Immunodéprimé : c'est quoi, vaccin Covid, comment savoir ?

Une personne est immunodéprimée lorsque son système immunitaire n'est plus capable de faire face à des agents pathogènes. Elle est particulièrement à risque de forme grave de Covid-19 et fait partie des prioritaires à la vaccination. Quelles sont les causes de l'immunodépression ? Les symptômes ? Les solutions pour en guérir ? Focus.

Immunodéprimé : c'est quoi, vaccin Covid, comment savoir ?
© 123RF-Dean Drobot

Le 22 avril, le ministère de la Santé a annoncé qu'à partir du lundi 26 avril "les proches de personnes (sévèrement) immunodéprimées pourront se faire vacciner, quel que soit leur âge, pour continuer de protéger leurs proches vulnérables face au virus". Sont concernés : les adultes vivant dans le même foyer qu'une personne sévèrement immunodéprimée, enfant ou adulte, transplantés d'organes solides, transplantés récents de moelle osseuse récents, patients dialysés, patients atteints de maladies auto-immunes sous traitement immunosuppresseur fort de type anti-CD20 ou anti-métabolites. Comme l'indique le Conseil scientifique du Covid dans un Avis du 6 avril 2021, "une telle recommandation est justifiée par les récentes données publiées suggérant une efficacité des vaccins à ARNm contre la transmission de la maladie : des études israélienne et danoise en vie réelle ont montré une efficacité contre toute infection à SARS-CoV2 de l'ordre de 65 à 90% selon l'âge, suggérant également une prévention de la transmission virale par les personnes vaccinées". C'est quoi une personne immunodéprimée ? Explications.

Définition : c'est quoi être immunodéprimé ?

On dit d'une personne qu'elle est immunodéprimée lorsque son système immunitaire n'est plus capable de faire face correctement à des agents pathogènes comme des bactéries, des virus, des parasites ou encore des agents toxiques. Cela entraîne d'une part des infections, d'autre part des risques augmentés de cancers (le système immunitaire veille habituellement à détruire les cellules tumorales). L'immunodéficience peut avoir des origines diverses, la plus connue étant le SIDA (syndrome d'immunodéficience acquise).

Quels sont les risques du Covid sur une personne immunodéprimée ?

Les personnes avec une immunodépression congénitale ou acquise sont plus à risque de formes graves du Covid :

  • immunodépression médicamenteuse : chimiothérapie anti cancéreuse, immunosuppresseur, biothérapie et/ou une corticothérapie à dose immunosuppressive,
  • infection à VIH non contrôlé ou avec des CD4 <200/mm3,
  • consécutive à une greffe d'organe solide ou de cellules souches hématopoïétiques,
  • liée à une hémopathie maligne en cours de traitement.

Elles ont donc fait partie des premières populations éligibles à la vaccination, qui leur est ouverte depuis le 18 janvier 2021. Les personnes sévèrement immunodéprimées que sont les transplantés d'organes solides, transplantés récents de moelle osseuse récents, patients dialysés, patients atteints de maladies auto-immunes sous traitement immunosuppresseur fort de type anti-CD20 ou anti-métabolites sont à très haut risque de formes graves de la Covid-19.

Le Conseil scientifique du Covid recommande : 

  • Le strict maintien des gestes barrières pour toutes les personnes immunodéprimées et leur entourage.
  • La vaccination des adultes vivant dans le même foyer qu'une personne sévèrement immunodéprimée, enfant ou adulte (transplantés d'organes solides, transplantés récents de moelle osseuse récents, patients dialysés, patients atteints de maladies auto-immunes sous traitement immunosuppresseur fort de type anti-CD20 ou anti-métabolites) (en vigueur à partir du 26 avril 2021).
  • L'injection systématique d'une troisième dose de vaccin à ARNm pour les personnes sévèrement immunodéprimées (transplantés d'organes solides, transplantés récents de moelle osseuse récents, patients dialysés, patients atteints de maladies auto-immunes sous traitement immunosuppresseur fort de type anti-CD20 ou anti-métabolites), 4 semaines après la deuxième dose, ou dès que possible pour les personnes qui auraient déjà dépassé ce délai.
  • La vaccination des donneurs de moelle osseuse avant le prélèvement du don.
  • Pour toutes les personnes sévèrement immunodéprimées la prescription d'une sérologie quantitative de type anti-S 30 jours après administration de la deuxième dose et de la troisième dose. Ces sérologies devraient faire l'objet d'une prise en charge par l'Assurance Maladie.

