Dénutrition : définition, que faire, chez la personne âgée ?

La dénutrition touche plus de 2 millions de personnes en France dont 400 000 personnes âgées à domicile. Chez la personne dénutrie, le risque de mortalité est ainsi multiplié par 4. Symptômes, causes, solutions : conseils.

Dénutrition : définition, que faire, chez la personne âgée ?
© 123RF-Vadim Guzhva

La dénutrition touche plus de 2 millions de personnes dont 270 000 en EHPAD et 400 000 personnes âgées à domicile. Chez la personne dénutrie, le risque de mortalité est ainsi multiplié par 4.

Définition de dénutrition

La dénutrition est le résultat d'un apport nutritionnel trop faible par rapport aux besoins de l'organisme.

Symptômes

Le symptôme le plus flagrant est la perte de poids, même chez les personnes en surcharge pondérale. Une perte de poids de 5% en un mois ou 10% en six mois doit être un signe d'alerte tout comme la maigreur avec un indice de masse corporelle (IMC) inférieur aux normes.

Dénutrition de la personne âgée

Selon la Haute Autorité de Santé, on estime à 2 millions le nombre de personnes souffrant de dénutrition en France, parmi lesquelles les personnes âgées, à domicile, en institution et à l'hôpital, sont nombreuses. En France, dans une large population de sujets âgés vivant à domicile en région urbaine, 14,8 % étaient à risque de dénutrition. A partir de 70 ans, l'incidence de la dénutrition varie de 5 à 17% sur une période de suivi de 3 ans, avec une augmentation continue avec l'avancée en âge. Le risque de chutes, de fractures, d'hospitalisation, d'infections nosocomiales, de dépendance et de décès est augmenté. Dans les recommandations de la HAS de 2007, le diagnostic de dénutrition de la personne âge de 70 ans ou plus repose sur la présence d'au moins 1 critère phénotypique ci-dessous :

  • Perte de poids : ≥ 5 % en 1 mois, ou ≥ 10 % en 6 mois
  • Indice de masse corporelle : IMC < 21 
  • Albuminémie 1 < 35 g/l
  • MNA global < 17

Dénutrition sévère :

  • Perte de poids : ≥ 10 % en 1 mois ou ≥ 15 % en 6 mois
  • IMC < 18
  • Albuminémie < 30 g/l

Causes et facteurs de risque

Il existe de nombreux facteurs de risque de dénutrition, médicaux ou non : régimes alimentaires déséquilibrés, manque de ressources, isolement, dépression, difficultés pour déglutir et s'alimenter. Certaines maladies chroniques et interventions chirurgicales sont également susceptibles de réduire l'appétit et de causer des troubles digestifs à l'origine de carences. La dénutrition peut survenir à tout âge (enfants, adolescents, adultes), mais son incidence est plus importante chez les personnes âgées. "Les populations les à risque sont les personnes âgées, les personnes atteintes de cancer, les personnes souffrant d'insuffisance respiratoire chronique, d'insuffisance rénale, d'insuffisance cardiaque. Pour ces dernières maladies, il y a une corrélation très forte entre dénutrition et mortalité" éclaire le Dr Bertin. Dans sa forme aiguë, la dénutrition survient plus fréquemment à l'hôpital chez les patients qui ne consomment pas suffisamment leurs repas. D'après le Collectif de Lutte contre la Dénutrition, 50 % des personnes âgées hospitalisées sont dénutries, 2 millions de patients le sont, 10% des enfants hospitalisés.

Un Indice de masse corporelle (IMC) normal ou élevé n'exclut pas la possibilité d'une dénutrition.

Comment se fait le diagnostic ?

Le diagnostic de dénutrition est exclusivement clinique, explique la Haute Autorité de Santé. Il repose sur l'association d'un critère phénotypique (Perte de poids ≥ 5 % en 1 mois ou ≥ 10 % en 6 mois ou ≥ 10 % par rapport au poids habituel avant le début de la maladie.  IMC < 18,5 kg/m2. Réduction quantifiée de la masse musculaire et/ou de la fonction musculaire) et d'un critère étiologique (Réduction de la prise alimentaire ≥ 50 % pendant plus d'1 semaine, ou toute réduction des apports pendant plus de 2 semaines par rapport à la consommation alimentaire habituelle quantifiée ou aux besoins protéino-énergétiques estimés. Absorption réduite. Situation d'agression (hypercatabolisme protéique avec ou sans syndrome inflammatoire) : pathologie aiguë ou pathologie chronique évolutive ou pathologie maligne évolutive) chez l'enfant comme chez l'adulte. Chez la personne âgée, un seul critère phénotypique suffit. L'albuminémie n'est pas un critère diagnostique ; c'est un critère de sévérité de la dénutrition. Le poids doit être mesuré à chaque consultation et/ou hospitalisation et renseigné dans le dossier médical. Un Indice de masse corporelle (IMC) normal ou élevé n'exclut pas la possibilité d'une dénutrition (ex. : une personne en surpoids ou obèse peut être dénutrie).

Conséquences

La dénutrition entraîne de nombreuses complications :

• d'importantes carences dont les symptômes sont l'asthénie (fatigue intense et prolongée), défenses immunitaires affaiblies, risque d'infection, fonte de la masse musculaire, retard de cicatrisation, atteintes neurologiques, perte d'autonomie.

• en cas de maladie, elle complique les actes médicaux et chirurgicaux, "entraine des complications post-opératoires, des problèmes de cicatrisation, d'infection des sites opératoires. Les personnes dénutries en milieu hospitalier ont 5 fois plus de risques de faire une infection nosocomiale et 3,5 fois plus de risques de faire des escarres" liste de Dr Bertin, médecin nutritionniste.

la dénutrition diminue par ailleurs l'espérance de vie, ralentit la guérison. Chez les personnes âgées, elle accroît le risque de chutes et de décès. 

Que faire en cas de dénutrition, quels traitements ?

"Les personnes considèrent comme normal de ne pas avoir d'appétit quand on est malade, de perdre du poids, mais il faut les informer. Ils doivent connaitre les risques liés à la dénutrition" insiste le Dr Eric Bertin. Le traitement de la dénutrition dépend de sa cause, de l'état de santé et de l'âge du patient. Il peut associer une prise en charge de la cause (maladie associée, régime alimentaire inadapté) et une prise en charge diététique pour rétablir les apports nutritionnels. "La prise en charge contient plusieurs axes : cela peut être des conseils diététiques pour ne pas arrêter l'alimentation, une prescription de compléments nutritionnels oraux comme des boissons lactées ou des boissons enrichies pour augmenter l'apport énergétique et protidique. La prise en charge peut aller jusqu'à la prescription de nutrition parentérale ou entérale quand l'alimentation ne peut plus se faire par voie orale."

Comment prévenir la dénutrition ?

La prévention de la dénutrition passe par le repérage des individus à risque. Chez les personnes âgées, il existe des mesures spécifiques à appliquer au quotidien pour maintenir des apports conformes aux besoins de l'organisme : stimulation de l'appétit, enrichissement de l'alimentation, surveillance du poids, etc. Elles peuvent être proposées en prévention, ou en parallèle d'un traitement dans les cas de dénutrition sévère. 

Merci au Dr Eric Bertin, médecin nutritionniste, professeur de nutrition à l'Université de Reims, Vice-Président de la Société Française des Nutritionnistes.

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