Constipation (chronique, sévère) : causes, alimentation et solutions

Environ 15 à 35% des adultes seraient concernés par la constipation, les femmes encore plus. Ponctuelle, chronique et/ou sévère, elle est douloureuse. Aliments, remèdes... Voici tout ce qu'il faut savoir sur un problème à ne pas banaliser avec le Professeur Benoît Coffin, gastro-entérologue.

Définition

La constipation se définit habituellement par un ralentissement du transit intestinal, générant une baisse de la fréquence d'émission de selles, qui apparaîtront déshydratées. "Mais la définition moderne ne comprend pas que la fréquence des selles", note le Professeur Benoît Coffin, gastro-entérologue à l'hôpital Louis Mourier (Colombes).

Les critères de Rome 4

Ce sont les critères dits de "Rome IV" qui offrent une définition complète de la constipation. Parmi ceux-ci, on trouve :

  • Des selles petites ou dures à évacuer (qui correspondent aux types 1 et 2 sur l'échelle de Bristol).
  • La nécessité de forcer pour évacuer.
  • Une sensation d'évacuation incomplète.
  • Une sensation de blocage ou d'obstruction.
  • La nécessité de "faire des manœuvres" pour permettre l'évacuation.
  • Et enfin, des selles peu fréquentes (moins de trois par semaine).

Afin de caractériser la constipation fonctionnelle, le patient doit présenter au moins deux des critères ci-dessus.

Types de constipation

Constipation occasionnelle

Lorsque la constipation ne dure que quelques semaines (à hauteur de moins de 3 selles hebdomadaires), on parle de constipation passagère (ou constipation occasionnelle). Le transit intestinal reprend ensuite une fréquence normale. "La constipation occasionnelle touche beaucoup de gens. Quand on est pas chez soi, dans des conditions sociales inhabituelles, si des toilettes sont difficiles d'accès, ce trouble est très fréquent", explique le Pr Coffin.

Constipation sévère

La constipation sévère est une constipation ayant une fréquence de moins d'une selle par semaine et résistante aux traitements médicaux. "Il n'existe pas de définition scientifiquement reconnue, mais cela correspondrait aux patients qui ont moins d'une selle par semaine, voire tous les 10 jours, et qui ont des complications", détaille le gastro-entérologue.

Constipation chronique

La constipation peut être aiguë, c'est-à-dire intervenant brusquement et pendant une durée réduite, ou bien chronique, c'est-à-dire pendant une durée de plusieurs mois ou années. "Cela correspond à une constipation qui dure depuis plus de 6 mois", précise le praticien.

"Il ne faut pas considérer que la constipation est banale"

Causes

Une fois caractérisée, il faut déterminer l'origine de la constipation. Car si celle-ci est souvent sans gravité et disparaît rapidement, elle peut parfois être un symptôme d'une pathologie grave comme le cancer du colon.

Cancer du côlon. "On a pour cela ce qu'on appelle des drapeaux rouges : on sera particulièrement attentif à la constipation d'un patient si celui-ci a plus de 50 ans, des antécédents familiaux de polypes ou de cancer du colon au premier degré, signale un amaigrissement important ou du sang dans le selles... ", explique le Pr Coffin.

Alimentation. La constipation serait en grande partie liée à notre mode de vie. L'insuffisance d'aliments riches en fibres dans l'alimentation (fruits secs, légumes verts, céréales complètes, légumineuses..) serait un facteur de risque important de constipation, ainsi que la sédentarité. "Même si le respect des règles hygiéno-diététiques est important pour tous, il n'existe pas de lien scientifiquement prouvé entre alimentation, ou sédentarité, et constipation. Pour causer la constipation, il faut que les carences alimentaires soient très importantes. Et si une activité physique régulière favorise le transit intestinal, son absence ne provoque pas la constipation" nuance le Pr Coffin.

Médicaments. Certains traitements médicamenteux favorisent aussi l'apparition d'une constipation comme les antalgiques de niveau 2 ou 3, les antiacides, les antidépresseurs, les neuroleptiques, les laxatifs utilisés en excès, les anticholinergiques, les anticonvulsants, les diurétiques, les antispasmodiques, les suppléments de fer et de calcium, les opiacés, les antiparkinsoniens... "Un tiers des médicaments figurant au Vidal mentionnent la constipation comme effet secondaire possible", fait remarquer le praticien. Elle peut aussi provenir de problèmes de fissure anale : le patient se retient car aller à la selle est douloureux.

