Chenille processionnaire : invasion à Nancy, bouton, traitement

L'été est la période des chenilles processionnaires du chêne. Avec les fortes chaleurs, elles ont envahi le Grand Est, particulièrement Nancy et la Moselle (Metz, Thionville). Urticantes à cause de leurs poils, elles sont dangereuses en cas de piqûre. Comment reconnaître un nid ? Quels dangers ? Que faire en cas de boutons après une piqûre ? De nid ? Conseils.

Chenille processionnaire : invasion à Nancy, bouton, traitement
© ueuaphoto - 123RF

[Mis à jour le mercredi 23 juin à 9h04] Cet été, les chenilles processionnaires du chêne, urticantes, envahissent toute la France, particulièrement le Grand Est, rapporte le CHU de Nancy. A cause de cette invasion, les stocks de crèmes apaisantes et d'anti-allergiques sont dévalisés dans certaines pharmacies, notamment en Meurthe-et-Moselle (Nancy...) et en Moselle (Metz...). "Avec les fortes chaleurs, elles sortent du sous-bois. Leurs poils sont transportés par le vent, comme un pissenlit. Cela donne de l'urticaire", indique le service Dermatologie du CHU de Nancy. Elles peuvent entraîner de vives réactions allergiques à cause de leurs poils urticants, comme des éruptions cutanées, des démangeaisons, des œdèmes et des décollements de la rétine s'ils entrent en contact avec les yeux. On les redoute particulièrement chez les enfants et chez les animaux car elles sont à leur portée, sur l'herbe et à proximité des pins et des chênes en forêt. A quelle période faut-il faire le plus attention ? Quels sont les dangers d'une piqûre de chenille processionnaire ? Quel traitement pour la soulager ?

Définition : c'est quoi une chenille processionnaire ?

La chenille processionnaire est la larve d'un papillon de nuit. On rencontre en France deux types de chenilles processionnaires qui ont chacune leur cycle biologique :

chenille processionnaire du chêne
Chenille processionnaire du chêne © Ben Schonewille-123RF
  • la chenille processionnaire du pin (hiver) (Thaumetopoea pityocampa) : le cycle de reproduction dure 1 an. Les premières chenilles éclosent dès le mois d'octobre. Elles quittent leur nid vers mars-avril et se déplacent en se tenant les unes aux autres, en procession, vers le sol pour s'enfouir à quelques centimètres de profondeur et se transformer en nymphe puis en papillon au cours de l'été.
  • la chenille processionnaire du chêne (été) (Thaumetopoea processionea) : Les œufs éclosent vers mars-avril. La chenille se déplace en fin de journée et la nuit en procession sur les feuilles pour se nourrir. Vers le mois de juin-juillet, les chenilles fabriquent leur nid au niveau du tronc et des branches les plus solides. Ce nid renfermera les chrysalides qui se métamorphoseront en papillon en août. Les papillons vont ensuite s'accoupler, pondre des œufs et donner naissance à de nouvelles chenilles urticantes. 

Période et saison de la chenille processionnaire

  • La chenille processionnaire du pin est urticante d'octobre à mars.
  • La chenille processionnaire du chêne est urticante d'avril à juin.

Carte de la chenille urticante en Ile-de-France

Carte communes ile-de-france chenilles processionnaires
Carte des communes colonisées par les chenilles urticantes en Ile-de-France (dernières données en date) © ARS Ile-de-France

Quels symptômes et dangers en cas de contact ?

Chaque chenille possède des poils microscopiques volatiles qui contiennent une protéine urticante, la "thaumétopoéine". Ces poils s'accrochent facilement à la peau et aux muqueuses et peuvent provoquer diverses réactions chez l'homme :

  • intenses démangeaisons de la peau,
  • apparition de boutons,
  • conjonctivites au niveau des yeux,
  • toux d'irritation,
  • maux de gorge.

Plus gravement, le contact avec les poils d'une chenille processionnaire peut entraîner un choc anaphylactique avec :

  • urticaire, 
  • œdème dans la bouche et la gorge, 
  • difficultés à respirer,
  • hypotension,
  • perte de connaissance. 

Quels signes en cas d'allergie ?

Le contact avec les poils des chenilles processionnaires peut provoquer un urticaire physique dit "de contact" qui n'est pas lié à un mécanisme immunologique et n'est donc pas le signe d'une 'allergie" en tant que telle. Il peut toucher toutes personnes alors que la véritable allergie ne concerne que celles qui sont "sensibilisées". Seuls certains sujets présentent une véritable allergie aux poils urticants. 

Les parties du corps les plus touchées sont les parties découvertes : poignets, avant-bras, dos des mains, espaces entre les doigts, visage, paupières, cou.

Les yeux peuvent être atteints : Les poils urticants pénètrent dans la cornée occasionnant une gêne oculaire, un larmoiement, une conjonctivite.

