Hijama : principe, bienfaits, points, dangers

"Hijama : principe, bienfaits, points, dangers"

Technique naturelle de soin reconnue par l'OMS dans la Médecine Traditionnelle Chinoise, l'Hijama (ou Cupping Therapy) permet d'extraire des substances toxiques accumulées dans l'organisme, par effet de succion des ventouses et de micro-incisions. Quelle son origine ? Pourquoi est-elle interdite en France ? Quels bienfaits ? Quels dangers ?

Définition : qu'est-ce que la Hijama ?

"Cette pratique est connue sous différents noms", explique un thérapeute spécialisé dans la Hijama exerçant à Genève. Le plus utilisé mondialement, dû à son anglicisme, est la "Cupping Therapy". Le terme "Hijama", lui, est très populaire dans le monde musulman. Cette thérapie est classée dans la médecine prophétique. Enfin, "la Thérapie par les ventouses" est la forme francophone. "Quelle que soit son appellation, cette technique naturelle de soin est classée et reconnu par l'OMS depuis 2004 dans la Médecine Traditionnelle Chinoise (MTC)", poursuit le thérapeute. Étymologiquement, dans la langue arabe, le terme 'Hajm' désigne une succion, le même que pour définir la succion du mamelon par le nourrisson". La "Hijama" consiste donc grâce à l'effet de succion des ventouses et de micro-incisions d'extraire principalement des substances nocives, toxiques accumulées. "La première action sera donc épuratrice mais pas seulement", ajoute-t-il. La Hijama a également un effet sur :

  • La stimulation hormonale ;
  • La stimulation du système immunitaire ;
  • Elle soulage les douleurs.

"Pour faire simple, nous pouvons comparer une séance de Hijama à une visite chez le garagiste, pour faire la vidange du moteur de sa voiture. Vidanger sa mauvaise huile (mauvais sang) pour que notre moteur (circulation sanguine) fonctionne en parfait état le plus longtemps possible. Notre corps retrouve une vascularisation optimale et l'on se sent boosté. Comme pour notre véhicule, il est donc important de faire notre vidange au minimum une fois par an", raconte-t-il.

Quelle est l'origine de la Hijama ?

Plusieurs théories existent sur l'origine de la Hijama. "Quelle qu'elle soit, elle est ancestrale, commente le thérapeute. En Occident, nous diront plutôt qu'elle a été découverte en Asie, car cela sonne mieux... Toutefois, la théorie de l'Egypte ancienne est également crédible. Je pense que toutes les civilisations ont utilisées l'effet de succion pour soigner. Que ce soit Chinoise, Egyptienne, subsaharienne, Aztèques ou Indiennes". La Hijama a été pratiquée et recommandée par des grands noms dès l'Antiquité par Hippocrate et bien d'autres. Au XVIIème siècle, le chirurgien français Ambroise Paré vante cette thérapie, qui croît en Europe. "La Hijama a traversé les siècles jusqu'au milieu du XXème et connaît un déclin surtout dans les pays développés. En effet l'arrivé de la médecine allopathique, des laboratoires pharmaceutiques changent les habitudes de traitement des maladies", observe le thérapeute. Mais cette pratique n'a pas dit son dernier mot : au début du XXIème, les médecines alternatives renaissent de leurs cendres et reviennent en force. Le meilleur nageur de l'histoire, l'américain Mickael Phelps, choque le monde du sport avec ses traces de ventouses lors des jeux olympiques. C'est le début d'une fulgurante explosion de cette pratique grâce aux réseaux sociaux. Toutes les stars mondiales dans de nombreux sports (footballeurs, rugbyman, arts martiaux, tennisman, etc..) n'hésitent plus à poster leurs séances de Hijama.

Pourquoi est-elle interdite en France ?

"Il n'est pas possible d'exercer cette médecine dans des conditions précaires, sans hygiène, sans enregistrement officiel vis à vis de l'état"

"Évidemment, je trouve cela regrettable. Il s'agit d'une thérapie de plus en plus répandue dans le monde entier. Malgré tout, je peux comprendre la position de l'état, confie le thérapeute. Que les praticiens non diplômés ou pas assez qualifiés soient sanctionnés, je trouve cela tout à fait normal. Il n'est pas possible d'exercer cette médecine dans des conditions précaires, sans hygiène, sans enregistrement officiel vis à vis de l'état. Ces 'pseudos' praticiens manquent de respects aux patients mais également à la Hijama, noble pratique ancestrale qui mérite tellement plus. Pour éviter ces mésaventures, il serait judicieux d'autoriser cette pratique dans un cadre très réglementé accessible sur concours ou examens. Je ne pense pas qu'il faille absolument être médecin pour exercer dans ce domaine. Néanmoins, une formation formelle en anatomie, pathologie, physiologie, gestion de cabinet, plus une partie pratique avec des experts, terminant par un stage serait largement suffisant".

Quels sont les points pour la hijama ?