"Il existe des incertitudes quant à l'efficacité de la vaccination chez ces personnes."

Quelles recommandations avec les vaccins du Covid ?

Les immunodéprimés ont été exclus des essais cliniques des vaccins contre la Covid-19. Au vue du risque de formes graves de Covid-19, ils ont été désignés comme prioritaires à la vaccination et peuvent être vaccinés avec les vaccins à ARN messager comme ceux de Pfizer-BioNTech ou Moderna en centre de vaccination ainsi que chez les médecins traitants ou en pharmacie pour les plus de 55 ans. Cependant comme l'explique le Conseil scientifique du Covid en avril 2021, "il existe des incertitudes quant à l'efficacité de la vaccination chez ces personnes (immunodéprimées, ndlr). Des données récentes ont montré que la réponse immunitaire anticorps suscitée après deux doses de vaccin était insuffisante chez les personnes sévèrement immunodéprimées. Un défaut de production d'anticorps a été observé notamment chez les personnes transplantées, les patients dialysés, et les patients recevant un traitement immunosuppresseur"

  • Patients transplantés d'organes solides : Plusieurs études françaises et internationales ont mis en évidence la faible, voire l'absence de réponse anticorps post-vaccination, et des échecs cliniques de la vaccination chez les patients transplantés d'organes solides suivis de décès.
  • Patients transplantés de moelle osseuse : Une enquête de la Société Française de Greffe de Moelle et de Thérapie Cellulaire (SFGMTC) a montré que seulement 63% des greffés de moelle osseuse avaient des anticorps après la vaccination (chiffre transmis par le Docteur Marie Robin).
  • Patients dialysés. Une étude parue récemment en preprint a montré une réponse anticorps très faible chez les patients dialysés, 21 jours après une deuxième injection de vaccin Pfizer.
  • Patients sous traitement immunosuppresseur. Des études récentes ont montré que la réponse immunitaire post-vaccination était satisfaisante chez les patients atteints de maladies inflammatoires chroniques et soumis à des traitements peu immunosuppresseurs, mais très mauvaise chez les patients recevant un traitement immunosuppresseur fort de type anti-CD20 ou anti-métabolites.

Le Conseil scientifique recommande : 

  • La vaccination des adultes vivant dans le même foyer qu'une personne sévèrement immunodéprimée, enfant ou adulte (transplantés d'organes solides, transplantés récents de moelle osseuse récents, patients dialysés, patients atteints de maladies auto-immunes sous traitement immunosuppresseur fort de type anti-CD20 ou anti-métabolites) (en vigueur à partir du 26 avril 2021).
  • L'injection systématique d'une troisième dose de vaccin à ARNm pour les personnes sévèrement immunodéprimées (transplantés d'organes solides, transplantés récents de moelle osseuse récents, patients dialysés, patients atteints de maladies auto-immunes sous traitement immunosuppresseur fort de type anti-CD20 ou anti-métabolites), 4 semaines après la deuxième dose, ou dès que possible pour les personnes qui auraient déjà dépassé ce délai.
  • La vaccination des donneurs de moelle osseuse avant le prélèvement du don.

Quelles sont les causes d'une immunodépression ?

La prise de médicaments immunodépresseurs est la principale cause. L'immunodépression peut être génétique ou due à des facteurs environnementaux, comportementaux ou consécutive à la prise de médicaments. Le VIH est, par exemple, un facteur d'immunosuppression car ce virus entraine une diminution du nombre de globules blancs, rendant l'organisme plus vulnérable aux infections dites "opportunistes". "Mais la malnutrition, le cancer, les insuffisances cardiaques, respiratoires ou rénales sévères, l'obésité, le diabète de type 1 ou 2 non équilibré, certains médicaments et thérapies comme la chimiothérapie, entraînent un état d'immunodépression" ajoute le Dr. Philippe Goeb, médecin généraliste. 

