6 symptômes d'alerte d'un cancer du sein

Rougeur sur la poitrine, boule dure dans le sein ou sous l'aisselle, mamelon qui se rétracte... Quels signes sont évocateurs d'un cancer du sein ? Quelle surveillance adopter ? Tour des symptômes à ne pas négliger avec le Dr Elisabeth Russ, pathologiste, spécialisée dans le diagnostic de cancer du sein.

6 symptômes d'alerte d'un cancer du sein
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Peau rouge, grosseur, boule dure sous l'aisselle, mamelon qui se rétracte, déformation du sein... Une poitrine qui n'est pas comme d'habitude n'est pas quelque chose d'anodin et cela nécessite un avis médical. Bien qu'elles soient anxiogènes, ces "anomalies" du sein ne sont pas forcément le signe d'une pathologie grave, mais seul un professionnel de santé, à l'aide de différents examens, pourra faire la différence et éliminer un diagnostic de cancer du sein. Quels signes sont évocateurs d'un cancer du sein ? Quels sont les symptômes qui doivent alerter ? Comment réduire les risques ? Réponses du Dr Elisabeth Russ, pathologiste, spécialisée dans le diagnostic de cancer du sein.

Des rougeurs de la peau

Symptômes d'alerte d'un cancer du sein
Symptômes d'alerte d'un cancer du sein © nastasijamal - 123RF

"Des rougeurs cutanées peuvent être les témoins de lésions suspectes", indique d'emblée le Dr Elisabeth Russ. De la même façon, un changement dans la texture ou la pigmentation du sein ou de l'aréole (le petit cercle de couleur plus foncé qui entoure le mamelon) doivent également alerter. 

Une déformation du sein

"Ce qu'on appelle un méplat, lorsque l'arrondi du sein n'est plus le même -  il est "plus plat" qu'auparavant - doit amener à consulter un médecin", insiste notre interlocutrice. De la même façon, un sein qui présente une petite fossette sur le côté ou qui change de taille (hors règles) doit alerter. 

Un mamelon rétracté

"Une rétraction mamelonnaire - autrement dit, un mamelon qui se rétracte ou qui s'ombilique comme un nombril - peut être un signe d'alerte", prévient le Dr Russ. 

Une boule dans le sein

Une boule dure, non mobile avec des contours irréguliers et qui persiste peut évoquer un cancer du sein. A contrario, une boule aux bords bien définis et lisses, qui "roule" sous les doigts lors de la palpation du sein évoquent plutôt une lésion bénigne comme un fibroadénome. Dans tous les cas, seuls des examens d'imagerie (voire une biopsie) permettront d'évaluer le type de lésion. "Attention, sur des petits seins, la boule se sentira plus facilement. Sur des seins volumineux, elle peut être un peu plus "noyée" dans la masse et ne pas se sentir lors de la palpation", souligne l'experte 

Un ganglion sous aisselle

L'apparition d'un ganglion sous l'aisselle peut être un signe d'alerte. Si on palpe une boule dure qui n'est pas douloureuse, il faut aller consulter son médecin traitant ou son gynécologue. "Attention, il y a des contextes particuliers qui écartent potentiellement la piste d'un ganglion suspect. Par exemple, en période de Covid, on observe des ganglions qui apparaissent en réaction post-vaccinale. Il ne faut donc pas s'inquiéter outre-mesure si on sent un ganglion sous son aisselle, mais il faut tout de même en parler à un médecin. Mais hors période de Covid, l'apparition d'un ganglion n'est pas anodin. De la même façon, une femme qui s'épile les aisselles au rasoir manuel ou électrique, peut avoir des inflammations au niveau des poils des aisselles, ce qui peut entraîner l'apparition de petites boules dures. En cas de petite lésion cutanée (eczéma sous le bras), les ganglions axillaires ont également tendance à augmenter de volume", détaille notre interlocutrice. 

Ecoulement du mamelon

L'écoulement du mamelon correspond à une fuite de liquide d'un ou de plusieurs canaux du mamelon. L'écoulement peut survenir que d'un côté, parfois des deux, s'accompagner de douleurs, être spontané ou survenir après une pression du mamelon. En fonction des caractéristiques et de sa couleur, un écoulement mamelonnaire ne signifie pas la même chose. Un écoulement épais, verdâtre, marron ou sanguinolent, accompagné d'une sensation de brûlure ou d'une rétractation du mamelon, peut évoquer un cancer du sein. Cela nécessite une consultation médicale et un examen clinique. 