Les points de la Hijama sont nombreux. "Il doit exister plus de 150 positions qui vont de la tête jusqu'aux pieds, en passant par le visage, les cervicales, le dos, les coudes, les poignets, le sternum, le pubis, les ovaires, l'anus, les genoux, les chevilles, etc. C'est pourquoi il existe différentes tailles de ventouses", détaille le thérapeute. Certains points plus utilisés que d'autres. "Notamment au niveau de la 7ème vertèbre cervicales (C7). Cette région est un lieu de stagnation de sang", indique-t-il. En effet, la lenteur de circulation du sang dans les veinules à cet endroit entraîne l'accumulation des humeurs, des déchets sanguins et des globules rouges anormaux, surtout durant le sommeil. Cette région a aussi un effet hormonal, d'où l'appellation de proéminence hormonale.

"Deux autres points importants : ils se situent aux deux côtés de la nuque, dans la région des jugulaires externe qui est également un lieu de stagnation. Ces deux points sont à traiter avec beaucoup de précautions vu la proximité des deux veines", complète-t-il. Enfin, lors d'une séance qui a pour but de détoxifier, on utilise régulièrement les points directement dans la zone des organes :

  • Les deux jugulaires externes ;
  • La 7ème cervicale ;
  • Deux ventouses au niveau des poumons ;
  • Le foie et la vésicule biliaire ;
  • L'estomac ;
  • Les reins ;
  • Les lombaires.

"Évidemment, chaque protocole est adapté aux antécédents et pathologies actuelle du patient. De plus, il faut prendre en compte l'âge, l'état de santé général, et son historique avec la Hijama", informe le thérapeute.

Comment se déroule une séance ?

La quantité de sang retiré varie entre 100 et 400 ml par séance.

"Chaque séance débute tout d'abord par une anamnèse approfondie avec l'enregistrement de l'état civil. La vie privée du patient nous intéresse. On veut tout savoir : âge, poids, profession, situation familiale, enfants ou non, si oui leurs âges…", note le thérapeute. "Ensuite on développe ses antécédents médicaux et ceux de sa famille, les raisons pour lesquelles, il souhaite faire une Hijama… Et on termine par un bilan palpatoire, en général des cervicales jusqu'aux lombaires. C'est seulement à partir de ce moment là, que l'on décide du protocole pour le bien-être du patient", poursuit-il. Le patient est confortablement installé sur la table de massage, sur le ventre (avec la possibilité d'être sur le dos, tout dépend du protocole).

>> "On commence par un massage à base d'huile d'amande ou autres, il se peut que l'on ressente des tensions profondes à ce moment-là. On place les différentes ventouses, qu'on laisse agir entre 5 et 10 minutes. À ce moment-là, la peau devient rouge vif/violacée ;

>> On retire les ventouses individuellement ou par deux, On utilise régulièrement de la bétadine pour désinfecter la zone à inciser. Une fois terminé, on replace les ventouses. C'est à ce moment-là que les toxines sont extraites. On laissera de nouveau environ 10 minutes ;

>> Dès que le sang arrête de couler, on retire les ventouses avec du papier absorbant. Une fois les cuppings retirées, il suffit juste d'appliquer de l'huile de nigelle sur les plaies à la fin de la séance", détaille le thérapeute. La quantité de sang retiré varie entre 100 et 400 ml par séance. Une collation est offerte au patient après la séance. Tous les ustensiles (ventouses, lames de bistouri, compresses, gants, drap d'examens, protège têtière) sont à usage unique. "Personnellement, je recontacte tous mes patients une semaine après notre séance pour un feed-back", ajoute ce dernier.

Quels sont les dangers ?

Selon le thérapeute, "le plus grand danger est d'aller voir un praticien pas ou peu formé". Ensuite, on peut citer :

  • Le malaise vagal, rare mais qui peut arriver surtout si le patient n'est pas rassuré, soit par le praticien soit par le cadre dans lequel se déroule la séance ;
  • Les mesures d'hygiène non respectées (réutilisations des ventouses, de lames), qui entraînent un risque de transmissions de maladies et d'infections ;
  • De manière plus légère, une apparition de fièvre ou fatigue générale dès le lendemain de la séance.

Quelles sont les contre-indications ?

Les éléments pouvant contre-indiquer une séance de Hijama sont :

  • L'état général du patient. "Même si l'âge peut donner une première indication, il est préférable de traiter au cas par cas. Si le patient est suivi par des spécialistes (cardiologue, urologue ou généraliste) qu'il leurs demande leurs avis avant une séance", observe le thérapeute.
  • Les enfants de moins de 10 ans ;
  • Les femmes enceintes de moins de 3 mois ;
  • En cas de prise d'anticoagulant lourd.

Merci au thérapeute exerçant à Genève, spécialisé dans la Hijama.

Source : " La Hijama, fondements, techniques, conseils ", Dr Ait M'Hammed Moloud, éditions Broché, 2012 .

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