Risque de lymphome : des implants mammaires interdits

La pose d'implants mammaires, pour motif esthétique ou médical, peut dans de rares cas, provoquer l'apparition d'un lymphome, selon l'Agence du médicament. Par mesure de précaution, certains modèles ont été retirés du marché français.

Risque de lymphome : des implants mammaires interdits
© Kamil Macniak - 123RF

[Mis à jour le 4/04/19] Après l'affaire des prothèses mammaires PIP et l'apparition en 2011 des premiers cas de lymphomes anaplasiques à grandes cellules associés aux implants mammaires, les autorités sanitaires françaises s'étaient engagées à mettre en place des contrôles et une surveillance renforcée des effets indésirables consécutifs à la pose de ces dispositifs médicaux. Par mesure de précaution et au regard de l'ensemble des informations dont elle dispose, l'Agence nationale de santé et du médicament (ANSM) a pris la décision "de retirer du marché des implants mammaires [avec une surface extérieure en silicone] macrotexturée et des implants à surface recouverte de polyuréthane", indique-t-elle dans un communiqué du 4 avril 2019. Cette décision prend effet à partir du 5 avril 2019. Parmi les modèles interdits figurent plusieurs prothèses et expandeurs tissulaires des gammes Microcell et Biocell de la marque Allergan. Ces dispositifs médicaux ont été identifiés dans la majorité des cas reportés de lymphomes.

Le lymphome anaplasique est une forme rare, mais agressive de cancer, qui se manifeste généralement par un épanchement de liquide autour de la prothèse, "Plus l'implant est texturé et rugueux, plus le risque de survenue de lymphome anaplasique est important", estime l'ANSM. 

Quelles sont les recommandations ?

"La pose d'implants mammaires texturés induit un certain nombre de risques connus et décrits, parmi lesquels le lymphome anaplasique à grandes cellules lié aux implants mammaires (LAGCAIM)", est-il précisé dans l'avis. Ainsi :

  • "Dans le cadre de la chirurgie reconstructrice, l'utilisation des implants texturés n'est pas recommandée, mais demeure indiquée dans un certain nombre de situations dans lesquelles la texture de l'implant constitue un bénéfice avéré (en termes de forme anatomique, de stabilité, d'expansion tissulaire et de réduction du risque de la capsulite rétractile)".
  • "Dans le cadre de la chirurgie esthétique, l'utilisation des implants texturés n'est pas indispensable, mais peut rester une option parmi d'autres dans un certain nombre de situations dans lesquelles la texture de l'implant constitue un bénéfice avéré (en termes de stabilité, d'expansion tissulaire et de réduction du risque de la capsulite rétractile)".
  • Dans le contexte de la recommandation faite par l'ANSM d'utiliser de préférence des implants mammaire à enveloppe lisse, il est préférable "d'interdire le recours à la texture Biocell d'Allergan", y compris les implants mammaires de textures équivalentes et les implants polyuréthane.
  • Compte tenu de la rareté du risque de survenue de lymphome anaplasique, l'ANSM ne recommande pas d'explantation préventive (autrement dit, de retirer en guise de prévention) l'implant macrotexturé et l'implant à surface recouverte de polyuréthane.

Mieux informer toutes les femmes

De nouvelles données étant intervenues en 2018, l'Institut National du Cancer (INCa) a été saisie afin de mettre à jour l'avis d'experts datant du 1er septembre 2016. Ce nouvel avis tient notamment compte des conclusions du comité d'experts qui s'est réuni les 7 et 8 févriers derniers. Par ailleurs, il encourage à renforcer l'information aux femmes qui ont déjà une prothèse ou qui envisagent de s'en faire poser une. Ainsi, que ce soit dans un contexte esthétique ou dans le cadre d'une reconstruction mammaire, le recours à un implant mammaire doit pouvoir être évalué et décidé en connaissant les risques associés. Enfin, "un document mentionnant notamment l'identification de la surface de l'implant (lisse, micro texturée…), sa durée de vie limitée et l'éventuelle nécessité d'une ré-intervention qui en découle ainsi que le suivi médical, doit être remis à toutes les femmes avant la pose d'implants mammaires", recommande l'ANSM.

Combien y a-t-il eu de cas de lymphomes ? 

Depuis 2011, 59 cas de lymphomes anaplasiques à grandes cellules associés à un implant mammaire ont été comptabilisés en France par le réseau dédié Lymphopath. Le groupe d'experts réunis d'urgence a alors confirmé un lien "clairement établi" entre la survenue de ce cancer et le port d'un implant mammaire. Mais, l'INCa se veut tout de même rassurante :" s'il existe un lien avéré entre la survenue de cette pathologie et le port d'un implant mammaire, la fréquence de cette complication reste rare".  En effet, en France, on estime que 400 000 femmes portent des prothèses mammaires. Par ailleurs, il existe encore de nombreuses interrogations, notamment concernant les causes possibles d'apparition de cette pathologie. Pour l'instant, seules les prothèses de la marque Allergan sont retirées du marché français et européen.

Quels signes doivent alerter ?

Les femmes doivent connaître les signes cliniques évocateurs d'une anomalie au niveau du sein : épanchement dit "périprothétique" (accumulation de portion claire de tout liquide corporel dans un tissu ou un organe), augmentation de volume du sein, masse au niveau de la prothèse, douleur, inflammation, ulcération, voire altération de l'état général avec de la fièvre. Si ces symptômes "surviennent notamment à distance de la phase postopératoire chez une femme porteuse d'implant mammaire", il faut consulter un médecin, rappelle l'ANSM. "Il est recommandé de pratiquer une échographie. Si cet examen n'est pas suffisant, une IRM est préconisée en deuxième intention, précise l'agence. Quoi qu'il en soit, à titre préventif, il est important que la personne implantée soit suivie régulièrement par un médecin", même en l'absence de symptômes afin de vérifier l'état de la prothèse.

  • Les professionnels de santé et les patients sont invités à déclarer tous les signalements d'effets indésirables sur le portail : signalement-sante.gouv.fr
  • L'ANSM a mis en place le numéro vert 0.800.71.02.35 pour répondre aux interrogations des patientes.
© ANSM

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