Quels sont les symptômes ?

Cette maladie se caractérise par :

  • Une fatigue intense et persistante.
  • Une grande sensibilité aux infections.
  • Des blessures qui prennent du temps à guérir.

Comment savoir si on est immunodéprimé ?

"L'immunodépression se caractérise par la répétition, environ 4 à 10 fois dans l'année, de maladies graves comme des pathologies respiratoires, la récurrence d'affections inhabituelles ainsi qu'un changement brusque dans le poids et la taille", indique le Dr. Goeb. L'immunodépression peut survenir à n'importe quel moment de la vie : à la naissance, au cours de l'enfance et de l'adolescence, ou à l'âge adulte. La part génétique est importante : si un membre de la famille est atteint de cette maladie, un diagnostic génétique sera proposé.

Les vaccins vivants atténués comme le BCG ou la rougeole sont contre-indiqués.

Quelles sont les conséquences d'une immunodépression ?

L'inefficacité du système immunitaire conduit la personne immunodéprimée à attraper régulièrement toutes sortes d'infections, potentiellement graves et récidivantes. "La guérison est lente, malgré la prise d'un traitement adapté" précise notre expert. 

Infection chez l'immunodéprimé

Les patients immunodéprimés ont souvent besoin d'avoir recours à des antibiotiques pour traiter les infections. "Dans les cas les plus graves, le recours à une intervention chirurgicale est possible : elle consiste en la greffe de cellules souches, prélevées chez un donneur compatible, directement dans la moelle osseuse du patient immunodéprimé. Cette technique a pour but d'obliger ces nouvelles cellules à œuvrer pour le système immunitaire" explique le médecin.

Quels sont les vaccins contre-indiqués ?

Les personnes immunodéprimées ont un plus grand risque de contracter des infections… Y compris à la suite d'une vaccination. C'est la raison pour laquelle les vaccins vivants atténués tels que ceux contre la tuberculose (le BCG), la rougeole, la rubéole et les oreillons (le ROR) ainsi que la varicelle leur sont contre-indiqués. En revanche, les vaccins inactivés ne présentent aucun danger.

Que faire en cas d'immunodépression ?

Tout dépend de la cause de cette immunodépression. "Les médicaments immunodépresseurs prescrits pour traiter les maladies inflammatoires et auto-immunes ou pour prévenir les rejets de greffes sont la principale cause d'immunodépression. Dans ces cas, l'immunodépression est attendue et peut donner lieu à des précautions, notamment l'isolement (lors des suites de greffe)". En cas d'infection, la prise d'antibiotiques sera nécessaire. Enfin, pour renforcer les défenses, des prescriptions particulières comme des vitamines, notamment la D, des minéraux tel du zinc peuvent aussi être faites en fonction de chaque patient. 

Sources : 

Conseil d'Orientation de la Stratégie Vaccinale Avis du 6 avril 2021 : Elargissement des priorités d'accès à la vaccination antiCovid-19.

• Coronavirus : qui sont les personnes fragiles ? Ministère de la Santé, 13 mars 2020.

• Benedikt S et al., Hemodialysis Patients Show a Highly Diminished Antibody Response after COVID-19 mRNA Vaccination Compared to Healthy Controls, medRxiv 2021.03.26.21254259.

• Geisen UM, Berner DK, Tran F, et al. Immunogenicity and safety of anti-SARS-CoV-2 mRNA vaccines in patients with chronic inflammatory conditions and immunosuppressive therapy in a monocentric cohort. Annals of the Rheumatic Diseases Published Online First: 24 March 2021.

• Boyarski BJ et al., Antibody response to a single dose of SARS-CoV-2 mRNA vaccine in patients with rheumatic and musculoskeletal diseases Free.

Merci au Dr. Philippe Goeb, médecin généraliste. 

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