Le dépistage du cancer du sein : 5 questions / réponses

Alors que débute octobre rose, l'Institut national du cancer lance une nouvelle campagne d'information sur le dépistage des cancers du sein. L'occasion de réaffirmer ses bénéfices.

Le dépistage du cancer du sein : 5 questions / réponses
© auremar - 123 RF

"En 2017, seules 49,9 % des femmes ont répondu positivement à l'invitation qui leur a été faite", déplore l'Institut national du cancer, l'Inca. Un taux bien en deçà du seuil de 70 % de participation préconisé dans le référentiel européen et qui confirme la baisse amorcée en 2015 et 2016. C'est pourquoi, en lien avec le ministère de la Santé, est lancée une nouvelle campagne d'information. Objectifs ? Transmettre aux femmes toutes les informations dont elles ont besoin afin de leur permettre de décider de leur participation à ce dépistage. Il s'agit aussi de répondre à la demande des femmes, exprimées lors de la concertation citoyenne conduite en 2015, de disposer d'une information claire, accessible et documentée pour comprendre les enjeux du dépistage des cancers du sein. Et ainsi de permettre à chacun d'exercer pleinement son libre arbitre.

Détecté à un stade avancé, le cancer du sein se guérit moins bien

OUI. Dès 50 ans, les femmes sont invitées à réaliser un dépistage du cancer du sein. Le dépistage repose sur une mammographie, associée à un examen clinique des seins. D'autres examens peuvent être nécessaires (échographie, radiographie). L'objectif est de "repérer une lésion avant l'apparition de symptômes" et "de détecter des cancers de plus petite taille et moins évolués avant qu'ils ne soient palpables", explique l'Institut national du cancer, dans le livret d'information "S'informer et décider" à destination des femmes de 50 ans et plus. Plusieurs facteurs entrent en jeu dans le processus de guérison (âge, taille et type de tumeur, stade...) mais de manière générale, l'Inca rappelle que plus les cancers du sein sont détectés tôt et plus les chances de guérison sont élevées. Et de préciser que "cinq ans après le diagnostic, 99 femmes sur 100 sont toujours en vie lorsque le cancer du sein est diagnostiqué à un stade précoce ; elles ne sont que 26 sur 100 lorsque qu'il est détecté à un stade avancé."

Dès 50 ans, le dépistage est recommandé tous les deux ans

OUI. Cet intervalle de deux ans est mis en avant par les différentes études scientifiques comme étant le meilleur compromis entre deux dépistages. Car il faut savoir qu'une exposition répétée aux rayons X pendant la mammographie peut dans certains cas entraîner le développement d'un cancer (on parle de cancer "radio induit"). C'est l'une des raisons pour lesquelles le dépistage se fait tous les deux ans, même si le risque 0 n'existe pas. Il est "de l'ordre de 1 à 10 pour 100 000 femmes ayant réalisé une mammographie tous les 2 ans pendant 10 ans", précise l'Inca.

En pratique, à partir de 50 ans, les femmes reçoivent tous les deux ans un courrier avec la liste des radiologues agréés pour prendre rendez-vous afin de réaliser une mammographie et un examen clinique des seins. L'examen est pris en charge à 100% par l'Assurance maladie, sans avance de frais.

Il faut surveiller ses seins, en dehors des examens des contrôles

OUI. Le dépistage organisé fait l'objet d'une controverse depuis quelques années. L'un des inconvénients soulevés étant qu'une mammographie peut être faussement rassurante. En effet, un cancer peut se révéler entre deux examens, on parle de "cancer de l'intervalle". "Les opposants au dépistage estiment que s'il n'y a pas de diminution de la mortalité, c'est parce qu'il ne dépiste pas les tumeurs les plus graves, qui se développent entre deux mammographies", nous avait expliqué le Dr Anne Vincent-Salomon, spécialisée dans le diagnostic des cancers du sein à l'Institut Curie (Paris). Pour 1 000 femmes qui réalisent un dépistage, moins de 2 d'entre elles développeront un cancer de l'intervalle, précise l'Inca. D'où l'importance, en dehors des consultations gynécologiques annuelles et des mammographies de contrôle, d'être attentive à l'aspect des seins. Toute modification inhabituelle doit vous inciter à consulter un professionnel de santé :

  • boule, grosseur, œdème dans le sein ou sous un bras,
  • modification de la peau : rétractation, rougeur, aspect de peau d'orange,
  • modification du mamelon ou de l'aréole (zone qui entoure le mamelon) : rétractation, changement de coloration, suintement, écoulement…
  • changement de forme des seins.