Un cancer du sein fait-il mal ?

Un cancer du sein n'est en théorie pas douloureux. "Il est très rare que le cancer du sein se révèle par des douleurs", confirme la spécialisteLa plupart du temps, un cancer du sein est suspecté lorsque l'on sent un nodule dur et indolore. "Tout ce qui est douloureux est finalement moins inquiétant que ce qui est dur, non mobile (une boule qui ne bouge pas entre les doigts à la palpation) et non douloureux, sauf dans des contextes très rares de cancers inflammatoires", rassure notre spécialiste. Une douleur aux seins est donc, dans la grande majorité des cas, le symptôme d'une affection non cancéreuse. Toutefois, une douleur mammaire est à surveiller et doit faire l'objet d'une consultation médicale. "Lorsqu'elle évolue, la tumeur grossit et augmente de volume. Toutefois, un cancer peut évoluer très lentement, comme par exemple, un cancer hormonosensible à faible grade", détaille le Dr Russ. 

Comment surveiller l'apparition de symptômes ?

Mode d'emploi de l'auto-palpation des seins
Mode d'emploi de l'auto-palpation des seins © dragontiger8 - 123RF

"4 fois par an, à chaque changement de saison par exemple, la femme peut s'auto-examiner, en plus d'une consultation chez le gynécologue une fois par an, préconise notre experte. L'autopalpation doit se faire en dehors de la période des règles, idéalement en milieu de cycle (au-moins une semaine après la fin des règles)". L'autopalpation se fait en deux temps :

  1. On se regarde dans le miroir pour observer sa poitrine. "On vérifie la forme de ses seins dans deux positions. La première : les bras le long du corps puis la deuxième, les bras levés". On regarde également la peau des seins (s'il n'y a pas de rougeurs ou de lésions), l'état des deux mamelons (s'ils ne sont pas rétractés), la forme des seins (leur arrondi...)
  2. On s'autopalpe debout toujours devant le miroir : la main droite palpe le sein gauche et la main gauche palpe le sein droit. "Pour se faire, on utilise la pulpe des doigts (le bout des doigts) pour aplatir le sein contre le thorax, en allant de la région située sous la clavicule jusqu'en dessous du sillon sous-mammaire, de l'extérieur jusqu'au sternum, entre les deux seins. On n'oublie pas de palper la zone de la région axillaire (au niveau de l'aisselle) pour vérifier qu'il n'y a pas de boule". 

En parallèle d'un auto-examen régulier des seins, "on propose à la patiente un dépistage personnalisé à la clinique Hartmann grâce à un test qui s'appelle MammoRisk (créé par la start-up française Prédilife). Il s'agit d'un test salivaire qui permet d'évaluer le risque de cancer d'une patiente et par conséquent d'obtenir une surveillance plus étroite", explique notre experte. Ce test préventif s'adresse à toutes les femmes de 40 à 74 ans (le dépistage organisé, lui, est à partir de 50 ans) sans risque spécifique connu de cancer du sein et souhaitant surveiller leur risque. "La consultation se déroule en trois parties : la collecte de données cliniques individuelles (âge, antécédents personnels et familiaux), une mammographie évaluant la densité mammaire et un test génétique salivaire, envoyé à l'Institut Curie qui donne un résultat sous trois semaines environ." A l'issue du test, un bilan clair permet d'évaluer précisément le risque de la patiente de développer un cancer du sein dans les 5 ans à venir. "Si la patiente fait partie d'un groupe avec un risque de cancer plus élevé que la moyenne, des conseils de suivi et hygiéno-diététiques plus personnalisés sont donnés (faire une mammographie tous les ans plutôt que tous les deux ans, faire davantage d'activité physique...) pour essayer de réduire ce sur-risque", détaille notre interlocutrice. Ce test est disponible chez les gynécologues, radiologues, médecins généralistes à un prix moyen de 180 euros (non remboursé par la Sécurité Sociale et partiellement pris en charge par certaines mutuelles)

Merci au Dr Elisabeth Russ, pathologiste, spécialisé dans le diagnostic de cancer du sein.