Syndrome du choc toxique : symptômes, comment l'éviter ?

Appelé aussi "maladie du tampon", le syndrome du choc toxique est un événement très rare, mais néanmoins grave. Symptômes, risques d'une mauvaise utilisation des tampons, protections hygiéniques sans risque... Les conseils du Dr Anne Tristan, codirectrice du Centre national de référence staphylocoques.

Syndrome du choc toxique : symptômes, comment l'éviter ?
© Josep Suria - 123RF

En 2015, l’amputation de la jambe d’un mannequin américain à la suite d’un Syndrome du Choc Toxique (SCT) causé par un tampon a été très médiatisée. Même si ce syndrome est parfaitement connu du milieu médical et qu’un avertissement figure sur les notices ou boîtes de tampons périodiques, l’affaire a beaucoup ému et a révélé un sérieux manque d’information quant à l'utilisation des tampons. 

Définition : qu'est-ce que le syndrome du choc toxique (STC) ?

Le syndrome du choc toxique (STC) est une maladie infectieuse causée par une bactérie : le staphylocoque doré. Cette bactérie fabrique une toxine, qui pénètre dans la circulation sanguine, avant d’atteindre un ou plusieurs organes. A noter que cette bactérie est naturellement présente dans notre environnement et demeure sans danger si elle reste par exemple sur notre peau. En revanche, lorsqu’elle parvient à introduire sa toxine dans la circulation sanguine, elle peut alors révéler son potentiel pathogène.

Seules les femmes porteuses de la bactérie responsable du STC sont concernées, soit 4%.

Facteurs de risque : quelles femmes sont susceptibles de faire un STC ?

Seules les femmes porteuses de la bactérie qui produit la toxine responsable du STC sont concernées, soit moins de 4 % des femmes françaises. Mais à l’inverse, toutes les femmes porteuses de la bactérie ne font pas nécessairement de choc toxique. "C’est donc qu’il doit exister autre chose, sans doute présent dans la flore vaginale des femmes porteuses de la bactérie, qui provoque le STC. Mais quoi exactement, nous ne savons pas. Nous menons justement des recherches pour en savoir plus", précise Anne Tristan.

Le syndrome du choc toxique reste un phénomène très rare.

Choc toxique et tampon

Le docteur Tristan est formelle : dans tous les cas, c’est une mauvaise utilisation des tampons qui est responsable du choc toxique. De fait, lorsque le tampon est trop absorbant et/ou pas changé régulièrement, les bactéries ont davantage le temps de se multiplier. Alors, faut-il avoir peur des tampons ? Même si l’affaire du mannequin amputée a pu heurter de nombreuses femmes, il faut relativiser. Et pour cause : le syndrome du choc toxique demeure très rare, ainsi que nous le confirme Anne Tristan : "au centre de référence des staphylocoques, nous recensons 20 à 30 cas au maximum chaque année". En outre, le cas du mannequin est exceptionnel dans le sens où la jeune femme a malheureusement été diagnostiquée tardivement, et par conséquent, elle n’a pas bénéficié d’une prise en charge adaptée. En particulier, "elle a remis un tampon alors que ce n’est pas indiqué en pareille situation", précise-t-elle. "En France, cette année, nous avons recensé un unique cas difficile. En temps normal, même si le SCT est grave et nécessite une admission en service de réanimation, l’évolution est toujours favorable et sans séquelle", rassure encore Anne Tristan.

"Dans le passé, nous avons pu constater que la composition des tampons pouvait jouer un rôle dans la survenue du syndrome du choc toxique. Dans les années 70 aux Etats-Unis, de nombreux cas de STC avaient ainsi mené à des décès, en raison de l'arrivée de nouveaux tampons en polyacrylate –plus absorbants- au lieu de coton. A la suite de leur retrait du marché, les cas avaient diminué", décrit la spécialiste. Si les tampons sont donc censés être aujourd'hui en coton, reste que leur composition a sans doute évolué. Mais le problème, c'est qu'elle n'est précisée nulle part, ni sur les emballages des protections périodiques, ni dans les notices, ni sur les sites des marques. Le docteur Anne Tristan affirme ne pas la connaitre et s'étonne de ce flou, même s'il n'existe pas de preuve d'un lien entre la composition des tampons hygiéniques et le risque d'infection. La question a en tout cas le mérite d'être soulevée : "pourquoi n'aurait-on pas accès aux composants des tampons, alors qu'on sait par exemple de quoi sont faits les mouchoirs en papier ?". 

