Hantavirus : symptômes, transmission, est-ce un cousin du coronavirus ?

Les hantavirus sont transmis à l'homme par des rongeurs (rats, souris) infectés. Ces virus peuvent être responsables de maladies pulmonaires ou de fièvres hémorragiques qui débutent par des symptômes proches de ceux de la grippe. Sont-ils des virus cousins du coronavirus ? Quel risque de transmission en France ?

Hantavirus : symptômes, transmission, est-ce un cousin du coronavirus ?
© Bernd Wolter - Adobe Stock

Après le coronavirus, doit-on craindre le hantavirus ? Lundi 23 mars 2020, un chinois habitant dans la province de Yunnan est décédé subitement des suites d'une infection provoquée par un hantavirus, a rapporté le média chinois The Global Times. Il se trouvait à bord d'un bus à destination de la province chinoise de Shandong. Les autres passagers ont immédiatement été testés pour voir s'ils étaient également contaminés. La nouvelle s'est très rapidement répandue sur la Toile, a vite enflammé les internautes et les utilisateurs des réseaux sociaux, craignant une nouvelle épidémie mondiale. C'est quoi un hantavirus ? Quel est son mode de transmission ? Quelle maladie entraîne-t-il ? Quels sont les symptômes d'alerte ?

Définition : qu'est-ce qu'un hantavirus ?

Le risque d'être infecté par le hantavirus est très faible en France.

Les hantavirus sont des virus de la famille des Bunyaviridae, présents sur tous les continents dont l'Europe. Ils peuvent être transmis par des rongeurs (certaines espèces de rats ou de souris) à l'homme et entraîner des zoonoses : de graves maladies comme un syndrome pulmonaire ou une fièvre hémorragique avec syndrome rénal. En France, ils sont présents dans les excrétas (urines, selles, salives...) des campagnols : des petits rongeurs de couleur brune mesurant une dizaine de centimètres qui vivent dans les champs (ils préfèrent les herbes rases), les vergers, les granges, les greniers, les cabanes de jardin... Le risque d'être infecté par le hantavirus est très faible en France, mais toujours possible.  

Hantavirus et coronavirus : quelles différences ?

A première vue, le hantavirus pourrait ressembler au coronavirus. Pour autant, cet hantavirus est bien connu des virologues et n'aurait rien à voir (à part qu'il s'agit d'un virus qui provient d'animaux infectés) avec le virus responsable de la pandémie Covid-19. Il n'aurait d'ailleurs absolument pas le même niveau de contagiosité. Pour rappel, les personnes infectées par le coronavirus contaminent 2 à 3 personnes en moyenne. Les connaissances scientifiques sur le hantavirus sont donc plutôt rassurantes et le risque d'infection est très faible dans le monde, et particulièrement en France.

Transmission et causes : comment le virus contamine-t-il l'homme ?

Aucune transmission interhumaine n'a été rapportée à ce jour.

Les hantavirus sont des pathogènes qui infectent certaines espèces de rongeurs. Une fois infectés, ces animaux sont des porteurs sains, c'est-à-dire que le virus est présent dans leur selles et dans leurs urines, mais sa présence n'entraîne pas de symptômes. Toutefois, ils restent des hôtes contagieux et sont susceptibles de transmettre le virus à l'homme. La contamination humaine se fait généralement par inhalation de poussières et aérosols, contaminés par les urines et les déjections des rongeurs infectés. Cette inhalation de particules en suspension dans l'air peut se faire lors d'activités en forêt ou dans des zones rurales ainsi que dans des abris proches de la forêt et longtemps inhabités. La transmission peut également, mais beaucoup plus rarement, survenir lors d'un contact direct entre une matière contaminée et la peau non intacte (éraflée), ou encore, par ingestion d'aliments ou d'eau contaminés. En revanche, aucune transmission interhumaine n'a été rapportée à ce jour. 

Cas, régions... Où sont-ils présents en France ?

Quatre espèces de hantavirus responsables de zoonoses circulent sur le continent européen :

  • Le virus Puumala (PUUV) : ce virus circule en Europe du Nord et de l'Ouest. En France métropolitaine, les hantavirus PUUV sont essentiellement présents dans le quart nord-est du pays. De petites épidémies peuvent survenir surtout au printemps et en été.
  • Le virus Séoul (SEOV) : les contaminations humaines rapportées en Europe sont très rares
  • Le virus Dobrava-Belgrade (DOBV) : ce virus circule dans la région des Balkans et en Europe Centrale et peut être à l'origine d'atteintes humaines graves (taux de létalité jusqu'à 10 %). Pour le moment, il n'a jamais été présent en France. 
  • Le virus Tula (TUV) : ce virus a été trouvé seulement chez deux patients dont un en France métropolitaine (en 2015 chez un patient résidant et exposé à 60 km à l'Est de Paris).

Trois de ces virus ont été détectés en France métropolitaine : PUUV, SEOV et TUV.

Personnes à risque

Les personnes les plus exposées aux hantavirus sont celles qui se trouvent dans les zones géographiques touchées (Guyane, et quart Nord-Est de la France), particulièrement :

  • celles qui vivent à proximité d'une forêt ou autres habitats propices aux rongeurs (champs, ferme)
  • celles qui travaillent dans les forêts ou dans des milieux ruraux agricoles (principalement en Guyane)
  • celles pratiquent des activités en forêt
  • celles qui ont des contacts directs ou indirects avec des rongeurs
  • celles qui manipulent du bois
  • celles qui nettoient des locaux longtemps inoccupés ou qui réalisent une rénovation de vieux locaux poussiéreux ou des travaux de remblayage...

