Maladies du pied : liste, examens, spécialiste

"Maladies du pied : liste, examens, spécialiste"

Le pied est une partie complexe du corps et parfois le siège de nombreuses pathologies, des plus bénignes au plus graves pouvant conduire le patient à une perte d'autonomie importante. Liste et explications avec le Dr Yves Stiglitz, chirurgien orthopédiste et Karine Poirier, Pédicure-podologue DE.

Quelles sont les principales maladies dermatologiques du pied ?

La peau des pieds est soumise à de nombreuses agressions auxquelles elle va réagir et provoquer en réaction des pathologies généralement bénignes mais qui peuvent s'aggraver en cas d'absence de traitement. "Dans ces cas-là, les causes sont mécaniques", résume le Dr Yves Stiglitz, chirurgien orthopédiste.

► Le cor : "C'est un épaississement très localisé de la couche cornée de l'épiderme constitué d'une accumulation de cellules mortes, précise Karine Poirier, Pédicure-podologue. Ils ont cette particularité de présenter en leur milieu une forme conique externe plus large qu'en interne. Il s'agit d'une sorte de "clou de forme conique" s'enfonçant dans le derme. Il ne s'agit pas d'une racine. Ils sont provoqués par un frottement ou une hyperpression de la peau contre la chaussure". On peut également le trouver sous l'ongle ou dans les sillons.

 Le durillon : "Les durillons sont, comme les cors, une forme d'hyperkératose, localisée sous la plante des pieds, poursuit le Dr Stiglitz. Ils traduisent un appui excessif sous l'avant du pied, comme par exemple lors du port de talons hauts. C'est pourquoi il est recommandé de porter des chaussures confortables et/ou des talons de faible hauteur".

► L'œil de perdrix : "L'œil de perdrix a les mêmes causes que les cors mais se caractérisent par des cors mous et blanchâtres, due à la transpiration, rappelle la pédicure-podologue. En effet, cette pathologie se développe entre les orteils, où la peau se trouve comprimée entre les os des deux orteils adjacents. Les cors se développent sur chaque orteil en se faisant face l'un l'autre, et macèrent sous l'effet de la transpiration".

► Les crevasses : "Les crevasses s'expliquent par la sécheresse et l'épaississement de la peau, poursuit la pédicure-podologue. Elles sont souvent localisées au niveau des talons et favorisées par la marche nus pieds ou en chaussures ouvertes (claquettes, mules, sabots, etc…). La suppression de la cause, les soins et l'hydratation intense sont les meilleurs remèdes".

► La dyshidrose : "C'est une forme d'eczéma qui affecte la plante des pieds (mais également la paume des mains), constate la pédicure-podologue. Elle apparait sous forme de rougeurs et de petites cloques provoquant souvent de fortes démangeaisons. Ces cloques évoluent en séchant et formant des petites croutes marrons". Son origine reste inconnue, elle peut apparaître sur un pied et non sur l'autre et est souvent déclenchée par la chaleur ou au printemps.

► L'ongle incarné : "Il s'agit d'un conflit entre la tablette unguéale et le ou les bourrelets péri-unguéaux, répond notre interlocutrice. La forme de l'ongle en elle-même peut en être la cause (plicature, volute, tuile de Provence…) mais il est souvent la conséquence d'une mauvaise coupe d'ongle ". Aggravé par la transpiration, la déformation des orteils et le port de chaussures étroites, l'ongle incarné se caractérise par une douleur, une inflammation du bourrelet péri unguéal puis d'une infection.

Quelles sont les maladies osseuses du pied ?

Le pied est la partie terminale des membres inférieurs sur laquelle tout le corps repose. Il permet la station debout et la marche, mais également, la course, le saut, la marche sur terrain accidenté... C'est une des parties de l'appareil locomoteur les plus complexes qui demande à la fois solidité, souplesse et mobilité. Sous l'effet de port de chaussures inadaptées, trop serrées ou avec des talons trop hauts, de surpoids, de l'avancée en âge ou encore pour des raisons génétiques, le pied peut se déformer. "Il est donc sujet à subir des déformations structurelles invalidantes et douloureuses, notamment à l'avant, au niveau des orteils", ajoute le chirurgien.

