Accident vasculaire cérébral : les symptômes et traitements de l'AVC

Soudain et imprévisible, l'AVC frappe un Français toutes les 4 minutes. Hommes ou femmes, jeunes ou moins jeunes, peuvent être touchés. Quels sont les facteurs de risque et les signes avant-coureurs ? Réponses du Dr Bertrand Lapergue, chef du service de neurologie de l'Hôpital Foch.

Avec 150 000 nouveaux cas et 60 000 décès chaque année, les Accidents Vasculaires Cérébraux (AVC) représentent la troisième cause de mortalité après les cancers et les infarctus du myocarde et la première chez les femmes (devant le cancer du sein). L'AVC est une course contre la montre où chaque minute compte. Pourtant des inégalités existent dans la prise en charge de cette urgence médicale. L'AVC fait désormais davantage de victimes féminines : 54 % des personnes qui décèdent d’un AVC sont des femmes. Une nouvelle tendance qui s’explique par une évolution de leur mode de vie (contraception, tabagisme, stress…). Par ailleurs, les handicaps qui sont malheureusement souvent la conséquence d’un AVC semblent plus sévères chez les femmes. 

Définition : qu'est-ce qu'un AVC ?

Un accident vasculaire cérébral (ou AVC) est une affection qui survient dans les suites d'un problème au niveau des artères du cerveau. Deux types d'AVC se distinguent : 

  • L'AVC ischémique (ou infarctus cérébral) : une artère cérébrale est obstruée à cause de la présence d'un caillot de sang,
  • L'AVC hémorragique : une rupture de l'artère provoquée le plus souvent par une l'hypertension artérielle

AVC ischémique

L'accident vasculaire ischémique, ou infarctus cérébral, représente plus de 80 % des accidents vasculaires cérébraux. Un AVC ischémique est provoqué par l'interruption de la circulation sanguine cérébrale dans le cerveau par un caillot.

AVC hémorragique

L'accident vasculaire cérébral hémorragique, aux conséquences plus sévères, concerne 20 % des accidents vasculaires. Un accident vasculaire hémorragique est provoqué par un saignement à l'intérieur du cerveau, inondant le cerveau. "Il peut être lié à une rupture d'anévrisme, qui correspond à une dilatation d'une artère", explique le Dr Bertrand Lapergue, chef du service de neurologie de l'Hôpital Foch (Suresnes). La rupture d'anévrisme est responsable de 10% des AVC. La rupture d'anévrisme est responsable de 50% des AVC entraînant la mort chez les personnes jeunes (de moins de 45 ans). Une malformation des vaisseaux sanguins du cerveau, présente le plus souvent dès la naissance, augmente les risques d'AVC hémorragique. L'hypertension artérielle ou un traumatisme peut provoquer un saignement dans le cerveau

Causes d'un AVC

Un accident vasculaire peut être provoqué par l'obturation d'un vaisseau sanguin par un caillot de sang entraînant une interruption de la circulation sanguine cérébrale : c'est l'AVC ischémique. Il peut aussi être dû à une rupture d'un vaisseau sanguin à l'intérieur du cerveau entraînant une hémorragie : c'est l'AVC hémorragique

Facteurs de risque de l'AVC

Plus de la majorité des AVC pourraient être évités, quels que soit l'âge et le sexe, en agissant sur des facteurs de risques. Les facteurs de risque sont multiples, mais il est possible d'agir sur une dizaine d'entre eux qui peuvent être modifiés en adoptant des meilleures habitudes de vie.

  • L'hypertension artérielle représente le facteur de risque majeur de l'AVC. Chez la femme comme chez l'homme, la pression artérielle systolique doit être inférieure à 140 mm Hg et/ou la pression artérielle diastolique inférieure à 90 mm Hg. Il est donc indispensable de surveiller sa tension artérielle régulièrement chez son médecin ou son pharmacien et de faire attention à ne pas trop saler car le sel augmente la tension artérielle.
  • Le tabac est également un important facteur de risque. Les fumeurs ont deux fois plus de risque d'AVC que les non-fumeurs, le tabagisme étant associé à plus d'1 AVC sur 4. Un fumeur, quel que soit le nombre de cigarettes fumées, doit tout mettre en œuvre pour arrêter de fumer. Les risques d'AVC diminuent après l'arrêt du tabac. 
  • La fibrillation atriale, FA, est un trouble du rythme cardiaque le plus fréquent, et est lié à un risque 5 fois supérieur de faire un AVC. La mesure régulière du pouls permettrait d'éviter des milliers d'accidents vasculaires cérébraux. Un pouls accéléré, à plus de 120 pulsations par minute, ou irrégulier, peut refléter une FA et nécessiter un avis médical.
  • L'obésité, le diabète, le cholestérol, la sédentarité et le stress sont d'autres facteurs de risques à prendre en compte en surveillant son alimentation et en maintenant une activité physique régulière.