Symptômes d'une contamination

Lorsqu'ils touchent l'homme, les hantavirus peuvent être responsables d'infections, de gravité variable, parfois mortelles :

  • Des fièvres hémorragiques à syndrome rénal (FHSR), retrouvées principalement en Europe et en Asie (cela représente 100 cas en France). Ces fièvres sont de gravité variable, allant d'un syndrome grippal, parfois accompagné d'importantes douleurs musculaires, de maux de tête intenses, de maux de dos et d'estomac, de fièvre, de frissons de nausées, de vision trouble (myopie aiguë) et d'une simple atteinte rénale, à une insuffisance rénale importante. Les autres symptômes peuvent être des rougeurs au visage, des yeux rouges et irrités, une éruption cutanée et une tension artérielle très basse. 
  • Des syndromes cardio-pulmonaires à hantavirus (SCPH), retrouvés principalement sur le continent américain (pour le moment, aucun cas en France). Au stade initial, la personne contaminée peut ressentir de la toux, de la fièvre, des frissons, des myalgies (douleurs musculaires), des maux de tête, des nausées, des vomissements, un essoufflement, un pouls rapide ou des troubles intestinaux (maux d'estomac). Ensuite, cela peut évoluer vers des difficultés respiratoires gravesune atteinte pulmonaire rapide avec détresse respiratoire et cardiaque

Incubation

La durée d'incubation (temps entre la contamination et l'apparition des symptômes) varie d'une semaine à deux mois pour les fièvres hémorragiques à syndrome rénal et d'une à six semaines (généralement 15 jours) pour les syndromes pulmonaires. 

Taux de mortalité

Le taux de mortalité est variable selon le type d'infection :

• Il est de 0 à 10% selon les virus en cas de fièvres hémorragiques à syndrome rénal.

• Il est de 60% en cas de syndrome pulmonaire à hantavirus.

Diagnostic et test

Quelle que soit la forme clinique, le diagnostic chez l'homme repose sur un interrogatoire des symptômes et des antécédents de contact avec des rongeurs, et surtout sur la sérologie qui met en évidence dans le plasma ou le sérum des Immunoglobulines (IgM et IgG anti-hantavirus par ELISA et immunofluorescence indirecte).

Que faire si vous tombez malade ?

Si vous manifestez certains symptômes décrits ci-dessus, si vous avez été en contact avec des rongeurs, leurs excréments ou leur urine, si vous avez manipulé du bois ou si vous avez procédé au nettoyage d'une pièce laissée longtemps inhabitée, consultez un médecin, en lui signalant cette activité ou ce contact possible avec un rongeur ou ses excrétions. Il pourra réaliser des examens pour affiner son diagnostic. Dans tous les cas, plus vous serez pris en charge tôt, meilleures seront vos chances de guérison.

Il n'existe à ce jour pas de traitements spécifiques ni de vaccin.

Traitements et vaccin

Il n'existe à ce jour pas de traitements spécifiques ni de vaccin dirigés contre l'infection au hantavirus. Néanmoins, le dépistage et l'administration de soins précoces (prise de médicaments pour soulager la fièvre et la douleur, utilisation d'oxygène ou prévention de la déshydratation) dans une unité de soins intensifs peuvent participer à la guérison du patient.  

Prévention : comment réduire le risque de contamination ?

  • Limiter les contacts avec les rongeurs, leurs sécrétions et excrétions.
  • Eviter les activités qui favorisent la contamination respiratoire (les travaux exécutés dans les bois ou à proximité)
  • Ne pas pénétrer dans des locaux fermés ou abandonnés ou porter un masque, aérer et asperger d'eau (ou mieux, de désinfectant ou d'eau de javel) avant de nettoyer les sols des locaux longtemps fermés ou inoccupés (cabanes, greniers, granges, caves, etc.)
  • Aérer les locaux fermés avant et pendant leur nettoyage
  • Utiliser l'aspirateur plutôt que le balai
  • Ne pas utiliser de jets d'eau à haute pression
  • Lutter contre la présence des rongeurs dans les locaux
  • Dératiser les habitations situées en forêt ou en bordure de forêt, ainsi que les granges, caves, remises…
  • Empêcher l'accès des rongeurs aux habitations
  • Eviter de les attirer : mettre les aliments dans des endroits fermés et inaccessibles aux rongeurs
  • Éliminer les abris utilisables par les rongeurs (stockage de bois…).
  • Eviter les contacts avec les excrétas des rongeurs
  • Mettre un pansement sur une blessure avant de manipuler du bois ou de travailler la terre.
  • Eviter de manipuler des rongeurs vivants ou morts ou leurs nids. Porter des gants en caoutchouc ou en latex.

Sources : 

  • Fiche Hantavirus, Santé publique France, 20 mai 2019.
  • Fiche "Hantavirus et fièvre hémorragique à syndrome rénal (FHSR)" du Ministère de la Santé, 2 septembre 2012.
  • Fiche d'informations "Hantavirus" du Centre canadien d'hygiène et de sécurité au travail, 8 janvier 2016.