Diagnostic

Le diagnostic va se baser sur l'interrogatoire recherchant les signes précédemment cités. "Il ne faut pas considérer que c'est quelque chose de banal", prévient le Pr Coffin. Le médecin va ensuite procéder à un examen clinique, une palpation du ventre, et éventuellement un toucher rectal. A la suite de quoi, il pourra procéder à des examens complémentaires, comme une coloscopie, un bilan biologique standard (notamment le dosage de la TSH). "Selon le profil du patient, il est évident qu'on ne va pas avoir la même démarche diagnostique", précise le praticien.

Les femmes, 3 fois plus à risque

  • Les femmes sont 3 fois plus susceptibles que les hommes de présenter une constipation. Et les femmes enceintes sont encore plus sujettes à la constipation : les changements hormonaux provoqués par la grossesse et la pression exercée par le fœtus sur l'intestin expliqueraient en partie cette situation.
  • La constipation est aussi plus fréquente chez les personnes âgées. Le ralentissement de l'activité physique participerait en grande partie à ce phénomène.
  • Enfin la constipation du nourrisson constitue un motif fréquent de consultation. Dans la très grande majorité des cas, elle est bénigne et aisément traitable.

"Il ne sert à rien de boire de grandes quantités d'eau"

Que manger en cas de constipation ?

"Comme pour tout, il faut adopter une alimentation normale, variée et équilibrée ", résume le Pr Coffin.

  • En outre, consommer des aliments à forte teneur en fibres permet de lutter contre la constipation. Les fibres végétales par exemple se remplissent d'eau au cours de la digestion, stimulant ainsi le transit intestinal et augmentant le volume des selles.
  • Les légumineux, lentilles, haricots blancs, pois cassés, pois chiche ou fèves sont particulièrement conseillés.
  • Les fruits secs, pruneaux, abricots secs, figues, noix, noisettes ou encore amandes possèdent une forte teneur en fibres et en sels minéraux. Mais ils ont l'inconvénient d'être très caloriques.
  • Les céréales complètes, son de blé et d'avoine sont également très riches en fibres. N'hésitez pas à consommer des pâtes, du riz complet, du pain complet, du pain au son...
  • Les légumes verts favorisent le transit intestinal : choisissez les épinards, petits pois, céleri, fenouil, endive...
  • Les fruits frais, prunes, kiwi, fruits de la passion, framboise, mûre, groseille, raisin, goyave, orange, noix et noisettes fraîches sont également conseillés.

Médicaments et Remèdes

Lavement. Dans les cas de selles abondantes retrouvées dans la partie terminale de l'appareil digestif (aussi appelée "ampoule rectale"), un lavement (Normacol©, lavement évacuateur) pourra être effectué afin d'éliminer les selles et rétablir le transit.

Suppositoire de glycérine. L'utilisation de glycérine (suppositoire) peut également faciliter l'élimination de selles.

Médicament laxatif. Un traitement laxatif par voie orale (Macrogol, Lactulose), à prendre pendant plusieurs semaines, pourra être prescrit pour rétablir un transit correct dans les cas de constipation chronique. Par ailleurs, "il existe des médicaments développés pour le traitement de la constipation qui ne sont pas remboursés en France par la Sécurité sociale, car elle ne considère pas cette pathologie comme un problème de santé publique", déplore le praticien. Il s'agit du Resolor©, et du Constella©.

Massage du ventre. Les massages de l'abdomen peuvent aider à stimuler un intestin un peu paresseux. Pour cela : allongezvous sur le dos et respirez doucement, utilisez une huile naturelle, et massez doucement votre ventre, en l'effleurant et en appliquant des pressions modérées... Vous pouvez demander à votre conjoint de vous masser délicatement le ventre.

Sport. Une bonne hygiène de vie contribue à un bon transit et cela passe par le mouvement. Etre couché ou assis en permanence ne favorise pas le transit intestinal. 2 à 3 séances d'une heure de sport environ suffisent par semaine. En ce qui concerne la marche : 15 à 20 minutes sont conseillées chaque jour.  Prendre les escaliers à la place de l'ascenseur, éviter de prendre votre voiture, bricoler, jardiner...  

Boire plus d'eau ? "Il ne sert à rien de boire de grandes quantités d'eau, car le surplus sera éliminé dans les urines, et non dans les selles, qui ne seront pas davantage hydratées", prévient le Pr Coffin. 

Plantes. Certaines plantes, comme la guimauve, la bourdaine, le plantain ou le frêne, faciliteraient le transit intestinal, ou auraient des vertus laxatives bénéfiques pour le traitement de la constipation.

Merci au Pr Benoit Coffin, gastro-entérologue à l'hopital Louis Mourier (Colombes).

Constipation (chronique, sévère) : causes, alimentation et solutions
Constipation (chronique, sévère) : causes, alimentation et solutions

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