Iode 131 : définition, conséquences cerveau, en traitement ?

L'iode-131 est un élément extrêmement radioactif. Utilisé à petite doses, notamment pour des applications médicales, il est en revanche l'un des produits les plus redoutés quand il est relâché par accident dans l'environnement. Plus d'explications avec le Dr Marie-Odile Bernier, épidémiologiste.

Iode 131 : définition, conséquences cerveau, en traitement ?
© svetlana15

Définition : c'est quoi l'iode 131 ?

"L'iode-131 est un radionucléide artificiel que l'on retrouve lors des réactions de fission (cassure des noyaux d'uranium ou de plutonium) dans un réacteur nucléaire ou lors de l'explosion d'une arme nucléaire ou d'un accident nucléaire", explique le Dr Marie-Odile Bernier, épidémiologiste. Il est considéré comme un déchet radioactif, classé parmi ceux de courte durée de vie du fait de sa période radioactive de 8,02 jours". Utilisé en très faible quantité, l'iode 131 a un intérêt pour l'exploration de la thyroïde et le traitement de certains cancers thyroïdiens. "Comme tout radionucléide de la fission nucléaire, l'131I est produit naturellement lors des quelques fissions spontanées qui se produisent dans l'uranium naturel, mais disparaît rapidement compte tenu de sa période".

Quelle est la demi-vie de l'iode 131 ? 

"La demi-vie correspond au temps au bout duquel la moitié des noyaux radioactifs, initialement présents, se sont désintégrés, poursuit notre spécialiste. Pour l'iode 131, qui est un composé instable, elle est de 8,02 jours. C'est un temps très court comparé par exemple au Césium 137, qui est de 30 ans".

L'iode 131 est-il radioactif ? 

"L'iode-131 est un élément extrêmement radioactif compte tenu de sa demi-vie très courte". L'iode 131 est l'une des principales sources de contamination radioactive lors des accidents de réacteurs nucléaires, dont les plus connus sont ceux des centrales de Three Miles Island (États-Unis) en 1979, de Tchernobyl (Ukraine) en 1986 et de Fukushima (Japon) en 2011. "Lors d'un accident nucléaire, la teneur en iode 131 est hautement surveillée dans la chaîne alimentaire durant plusieurs semaines. Les contrôles de radioactivité concernent principalement l'eau, le lait et les légumes à grandes feuilles comme les épinards et les laitues". 

Quelles sont les conséquences de l'iode 131 sur le cerveau ?

"Lorsqu'il est relâché par accident dans l'environnement, l'iode 131 se concentre dans la thyroïde. Il n'y a donc pas de conséquence sur le cerveau". En revanche, il peut avoir un risque, en cas d'accident nucléaire, pour les personnels qui travaillent dans les centrales nucléaires. Pour les travailleurs du nucléaire, la limite réglementaire d'exposition est en France de 20 mSv/an. Une exposition à une dose de 100 mSv/an peut être autorisée pour des interventions techniques d'urgence et de 300 mSv/an pour une intervention de secours à victimes, rappelle le site de l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN). 

Peut-on perdre ses cheveux si on est exposé à l'iode 131 ? 

"Non, pas pour les doses qui sont reçues par les patients en cas de traitement médical ou pour les populations exposées autour des centrales", répond le Docteur Bernier.

Quel est l'intérêt de l'iode 131 en radiothérapie ? 

"L'iode 131 ne fait pas partie des radiothérapies classiques, comme celle utilisée par exemple pour le cancer du sein, complète le médecin. Il s'agit d'une radiothérapie vectorielle. C'est à dire que le dépôt de radioactivité va se faire directement au niveau cellulaire car l'iode va être capté par les cellules capables de le métaboliser, en grande majorité les cellules thyroïdiennes, que ce soit au niveau de la thyroïde, soit dans d'éventuelles métastases de cancer thyroïdien". Certains autres organes peuvent aussi capter l'iode comme par exemple les glandes salivaires

Dans quels cas utilise-t-on l'iode 131 comme traitement médical ? 

