Quelles sont les conséquences de la maladie de Lyme ?

Infection liée à une bactérie, la maladie de Lyme est en pleine expansion en France et un peu partout dans le monde. Elle va affecter de nombreux organes et peut engendrer des conséquences sur le long terme (douleurs articulaires, troubles neurologiques, vue, sommeil...) . Karine Touralbe, naturopathe nous détaille les différents troubles liés à cette maladie.

Quelles sont les conséquences de la maladie de Lyme ?
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Qu'est-ce que la maladie de Lyme ? 

"On l'appelle également Borréliose du nom de la bactérie Borrelia responsable de la maladie, précise Karine Touralbe, naturopathe. La borrélie est principalement transmise par les tiques et bon nombre d'entre elles sont porteuses d'un ou plusieurs germes pathogènes". Environ 15% des tiques seraient porteuses de la borrélie Borrelia Bugdorferi, sachant qu'il existe d'autres espèces de borrélies pathogènes en France. "Mais dans la majorité des cas lorsque nous entrons en contact avec la borrelia nous ne développons pas la maladie, notre système immunitaire est là pour veiller !". La voie materno-foetale est également un autre mode de transmission et on soupçonne également la voie sexuelle ainsi que d'autres insectes vecteurs comme les moustiques ou les puces. "La majorité des patients souffrant de la maladie de Lyme se plaignent de troubles multi systémiques, ils présentent de nombreux symptômes simultanément touchant potentiellement de nombreuses zones du corps". La maladie de Lyme peut être grave, elle n'est pas rare et elle est sous diagnostiquée. Officiellement on diagnostique en France 50 000 à 60 000 cas par an, dont environ 10% de cas chroniques. Les associations jugent ces chiffres officiels sous-estimés. 

On décrit 3 stades dans la maladie : la phase primaire aiguë, la phase secondaire disséminée aiguë et la phase disséminée tardive.

Classiquement on décrit 3 stades. La phase primaire ou aiguë qui survient entre 3 et 30 jours après la morsure. "Si la phase primaire est passée inaperçue ou n'a pas été traitée, la maladie évolue en quelques semaines à quelques mois en phase secondaire ou phase disséminée aigüe". "Cette seconde phase se caractérise par les mêmes symptômes que la phase primaire mais de façon plus prononcée et plus étendue, les troubles touchent plus d'organes". Lorsque à ce stade, la maladie n'a pas été correctement prise en charge, la maladie évolue par vagues vers le stade tertiaire appelé aussi phase disséminée tardive. "La symptomatologie s'enrichit et l'aggravation est lente et régulière. A ce stade, la maladie, source d'arrêt de travail, de mise en invalidité va impacter la vie quotidienne. Pour les enfants il peut être nécessaire d'adapter la scolarité." La maladie peut ensuite évoluer malgré des traitements adéquats vers une forme chronique. "La maladie de Lyme va affecter de nombreux organes. La FFMVT (Fédération Française des Maladies Vectorielles à Tiques) dénombre une liste non exhaustive de plus de 70 symptômes liés à cette maladie".

Troubles cutanés

Le signe le plus connu et le plus spécifique est l'érythème migrant. "Il apparait à la phase aigüe sous la forme d'un érythème centré sur la morsure, qui va s'étendre rapidement et s'éclaircir au centre", détaille la thérapeute. Cependant environ 30% à 50% des patients n'ont pas d'érythème migrant ou en tout cas pas sous sa forme classique. "Dans les formes disséminées peuvent apparaitre des érythèmes migrants multiples ou un lymphocyte cutané bénin (gonflement de la peau rouge violacé de 1 à 2 cm)".

Douleurs articulaires 

Elles peuvent apparaitre dès la phase primaire sous la forme d'un syndrome infectieux atypique avec fatigue et fièvre. "Un syndrome grippal en plein été doit mettre la puce à l'oreille, alerte notre interlocutrice. Quand la maladie s'est disséminée, on observe des douleurs migrantes type arthralgies, arthrites… Dans un second temps, apparaissent des arthralgies migratrices atypiques survenant d'abord la nuit puis augmentant en intensité et fréquence quand la maladie progresse".

Douleurs musculaires 

Dans la phase primaire, des douleurs musculaires (myalgies) peuvent apparaitre dans 25 % des cas.

Troubles neurologiques 

Elles touchent les différentes structures du système nerveux à partir du stade disséminé aigu. "On peut observer des sueurs nocturnes, des céphalées, une méningite, des troubles sensitifs (engourdissements, fourmillements, douleurs atypiques), des troubles moteurs (paralysie faciale, troubles de l'équilibre, contractions musculaires, perte de connaissance) …, détaille la naturopathe. Les manifestations centrales pouvant simuler une sclérose en plaques sont plus rares".

Troubles de la vision 

"On peut également constater des troubles oculaires avec inflammation des différentes parties de l'oeil (conjonctivite, uvéite, kératite...), troubles de la vision (vision double, myopie, hallucinations), photophobie, ptose de la paupière", complète notre interlocutrice.

Troubles urinaires

Des troubles urinaires avec brulures et mictions fréquentes pouvant être observés dans les formes chroniques.