L'atteinte des voies respiratoires est un signe plus grave qui impose une consultation médicale : il peut s'agir d'une petite gêne respiratoire ou plus gravement d'une crise d'asthme.

Même si la chenille est tuée, ses poils restent urticants. Ils peuvent voler dans les maisons, être dans les sols.

Que faire en cas de piqûre ?

En cas de contact avec la peau :

  • Retirer les vêtements avec des gants, les laver à fortes températures et les sécher au sèche-linge pour les débarrasser des poils.
  • Laver la zone touchée avec de l'eau et du savon.
  • "On peut éventuellement se servir de papier collant pour décrocher les poils urticants de la peau, un peu à la manière d'une épilation" indique l'Agence Régionale de Santé du Grand-Est.
  • Brosser les cheveux.
  • Consulter un médecin pour recevoir un traitement antihistaminique permettant de calmer les signes allergiques tels que les démangeaisons et l'éruption de boutons.

En cas de contact avec les yeux : rincer les yeux et consulter un ophtalmologue qui procédera à un examen minutieux pour décider des suites du traitement à administrer.

En cas de contact avec les voies respiratoires : consulter un médecin qui pourra prescrire les traitements indiqués en fonction des symptômes observés (antihistaminiques, corticoïdes).

En cas d'ingestion : boire un grand verre d'eau, consulter un médecin ou appeler directement le 15.

En cas de vomissements, de vertige et de fièvre, de difficultés respiratoires, d’œdème, consulter le service d'urgence le plus proche.

En cas de symptômes légers, consultez votre médecin traitant ou un médecin généraliste.

N'appelez le 15 ou consultez un service d'urgences uniquement en cas d'apparition de signes graves tels des vomissements, un malaise, des vertiges, des difficultés à déglutir, des difficultés respiratoires ou une atteinte sévère des yeux.

Prévention : comment se protéger des chenilles urticantes ?

Si un nid de chenilles processionnaires s'est installé dans votre jardin, sachez qu'il ne faut pas s'en approcher et encore moins les toucher. Il est aussi conseillé de :

  • Ne pas se promener sous un arbre porteur d'un nid.
  • Porter des vêtements couvrants lors de balades en forêt (manches longues, pantalons longs)
  • Eviter de se frotter les yeux en cas d'exposition mais aussi pendant et au retour d'une balade.
  • En cas de doute quant à une exposition aux poils des chenilles, prendre une douche et changer de vêtements en rentrant.
  • Si vous habitez à côté d'un arbre infesté : ne pas sécher le linge dehors surtout s'il y a du vent, laver soigneusement les fruits et légumes du jardin, faire attention en tondant la pelouse.
  • Ne pas laisser jouer les enfants à proximité d'un arbre infesté et à distance, les munir de vêtements protecteurs (voire chapeau et lunettes également). 
  • En présence d'un nid de chenilles processionnaires, ne cherchez pas à le détruire immédiatement et demandez conseil à des professionnels. Si vous avez un doute, ne secouez pas les branches de l'arbre et ne remuez pas le sol pour faire tomber l'éventuel nid. Ne consommez pas les fruits qui se trouveraient en-dessous.

Pour les riverains de forêts ou d'arbres infestés

  • Ne pas faire sécher en extérieur les masques de protection respiratoire utilisés dans le cadre de l'épidémie de COVID 19.
  • Ne pas faire sécher le linge en extérieur surtout par temps venteux.
  • Laver soigneusement les fruits et légumes du jardin.
  • Prendre garde en tondant la pelouse.
  • Ne pas laisser jouer les enfants à proximité d'un arbre infesté et à distance, les munir de vêtements protecteurs (manches et pantalons longs, couvre-chef et éventuellement lunettes).
  • Eviter de se frotter les yeux en cas d'exposition.
  • En cas de doute quant à une exposition aux poils des chenilles, prendre une douche et changer de vêtements.

Comment les piéger et s'en débarrasser ?

Pour détruire les chenilles processionnaires, il y a plusieurs solutions :

  • Soit en détruisant leur nid, en suivant les conseils d'un professionnel ou en faisant appel à un spécialiste qui détruira le nid à votre place.
  • Soit en appliquant sur le nid un traitement adapté à base de Bacillus thuringiensis, un produit disponible dans les jardineries.
  • Soit en introduisant ses prédateurs naturels, grâce à des nichoirs, comme le coucou ou la mésange qui se nourrissent des larves de chenilles processionnaire.

Sources : 

"Progrès en dermato-allergologie" en 1999.

Chenilles urticantes, ARS Grand Est, juin 2020.

Merci au Dr Jérôme Langrand, Chef de service Centre antipoison de Paris CHU Lariboisière-Fernand Widal, pour sa relecture.

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