Avant 50 ans, se faire surveiller aussi

OUI. Le programme de dépistage organisé cible les femmes à partir de 50 ans. En effet, la littérature scientifique n'estime pas pour le moment qu'il soit bénéfique avant, en l'absence de facteur de risque particulier. De fait, la mammographie est moins efficace chez les femmes jeunes dont les seins sont plus denses et rendent l'examen plus délicat à interpréter. En outre, les tumeurs sont aussi plus proliférantes. Elles ne sont donc pas forcément dépistées par les mammographies et peuvent alors apparaître entre deux examens.

Néanmoins, de nombreuses femmes effectuent des dépistages individuels, avant 50 ans et en dehors du programme organisé. Et dans le même temps, les courbes d'incidence des cancers selon le sexe et selon l'âge, entre 1980 et 2012 (selon l'InVS) montrent une progression impressionnante du cancer du sein (+60%) chez les femmes jeunes, entre 30 et 39 ans.

Un suivi gynécologique est donc indispensable, quel que soit l'âge. C'est l'occasion de faire des palpations mammaires régulières. Individuellement aussi, les femmes doivent avoir le réflexe de s'écouter : "elles doivent observer leurs seins régulièrement et consulter rapidement quand elles remarquent quelque chose d'inhabituel", avait précisé le Dr Salomon. Enfin, pour se protéger des impacts négatifs de l'environnement, avoir un mode de vie sain est évidemment indispensable, comme d'arrêter de fumer.

Le dépistage a des limites

OUI. Le dépistage, malgré ses bénéfices, a aussi des limites. Si le dépistage permet une détection précoce, il peut aussi présenter des inconvénients : les cancers radio induits, les cancers de l'intervalle, mais surtout le dépistage d'une lésion impliquant des traitements lourds, alors même que celles-ci n'auraient pas évolué en cancer si elles n'avaient pas été traitées. En effet, le diagnostic de certains cancers au moment du dépistage ne permet pas toujours de différencier ceux qui vont évoluer des autres qui n'auront que peu ou pas de conséquences pour la femme (10 à 20 % des cancers détectés). On parle alors de sur-diagnostic pour ces cancers qui n'auraient pas été découverts sans la mammographie. Celui-ci est par nature inhérent à tout acte de dépistage, "le risque 0 n'existe pas", souligne l'Inca. Par ailleurs, comme il n'est pas encore possible de prédire l'évolution d'une lésion cancéreuse au moment où elle est dépistée, il est souvent proposé, par précaution, de traiter l'ensemble des cancers détectés. En outre, ce risque doit être mis en balance avec les bénéfices : chaque année plus de 10 000 cancers agressifs peuvent être soignés plus tôt grâce au dépistage".

Le cancer du sein est le cancer féminin le plus fréquent et le plus mortel. Chaque année en France, 59 000 nouveaux cas sont détectés et près de 12 000 femmes en décèdent. Il résulte d'une multiplication anarchique de cellules donnant lieu à la formation d'une masse, appelée tumeur. Dans la majorité des cas, le développement d'un cancer du sein prend plusieurs mois, voire plusieurs années. Mais tous n'évoluent pas de la même manière : certains dits "agressifs" évoluent rapidement, quand d'autres se développent plus lentement.

Plusieurs éléments favorisent l'apparition d'un cancer du sein. D'abord, l'âge. En effet, près de 80% des cancers du sein se développent après 50 ans. Le mode de vie a également un impact : consommation d'alcool et de tabac, surpoids et manque d'activité physique favorisent l'apparition des cancers du sein. Enfin, il existe des antécédents médicaux personnels et familiaux : les femmes qui ont déjà contracté un cancer du sein, des ovaires ou de l'endomètre, ou qui ont développé certaines affections du sein ont plus de risques de développer ce cancer. De la même manière si un parent a développé un cancer.

En savoir plus : consulter le livret d'information téléchargeable sur le site l'Inca. 

  • A découvrir : Mémoires d'un sein, un roman de Jonathan Hammel aux éditions Librinova. Julia, 30 ans, brûle sa vie avec intensité, entre gardes aux urgences et soirées arrosées avec Rose, sa meilleure amie. Mais quand elle sent une petite boule sur son sein droit, sa réalité vacille, ce qui n'échappe pas à certaines parties de son corps, qui prennent vie et s'expriment sans tabous sur les épreuves à traverser. Encore jeune, elle doit faire face à la douleur physique mais aussi au changement de ses relations avec son entourage. L'incompréhension, la rage, la quête du réconfort, le lecteur assiste en première ligne à tout le panel d'émotions qui traverse Julia. Un roman sur le cancer mais aussi sur l'amitié, à découvrir sans tarder !

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