► Hallus valgus. "C'est la pathologie osseuse la plus fréquente. Elle touche en effet 6 à 10 % des femmes. Il s'agit d'une excroissance due à une déformation en triangle du premier métatarsien, qui emmène l'os du gros orteil vers l'extérieur du pied". Gênant et douloureux, il est amplifié par les chaussures à bouts pointus, les talons hauts, et l'affaissement de la voûte plantaire notamment au moment de la ménopause. "Un traitement chirurgical est possible pour corriger l'axe du gros orteil". Plusieurs solutions existent comme la chirurgie percutanée, réalisée au travers d'incisions de quelques millimètres, sans vis, ni broches, ou agrafes. "Cette méthode a évolué depuis son introduction en France il y a une quinzaine d'années, reconnait le chirurgien. Pour ma part, je l'associe dans une technique mixte mini invasive et percutanée, permettant de conserver les avantages de la chirurgie percutanée tout en réduisant ses risques. Ainsi je pratique une ostéotomie mini invasive du premier métatarsien, appelée "chevron", avec ou sans intervention sur la première phalange du gros orteil. C'est-à-dire que l'on va scier l'os du gros orteil en deux pour le ré-axer. L'anesthésie est locale, ce qui permet au patient de remarcher tout de suite et sans béquille ni chaussure postopératoire médicalisée. Cette intervention s'appuie sur une équipe d'anesthésistes expert qui peuvent endormir la douleur et non les muscles. J'y ajoute des vis afin de solidifier immédiatement l'os et permettre la reprise d'appui en toute sécurité".

► Hallus rigidus est "une forme d'arthrose qui touche l'articulation du gros orteil. Elle touche davantage des personnes de plus de 60 ans et qui ont eu un Hallux Valgus peu gênant, auparavant". Il existe plusieurs signes évocateurs de cette pathologie : "des douleurs dans l'articulation métatarso-phalangienne du gros orteil, une perte de la mobilité (raideur), la déformation progressive de l'articulation (ostéophyte ou bec de perroquet) et usure de la peau au dos de l'articulation". Comme pour l'hallux valgus, le traitement est chirurgical. "On va procéder à une arthrodèse, une opération avec anesthésie locale, qui consiste à bloquer l'articulation métatarso-phalangienne de manière définitive avec du matériel solide (vis et plaque), pour permettre au patient de remarcher tout de suite. "Et pour les femmes, le port de talon est possible, mais limité à 5 cm". Chez le sujet jeune, un hallux rigidus relève plus souvent d'un problème anatomique : le premier métatarsien est trop long et subit plus de pression.

L'orteil en griffe. "Dans le cas d'orteils en griffes, un ou plusieurs orteils vont rester pliés constamment. Cela peut être dû à un hallux valgus (le gros orteil, en rentrant de plus en plus vers l'intérieur du pied, force les autres orteils à se tordre à sa suite ou à un pied grec (où le deuxième orteil est plus long que le gros orteil", détaille le médecin. Plusieurs traitements sont envisagés : "le port de chaussures adaptées, afin de ne pas majorer les lésions, la réalisation d'orthoplastie de rééducation (séparateurs d'orteil) ou de semelles orthopédiques". Dans certains cas, comme le "taylor bunion" ou "oignon du tailleur" qui touche le 5ème orteil, un traitement chirurgical pourra être envisagé afin de réduire la déformation des orteils et repositionner les articulations atteintes. "Il existe un principe de base dans la chirurgie du pied et de la cheville : elle n'est jamais préventive, sauf en cas de de fragilité du patient comme dans le pied diabétique. On interviendra chirurgicalement une fois les symptômes, les douleurs/gènes apparus".

Quelles sont les maladies articulaires du pied ?

L'hallux rigidus (forme spécifique d'arthrose qui touche le gros orteil) entre également dans la catégorie des maladies articulaires (voir ci-dessus). "Cette pathologie peut être soulagée par le port d'orthèses plantaires et quelques séances de kinésithérapie", propose Karine Poirier.

"Les maladies articulaires du pied sont liées à de l'arthrose ou à une maladie inflammatoire", répond le Dr Stiglitz. On peut ainsi citer :

La polyarthrite rhumatoïde : une maladie rhumatismale inflammatoire chronique qui attaque de multiples articulations et débute le plus souvent dans les petites articulations des mains et des pieds.

Le rhumatisme psoriasique : une forme d'inflammation articulaire, qui survient chez certaines personnes atteintes de psoriasis cutané ou des ongles.