Le risque est moindre avec des serviettes hygiéniques. Les cups ne protègent pas du risque de STC.

Alternatives : les serviettes et les cups sont-elles plus fiables ?

Effectivement, le risque est moindre avec des serviettes hygiéniques du fait qu'elles font moins obstacle au flux sanguin comparativement aux tampons et favorisent donc moins le développement des staphylocoques, mais le problème, c'est que les femmes, surtout les plus jeunes, rechignent souvent à en porter.

Quant aux coupes menstruelles, elles ne protègent pas du risque de STC. "Nous avons eu des cas de femmes qui en portait", souligne-t-elle. Comme pour les tampons, c'est une mauvaise utilisation qui a déclenché l'infection. Car bien que les coupelles soient naturelles, "il faut néanmoins respecter les consignes d'utilisation et d'hygiène, à savoir : ne pas les garder trop longtemps et bien les nettoyer." Pour l'heure, si le STC concerne quasi uniquement les porteuses de tampons, on peut imaginer qu'entre la médiatisation des risques liés aux tampons d'une part et l'attrait grandissant pour les protections naturelles d'autre part, des cas d'infection surviennent également avec des coupelles menstruelles. "C'est possible en effet. Ce qui est certain, c'est que nous avons moins de recul avec les coupelles."

En cas de symptômes, le retrait du tampon doit être rapide.

Symptômes du syndrome du choc toxique

Le syndrome du choc toxique se caractérise par :

  • une impression de malaise et/ou de vertige due à une tension très basse,
  • des troubles digestifs, tels que des nausées, des diarrhées et des vomissements,
  • des maux de tête, voire parfois de la fièvre,
  • des douleurs musculaires. 

Traitement du syndrome du choc toxique

En période de règles, il faut consulter rapidement afin d’être pris en charge au plus tôt, et au mieux. Le retrait du tampon (ou de la cup) doit être rapide, ainsi que la mise en place du traitement antibiotique, pour éviter que la toxine ne se propage à des organes vitaux. Dans le cas de Lauren Wasser, la toxine bactérienne avait atteint le cœur et entraîné une gangrène dans les jambes, c’est-à-dire la nécrose des tissus. C’est pourquoi les médecins n’ont eu d’autres choix que de l’amputer.

Prévention : éviter le choc toxique 

Santé publique France a émis ses recommandations pour limiter les risques de choc toxique : 

  • Il est indispensable de changer de tampon ou de coupe menstruelle régulièrement, soit toutes les 4 heures, même la nuit.
  • Pendant la nuit, privilégier les protections externes comme les serviettes hygiéniques. 
  • Bien adapter le type de tampon à son flux. "Plus le tampon est absorbant, plus il fait obstacle au flux sanguin et plus les bactéries ont la possibilité de se multiplier", souligne Anne Tristan. D’ailleurs si le SCT touche majoritairement les jeunes filles, en moyenne elles ont autour de 20 ans, c’est parce qu’elles portent trop souvent des protections pas adaptées à leur flux. "Elles utilisent des tampons pour flux abondant, de peur d’avoir des fuites, ce qui n’est pas indiqué". 
  • Penser aussi à toujours se laver les mains avec du savon (ou avec une solution hydro-alcoolique) avant d'insérer un tampon ou une cup et de les retirer.
  • Eviter d'utiliser des tampons en cas d'antécédent de choc toxique staphylococcique menstruel.
  • Attendre le début des règles avant d'utiliser un tampon. Ne pas utiliser de tampon par mesure de précaution, même si vous attendez à avoir vos règles, ou pour absorber d'autres pertes.

Merci au Docteur Anne Tristan, codirectrice du Centre national de référence staphylocoques, une unité rattachée à l'Institut de veille sanitaire (InVS),