Symptômes

L'AVC frappe sans prévenir un Français toutes les 4 minutes et risque de se reproduire chez 30 à 40% des patients dans les 5 ans suivant le premier AVC. Alors, pour réduire au maximum les risques de séquelles, voire de décès, il est indispensable de connaître les signes d'un AVC. Les symptômes de l'AVC sont variés :

  • Engourdissement du visage, d'un bras ou d'une jambe.
  • Difficultés à bouger un bras ou une jambe.
  • Difficulté brutale pour s'exprimer ou comprendre la personne avec laquelle vous vous trouvez.
  • Perte brutale de la vision d'un œil.
  • Maux de têtes violents.
  • Troubles de l'équilibre

Signes d'alerte : une urgence médicale

En cas de déficit neurologique brutal, les symptômes d'alerte suivants doivent conduire à appeler le 15 :

  • Une faiblesse brutale,
  • Une perte de force ou une paralysie d'un bras, d'une jambe, d'une moitié du corps, d'un engourdissement du visage ou d'un membre,
  • Des troubles de la vision (perte de la vision d'un œil, ou vision absente de la moitié d'un champ visuel), 
  • Des difficultés d'élocution (trouver les mots, jargon peu compréhensible, difficultés à articuler).

AVC : à quel âge ?

Jeunes ou moins jeunes, tous concernés. Même si le fardeau est principalement porté par les plus âgés, près de 25% des AVC surviennent avant 65 ans et le taux de patients "jeunes" hospitalisés pour un AVC croit chaque année avec des augmentations importantes entre 35 et 64 ans. En causes : l'hypertension artérielle, le diabète, l'obésité, le tabac et l'alcool. Aussi, à l'occasion de la journée mondiale de sensibilisation à l'AVC, le 29 octobre, l'ensemble des professionnels de santé souhaitent s'adresser au plus grand nombre avec une campagne qui a pour objectif de rappeler que l'AVC peut toucher enfants, jeunes, adultes, hommes, femmes, séniors. La Société Française Neuro-Vasculaire alerte la population à travers un message fort à la population : "L'AVC, nous sommes tous concernés !".

Diagnostic

Effectuer un bilan neurologique dans les heures qui suivent. Mise en œuvre d'un traitement afin d'éviter les récidives et des lésions neurologiques définitives. Une prise en charge le plus rapidement possible (dans les premières heures) améliore le pronostic. Plus d'un tiers des séquelles liées aux accidents vasculaires pourraient être évités.

En présence d'une suspicion d'AVC, une prise en charge médicale avec un examen d'imagerie cérébrale, scanner ou IRM, doit être rapidement mise en place. "Aucun symptôme ne peuvent différencier la forme hémorragique de la forme ischémique, d'où l'importance de la réalisation en urgence de cette imagerie", alerte le spécialiste.

Que faire en cas d'AVC ?

La survenue d'un AVC nécessite une prise en charge urgente dans les premières heures survenant après l'apparition des premières manifestations. En effet, si la prise en charge survient trop tardivement, la récupération physique est plus lente et les risques de handicaps irréversibles plus importants. Un transfert rapide du patient, dans un délai le plus court possible , vers un établissement hospitalier disposant d'une unité neurovasculaire, UNV, permet une confirmation de l'accident vasculaire cérébral grâce à l'imagerie par résonance magnétique (IRM) et/ou un Scanner et de débuter le traitement le plus précoce possible.

