Légionellose : incubation, symptômes, que faire ?

Également appelée maladie du légionnaire, la légionellose est une pneumopathie due à une bactérie, Legionella pneumophila. Comment l'attrape t-on ? Quels sont les traitements ? Le point avec le Dr Pierre Abgueguen, chef du service des maladies infectieuses et tropicales et médecine interne au CHU d'Angers.

Légionellose : incubation, symptômes, que faire ?
© Richard Villalon - 123RF

Définition : qu'est-ce que la légionellose ?

La légionellose est une pneumopathie (maladie pulmonaire) grave qui peut s'avérer mortelle. C'est une maladie infectieuse bactérienne connue depuis 1976 où elle a été découverte chez des combattants de l'American Legion réunis en congrès à Philadelphie. L'infection par la bactérie Legionella pneumophila cause divers symptômes proches d'une pneumonie – toux sévère, difficultés respiratoires, fièvre élevée – avec des manifestations digestives et neurologiques en plus. Il existe plusieurs espèces de Legionella, mais la pneumophila est en cause dans 90% à 98% des cas. La bactérie en question est hydrophile, c'est-à-dire qu'elle vit dans des milieux aqueux. Elle se développe particulièrement dans l'eau de condensation des systèmes de climatisation, dans l'eau très chaude, entre 37°C et 50°C, et dans les eaux stagnantes. 

Causes : comment on attrape la légionellose ?

Elle est causée par une bactérie appelée legionella pneumophila qui existe dans l'environnement et se développe dans les milieux tièdes et humides (lacs, rivières, boue) et dans des systèmes artificiels tels que les appareils d'air conditionné ou les réseaux de distribution d'eau. La légionellose est aussi appelée "maladie du légionnaire" suite à une épidémie qui frappa pendant une convention d'anciens combattants aux États-Unis en 1977. 

La Legionella n'est pas transmissible d'homme à homme.

Mode de contamination

La Legionella n'est pas transmissible d'homme à homme. "La contamination se fait par l'environnement, par de l'eau contaminée par ces bactéries, essentiellement par des microgouttelettes", explique le Dr Pierre Abgueguen, chef du service des maladies infectieuses et tropicales et médecine interne au CHU d'Angers. Un malade n'est donc pas contagieux et ne doit pas subir d'isolement particulier. La seule voie de contamination démontrée à ce jour reste l'inhalation, que ce soit l'air respiré dans une salle climatisée ou les gouttelettes de vapeur lors d'une douche chaude.

Durée de l'incubation

La période d'incubation se situe en général entre 2 et 10 jours, phase plus ou moins asymptomatique.

Symptômes

Les signes et symptômes qui accompagnent la maladie du légionnaire sont proches de ceux de la pneumonie à pneumocoque. Ils peuvent être plus ou moins graves selon le type de bactérie et l'âge du patient. "Cette pneumonie assez rare est considérée comme potentiellement grave et conduit souvent en réanimation", souligne le spécialiste. Ainsi, après la phase d'incubation, la maladie s'exprime par :

  • Des céphalées (maux de tête)
  • Des douleurs musculaires et abdominales
  • Une diarrhée,
  • Une toux sèche.
  • Une fatigue et malaise générale,
  • Une forte fièvre (jusque 41°C). 

En quelques jours, la fièvre s'intensifie, les douleurs musculaires s'exacerbent tandis qu'apparaissent les premiers symptômes respiratoires :

  • Une difficulté à respirer.
  • Une toux avec peu d'expectoration.

En l'absence de traitement, la maladie peut vite dégénérer, les symptômes s'aggravant très vite, jusqu'à causer la mort du malade, surtout chez les sujets à risque.

Facteurs de risques

  • L'âge : les personnes soit très jeunes soit très âgées ont de plus de risques de développer une pneumonie que les personnes d'âge moyen. 
  • Le sexe : les hommes sont plus atteints de la maladie que les femmes. 
  • Le tabagisme.
  • L'alcoolisme. 
  • Le diabète. 
  • Les malades chroniques, essentiellement cardiaques ou respiratoires. 
  • Le VIH ou toute autre condition qui affaiblit le système immunitaire.
  • La grossesse.

Diagnostic

Le médecin commencera tout d'abord par un interrogatoire et une auscultation du malade qui lui suggéreront une pneumopathie. Pour confirmer ce diagnostic, il pratiquera différents examens :

  • Analyse d'expectoration ou du liquide recueilli par endoscopie bronchique. 
  • Antigènurie : recherche de l'antigène spécifique de la Legionella dans les urines. "Attention, l'antigènurie ne marche que dans les infections à Légionella pneumophila du sérogroupe 1 (le plus fréquent)", nuance notre interlocuteur. 
  • Radiographie pulmonaire (qui révèle un foyer infectieux qui apparaît sous forme de tache blanche).

Traitement : que faire en cas de légionellose ?

"Vu la gravité potentielle de l'infection, un traitement antibiotique est indispensable et le plus précocement possible, tout retard au traitement pouvant être préjudiciable au patient", remarque le Dr Abgueguen. Si ce délai diagnostique est court, un traitement par antibiotique ou antibiothérapie, est préconisée par voie intraveineuse, ce qui assure généralement une guérison assez rapide. Même si les symptômes ont disparu et que le malade assure aller mieux, il est primordial de mener le traitement à son terme. Si le délai est plus long, certaines fonctions vitales peuvent être en danger, nécessitant parfois une assistance respiratoire pour le malade.

Prévention

L'entretien régulier et, au besoin, la désinfection des installations de climatisation, de distribution d'eau potable et des tours aéroréfrigérantes sont nécessaires pour limiter le développement des légionelles.

Merci au Dr Pierre Abgueguen, chef du service des maladies infectieuses et tropicales et médecine interne au CHU d'Angers.