L'arthrose de la cheville : une usure articulaire de l'articulation de la cheville, faisant suite le plus souvent à une fracture survenue plusieurs années auparavant. "Aux douleurs et à la raideur s'associe parfois un épanchement de liquide synovial dans l'articulation. Lorsque les traitements simples deviennent inefficaces (semelles orthopédiques, anti inflammatoires, infiltrations), la chirurgie peut proposer deux solutions que sont l'arthrodèse ou, plus récemment, la prothèse de cheville", détaille le Dr Stiglitz.

La goutte : forme d'arthrite qui se manifeste par crises et s'accompagne généralement de douleurs au niveau du gros orteil. Le traitement est médicamenteux.

Quelles sont les principales blessures du pied ?

► Les ampoules (ou phlyctènes) : "Cavité cutanée ou brûlure du 2ème degré remplie de liquide qui se forme sous l'épiderme à la suite de frottements répétés, rappelle Karine Poirier. Généralement très douloureuse, elle peut parfois contraindre l'arrêt de la pratique sportive. Pour la traiter, l'idée globale est de la ponctionner pour enlever le liquide à l'intérieur et d'y appliquer un antiseptique pour la sécher. Dans la mesure du possible, il faut conserver le feuillet décollé qui va permettre une protection et une meilleure récupération une fois le liquide évacué".

► L'inflammation du fascia plantaire (aponévrose plantaire) : "Il s'agit d'une mise en tension excessive de l'aponévrose plantaire superficielle, véritable "tendon de la voûte plantaire, informe le chirurgien. Cette membrane va être étirée, dans le cadre d'une pratique sportive intensive par exemple, et devenir douloureuse". Cette pathologie est souvent confondue avec l'épine calcanéenne, qui est une morphologie anormale de l'os du talon, le calcanéum. "Souvent constatée chez le sportif, la prise en charge va se faire par un pédicure-podologue et un masseur kinésithérapeute", précise notre interlocutrice.

► La tendinite du tibial postérieur (une inflammation d'un tendon important situé au niveau interne de la cheville et du pied)

► La tendinite fibulaire (inflammation des deux tendons fibulaires)

► La tendinite du talon d'Achille

Quelles sont les maladies infectieuses du pied ?

 Les mycoses : "Provoquées par la prolifération de bactéries, il convient de distinguer les mycoses de la peau de celle des ongles", insiste la pédicure-podologue. "Les mycoses de la peau ou pied d'athlète, se manifestent entre les orteils, là où la chaleur et l'humidité persistent. Provoquant de fortes démangeaisons, rougeurs et fissures elles peuvent s'étendre également sur la plante ou sur le dos du pied". Les mycoses des ongles ou onychomycoses : "Elles peuvent toucher un ongle ou la totalité des ongles. L'ongle parait épaissi, blanchâtre ou jaunâtre. Le champignon se nourrit de la kératine de l'ongle qui finit par devenir friable malgré son épaisseur. L'onychomycose peut être provoquée par une contamination souvent favorisée par un traumatisme de l'ongle".

► Le syndrome Pied-main-bouche. "Il s'agit d'une infection pouvant toucher l'enfant, le plus souvent avant l'âge de 5 ans. Très contagieuse, elle survient par petites épidémies au printemps, en été ou au début de l'automne", précise la pédicure.

► Les verrues plantaires : Lésions de la peau provoquées par une infection virale bénigne mais très contagieuse. 

Quel est le médecin spécialiste du pied ?

"En première intention, il convient de consulter un pédicure-podologue, conseille le chirurgien. Celui-ci pourra ensuite selon la pathologie orienter le patient vers un dermatologue, un rhumatologue ou un chirurgien orthopédique".

Quels sont les examens du pied ?

"L'examen clinique et l'interrogatoire du patient chez le pédicure-podologue permettent de diagnostiquer rapidement la plupart des pathologies du pieds", assure Karine Poirier. "Une radio est généralement systématique pour voir les os avec en complément une échographie ou une IRM pour voir les parties molles ou un scanner pour les parties osseuses", conclut le Dr Stiglitz.

Merci au Dr Yves Stiglitz, chirurgien orthopédique à la Clinique Victor Hugo (Vivalto Santé), et à Karine Poirier, pédicure-podologue DE.