27 avril à l'AFP. En Allemagne par exemple, qui a débuté son déconfinement le 20 avril, une hausse des contaminations et des décès a été observée pendant le weekend des 9 et 10 mai et des nouveaux clusters (regroupements de cas dans une même zone) ont été recensés, notamment dans un abattoir de l'ouest du pays où environ 200 personnes ont été contaminées. Le mardi 28 avril, soit 8 jours après le déconfinement, le taux de reproduction du virus, le R0, était supérieur à 1 en Allemagne. Un Land a d'ailleurs dû reconfiner sa population. Par ailleurs, à Wuhan (berceau de l'épidémie) et en Corée du Sud (Séoul particulièrement), où l'épidémie avait pourtant été jugulée, on observe depuis quelques jours une résurgence du Covid-19.

Pour anticiper une éventuelle deuxième vague et pour s'y préparer au mieux, Jean Castex a proposé la préparation d'un plan de reconfinement. "Nous l'envisageons. Nous devons tout envisager, mais nous préférons ne pas en arriver là. Le moment du déclenchement de cette mesure dépendrait de beaucoup de facteurs, mais tout ce que nous allons faire a pour objet d'éviter cette extrémité", a confirmé le Premier ministre Edouard Philippe lors de la conférence de presse du 7 mai concernant la présentation du plan de déconfinement de la France. 

Gestion de l'épidémie