Rôle et importance de l'UNV

Le passage dans une UNV est fondamental quelque soi l'âge, le sexe, la cause et la sévérité de l'AVC, et le traitement envisagé. L'UNV fonctionne 24h/24h avec un neurologue de garde en permanence. Le malade y accède directement. L'UNV s'appuie sur un service de neurologie générale. Une équipe de neurologues spécialisés décident des examens à effectuer comme l'IRM ou le Scanner et des traitements urgents à mettre en œuvre comme la thrombolyse pour dissoudre le caillot qui obstrue l'artère en cas d'obstruction de l'artère par un caillot ou d'autres traitements selon la cause retrouvée.
Le passage dans une UNV permet de confirmer très rapidement le diagnostic, rechercher le mécanisme et la cause de l'AVC et de différencier rapidement la cause hémorragique de celle de l'infarctus afin de mettre en œuvre les traitements adaptés, d'éviter l'apparition de complications et de placer le malade dans les meilleures conditions, pour lui permettre de récupérer grâce à des soins de réadaptation spécifiques. 

Traitements : soigner un AVC

Un accident vasculaire cérébral nécessite une prise en charge d'urgence. Un traitement à court et à long terme est également indispensable pour limiter les séquelles, prévenir les risques de complications, et faciliter la récupération. Dès la suspicion des premières manifestations d'un AVC, faire immédiatement le 15. En effet 20% des personnes présentant un AVC décèdent dans les quelques semaines suivant l'accident et plus de 30% des personnes présentent des séquelles définitives (hémiplégie, troubles de la parole, handicap...). Le plus rapidement possible suivant l'apparition des symptômes, le patient doit être pris en charge à l'hôpital. Un médicament thrombolytique est administré par perfusion pour dissoudre le(s) caillot(s) qui obstrue(nt) l'artère cérébrale. Ce traitement permet de rétablir la circulation sanguine et l'apport en oxygène du cerveau.

Thrombectomie

Une nouvelle méthode nommée thrombectomie peut être envisagée si une grosse artère est obstruée. Elle consiste à extraire le caillot au moyen d'un filet miniature (stent) sans ouvrir le cerveau en passant le matériel par les artères depuis l'aine. La thrombectomie peut être pratiquée jusqu'à 24 heures après l'apparition des premiers symptômes, en fonction des données de l'imagerie cérébrale  et peut être employée comme alternative en cas de contre-indication à la thrombolyse.

Médicaments

Après un accident vasculaire cérébral, des médicaments antiagrégants plaquettaires ou anticoagulants sont prescrits pour prévenir la formation de nouveaux caillots et la survenue de complications. D'autres médicaments peuvent être prescrits après identification de la cause de l'AVC : traitement du diabète, de l'hypertension, ou d'un excès de cholestérol.

Traitement à long terme et rééducation

Pour récupérer un maximum d'autonomie, la rééducation doit être réalisée par une équipe de rééducation spécialisée. Elle peut être débutée dès que possible en  hospitalisation, et se poursuit à domicile ou au sein d'un centre spécialisé. La rééducation a pour objectifs d'éviter les complications, et de récupérer au maximum les fonctions essentielles comme la marche, l'usage des membres supérieurs et le langage. Plusieurs séances par semaine voire quotidiennes sont nécessaires. La phase de rééducation permet également de réapprendre les gestes du quotidien : toilette, préparation des repas, conduite, etc. Les spécialistes impliqués dans la phase de rééducation sont, selon l'état de santé du patient, un kinésithérapeute, un ergothérapeute, et un orthophoniste. Le soutien des proches du patient est primordial pour mener à bien la rééducation après un AVC. En parallèle de la rééducation, il est important de respecter certaines mesures d'hygiène et de diététique : arrêt du tabac, baisse de la consommation d'alcool, pratique d'une activité physique régulière, et contrôle du poids.

Séquelles : l'après-AVC

En France, environ 2 patients sur 3 présentent des séquelles après un AVC. La gravité des troubles varie selon les cas. Les séquelles incluent les troubles de la marche (34% des patients nécessitent une assistance), les troubles du langage et de la déglutition, les troubles de la vision, l'incontinence urinaire et la dépression.

Merci au Dr Bertrand Lapergue, chef du service de neurologie de l'Hôpital Foch (Suresnes).

Accident vasculaire cérébral : les symptômes et traitements de l'AVC
Accident vasculaire cérébral : les symptômes et traitements de l'AVC

Sommaire Définition de l'AVC • AVC ischémique/Infarctus • AVC hémorragique Causes Facteurs de risque Symptômes Signes d'alerte Âge Diagnostic Que faire en cas d'AVC ? Traitements • Thrombectomie •...