Peste noire : morts en France, date, symptômes

Elle fut la pandémie la plus considérable de l'Histoire. "La Grande peste" ou "peste noire" a dévasté l'Europe du 14e siècle. Quels sont les symptômes de cette maladie de rongeurs ? A-t-elle aujourd'hui complètement disparu ? Éclairage avec Annette Leclerc, épidémiologiste et directrice de recherche émérite à l'INSERM.

Peste noire : morts en France, date, symptômes
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Qu'est-ce que la peste noire ?

La peste noire est une pandémie de peste, maladie de rongeurs (des rats, principalement, qui se trouvaient notamment sur les navires de commerce) transmise à l'humain par les piqûres de puces de ces bêtes infectées. Extrêmement contagieuse, la Peste noire a touché l'Europe, l'Asie, l'Afrique du Nord, et certainement l'Afrique subsaharienne pendant le Moyen Âge. Elle est surnommée "La Grande Peste" parfois "la mort noire", "la grande mortalité" ou encore "la grande pestilence". On parle aussi de "la maladie des bosses", en référence aux " bosses " - des ulcères - qu'elle forme sur la peau lorsque qu'elle est bubonique (la forme la plus fréquente de la peste). L'infection peut être localisée ou généralisée.

A quelle date s'est-elle répandue ?

Citant le chapitre sur la peste de l'ouvrage "L'histoire mondiale de la France" dirigé par l'historien spécialiste du Moyen Âge Patrick Boucheron, l'épidémiologiste Annette Leclerc rappelle que la pandémie de Peste noire débute au milieu du 14e siècle, vers l'année 1347. Parce que les populations étaient moins en mouvement "la propagation était plus lente qu'avec le Covid-19. Selon les régions de France, la peste arrivait plus tard, par les navires" explique l'interrogée. "À cette époque, on pense que c'est pour nous punir que Dieu a envoyé la peste, que c'est un châtiment", poursuit-elle, avant de rappeler une autre croyance médiévale : "On pensait que la maladie venait du mauvais air, des odeurs infectes dans les rues. On continue d'ailleurs d'employer l'adjectif "pestilentiel", qui signifie "sentir mauvais"" souligne-t-elle. La Peste sévit durement jusqu'en 1352. Elle resurgit en France régulièrement, localement, mais toujours violemment, et ce, jusqu'au 18e siècle. En 1720, alors que la peste n'a pas été détectée dans la cité phocéenne depuis 60 ans, la "Peste de Marseille" ravage la ville et tue en quelques années entre un tiers et la moitié de la population marseillaise, soit, entre 30.000 et 50.000 habitants, selon les estimations. Il s'agit du dernier grand épisode de cette épidémie sur le territoire. Ce n'est qu'en 1894 que le bactériologiste issu de l'institut Pasteur Alexandre Yersin, alors installé au Japon, découvre le bacille (une bactérie en forme de bâtonnet) " Yersinia Pestis " responsable de cette maladie infectieuse.

Combien de morts en France ?

"Il est difficile de répondre à cette question, car il n'y avait pas à l'époque de données précises sur la mortalité" rappelle justement l'épidémiologiste. "On sait en revanche que la Grande Peste a sévi davantage dans les grandes villes que dans les villages" ajoute-t-elle, et qu'elle a causé entre 50.000 et 80.000 décès à Paris. On sait aussi que la population française a diminué de 41% en un siècle, entre 1340 et 1440, passant de 17 à 10 millions d'habitants. Le pays ne retrouvera son niveau démographique de la fin du 13e siècle qu'à la seconde moitié du 17e siècle.

Combien de morts dans le monde ?

Selon certaines estimations, 30 à 50% de la population européenne de l'époque a été décimée par la Peste noire. Celle-ci aurait fait, à l'échelle mondiale, entre 75 et 200 millions de morts.

Quels étaient les symptômes ?

"Il y avait en fait plusieurs formes de peste : l'une pouvait causer des symptômes respiratoires et la seconde, dite bubonique, formait des ulcères, des bubons pestilentiels sur la peau" informe la spécialiste interrogée. "La forme pouvait évoluer selon le stade de la maladie." Cette peste bubonique dont la phase d'incubation était de 1 à 7 jours, était à l'époque la forme d'infection la plus répandue. Situé au niveau de l'aine ou au creux de l'aisselle, un (ou plusieurs) ganglion lymphatique qui drainait la zone de piqûre de la puce infectée augmentait de volume et faisait terriblement souffrir les malades, qui ressentaient par ailleurs des symptômes grippaux (forte fièvre, courbatures…). Ce ganglion hypertrophié est appelé "bubon", d'où le qualificatif "bubonique". Parfois, ce bubon rouge pouvait suppurer et le patient, guérir. Mais dans la majorité des cas, la maladie évoluait vers une forme pulmonaire (mortelle) ou septicémique : le malade mourrait alors en quelques jours d'une infection généralisée (septicémie). La forme septicémique pouvait aussi se déclencher directement - sans passer par la forme bubonique donc - après une inoculation du bacille par une coupure, par exemple. Là encore, le malade en mourrait. Quant à la forme pulmonaire, elle est à la fois la plus rare et la plus foudroyante. Elle se transmettait d'un humain à un autre, via les gouttelettes de salives, lorsque le premier toussait notamment. Ses symptômes ? Une toux violente avec des crachats de sang, des crises de convulsion… Sans traitement rapide, les malades perdaient la vie en trois jours.

La peste est une maladie qui n'a pas totalement disparu.

Comment la peste noire a-t-elle disparu ?

Même si l'épidémie n'a pas connu de flambée en France et en Europe depuis des siècles, la peste est une maladie qui n'a pas totalement disparu. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a recensé 50.000 malades entre 1990 et 2015, dans 26 pays. Plus précisément, l'OMS comptait entre 2010 et 2015 : 3248 cas de peste et 584 d'entre eux furent mortels.

Y a-t-il un vaccin ?

"Il a fallu attendre des siècles avant qu'il n'y ait des vaccins. Jusqu'à Louis Pasteur qui développa un vaccin contre la rage au 14e siècle, la vaccination n'existait pas" rappelle l'interrogée. Il n'y avait donc pas de vaccin à l'époque de la Peste noire. Les populations ne connaissaient même pas l'origine de la maladie, découverte au 19e siècle seulement. Si aujourd'hui plusieurs vaccins sont à l'étude, ceux qui ont été développés jusque-là ont tous été abandonnés car ils présentaient de nombreux effets secondaires indésirables. Certains étaient par ailleurs insuffisamment efficaces, puisqu'ils ne protégeaient pas des formes pulmonaires de l'infection. 

Merci à Annette Leclerc, épidémiologiste, directrice de recherche émérite à l'UMS 011 de l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM).

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