"À faible dose, l'iode 131 est utilisé comme traceur pour des diagnostics en raison de ses rayons gamma. L'iode se fixant exclusivement sur la thyroïde, cette technique d'imagerie (scintigraphie) est particulièrement intéressante puisqu'elle permet d'observer l'activité de la thyroïde et la présence d'éventuelles anomalies comme les nodules", rapporte notre interlocutrice. L'iode 131 peut être également administré par voie orale principalement sous forme de gélules, pour le traitement des hyperthyroïdies (maladie de Basedow, goître multinodulaire toxique ou nodules autonomes) et des cancers thyroïdiens, y compris en cas de métastases et de tissus thyroïdiens résiduels. "Ce traitement à l'iode radioactif (iode 131), aussi appelé irathérapie, est effectué dans les mois suivant une chirurgie afin de détruire les cellules thyroïdiennes normales restantes après l'opération et les éventuelles cellules cancéreuses encore présentes dans le corps". Ce traitement est également utilisé en cas d'hyperthyroïdie, afin de réduire l'activité de la glande thyroïde ou de ses nodules. "Dans la majorité des cas, une hospitalisation dans une chambre radioprotégée (avec murs plus épais et/ou doublés de plomb) est recommandée pendant 1 à plusieurs jours. Pendant cette période, vous ne pouvez pas recevoir de visite ou sortir du service".

Quels sont les effets secondaires de l'iode 131 ?

Dans le cadre d'un traitement à l'iode 131, des effets indésirables peuvent survenir quelques jours après la prise de la gélule. Ils sont rares, limités dans le temps et sont gérés notamment par la prise de médicaments. Et le Dr Bernier de citer :

Est-on exposé à l'iode 131 lors d'une scintigraphie ? Est-ce risqué ? 

"Pour les scintigraphies, l'iode 131 est de plus en plus remplacé par de l'iode 123 ou du technétium, qui sont moins radioactifs", répond notre épidémiologiste. "La dose d'iode injectée est minime". Les scintigraphies sont donc sans danger.

Quels sont les risques de l'iode 131 en cas de grossesse ?

Avant la réalisation d'un examen d'imagerie utilisant les rayonnements ionisants (radiologie, scanner, médecine nucléaire), il convient de déterminer si une patiente est enceinte ou susceptible de l'être. "En cas de grossesse, lorsque c'est envisageable, l'examen est reporté ou substitué par une modalité non irradiante (échographie, IRM...), indique le Dr Bernier. Un examen utilisant les rayonnements ionisants ne peut être réalisé pendant la grossesse que pour une indication médicale dûment justifiée, après avoir évalué les bénéfices attendus par rapport aux risques encourus par la mère et l'enfant". 

Chez la femme enceinte, l'iode est également transféré au fœtus où il s'accumule dans la glande thyroïde. Chez la femme allaitant, il s'accumule dans le lait majoritairement sous forme d'iodure via la glande mammaire. "Les femmes qui allaitent ne doivent pas donner le sein à leur enfant pendant quelques jours, le temps que le radio-traceur soit totalement éliminé de l'organisme". Une grossesse peut être découverte après un examen d'imagerie malgré ces précautions. "Dans ce cas, une évaluation de l'exposition de l'embryon ou du fœtus doit être réalisée". La Commission internationale de protection radiologique considère qu'une dose absorbée inférieure à 100 mGy ne doit pas être considérée comme une raison de mettre un terme à la grossesse. Par ailleurs une étude française récente a montré que les femmes enceintes exposées durant le premier trimestre de grossesse à des procédures de diagnostic exposant le fœtus à des doses comprises entre 0,2 et 130 mGy ne présentaient pas un risque plus élevé de malformation, fausse couche, mort fœtale in utero ou retard de croissance fœtale.

Merci au Dr Marie-Odile Bernier, épidémiologiste à l'IRSN (Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire)

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