Troubles du sommeil 

Autre conséquence : "des troubles du sommeil avec hyper somnolence, sommeil non-récupérateur, en partie responsable de la fatigue invalidante observée dans les formes chroniques."

Troubles cardiaques 

"Des troubles cardiaques peuvent apparaître quand la maladie se dissémine avec des troubles du rythme (palpitations), myocardite, péricardite se traduisant par fatigue, essoufflement, troubles du rythme, douleurs dans la poitrine, fièvre…", ajoute Karine Touralbe.

Conséquences psychologiques 

Des troubles psychiques sont liés aux atteintes neurologiques ou sont la conséquence de l'altération de la qualité de vie des malades. "Les atteintes neurologiques peuvent donner des encéphalites imitant des manifestations psychiatriques (dépression, démence, troubles des apprentissages chez les enfants), rappelle la thérapeute. Anxiété, altération de la mémoire, brouillard cérébral peuvent aussi se manifester. La fatigue est le grand dénominateur commun des formes chroniques. A la fois physique et psychique, elle évolue depuis plusieurs mois soit de façon continue soit par vagues et vient impacter lourdement le quotidien des malades."

Maladie post-Lyme : des conséquences sur le long terme ? 

En termes de symptomatologie, il est difficile de distinguer une forme disséminée d'une forme chronique. La maladie devient chronique lorsque les troubles persistent malgré des traitements adéquats. "L'International Lyme and Associated Diseases Society (ILADS) définit la maladie de Lyme chronique comme une maladie multi systémique avec un large éventail de symptômes et/ou de signes qui sont présents de manière continue ou intermittente depuis au moins six mois, rappelle Karine Touralbe. L'infection a des périodes de latence variables et les signes et symptômes peuvent croître, décroître et migrer. Les manifestations de la maladie de Lyme chronique persistent ou réapparaissent après traitement et sont présentes de manière continue ou de façon récurrente/intermittente." Les symptômes le plus souvent reliés à la maladie de Lyme et à ses manifestations chroniques sont (d'après le questionnaire SIMS-ML du Dr Horowitz) :

  • Fatigue, lassitude
  • Maux de tête
  • Raideur de la nuque ou du dos
  • Gonflement ou douleurs articulaires
  • Fourmillement, engourdissement et/ou sensation de brûlure aux extrémités
  • Confusion, difficulté à penser
  • Difficulté à se concentrer ou lire
  • Distraction, mauvaise mémoire à court terme
  • Troubles du sommeil
  • Dort trop ou trop peu, réveils précoces
  • Difficulté à parler ou à écrire

Comment expliquer la persistance de la maladie malgré des traitements bien conduits ?

Plusieurs explications sont évoquées :
Des formes difficilement accessibles aux traitements. "La bactérie Borrelia peut adopter une forme dormante ou s'organiser en biofilms, la rendant difficilement accessible aux antibiotiques malgré des traitements adéquats".
La présence de co-infections peut aussi expliquer la persistance des symptômes. "En effet, outre la borrelia, les tiques sont porteuses d'un grand nombre de bactéries, virus et parasites et peuvent ainsi transmettre d'autres maladies en plus de la maladie de Lyme. Ces co-infections sont souvent méconnues et insuffisamment recherchées bien qu'on les trouve chez un grand nombre de malades". La persistance de ces co-infections ou des formes latentes de la maladie de Lyme entraine un dysfonctionnement au niveau immunitaire et une inflammation chronique.
"On peut aussi évoquer comme autres facteurs de chronicisation, un système immunitaire affaibli, la présence d'une candidose chronique, des fonctions d'élimination hépatique, intestinale et rénale dépassées, la présence de métaux lourds dans l'organisme, des carences micronutritionnelles, ou une dépression". Tous ces facteurs sont en lien les uns avec les autres.
La complexité du diagnostic. "La maladie de Lyme à partir du stade disséminé peut simuler de nombreuses maladies à l'instar de la syphilis en son temps. Ces 2 bactéries appartiennent d'ailleurs à la même famille des spirochètes !" Maladies psychiques, fibromyalgie, syndrome de fatigue chronique, sclérose en plaques, Alzheimer, candidose chronique… la maladie de Lyme peut imiter de nombreuses maladies, source d'erreur de diagnostic. "Il existe d'ailleurs plusieurs liens entre ces pathologies et la maladie de Lyme avec de nombreux symptômes en commun et des causes infectieuses, environnementales et des facteurs individuels tels que des problèmes de détoxification, des déséquilibres hormonaux, ou des problèmes digestifs." Le diagnostic repose actuellement essentiellement sur la clinique "mais le nombre de médecins formés à cette maladie reste largement insuffisant". De plus, "des tests biologiques existent mais ceux que l'on trouve sur le marché Français ne sont pas fiables car ils ne détectent pas toutes les souches de borrelia, ils manquent de sensibilité et les co-infections ne sont pas suffisamment recherchées."

Quels traitements ?

Le traitement classique de la maladie de Lyme est l'antibiothérapie. Pour les formes non compliquées, cela ne pose pas de problème. "Les médecins se retrouvent en difficulté avec les stades disséminés tardifs et chroniques pour lesquels les traitements seront très longs (plusieurs mois d'antibiothérapie), sortant parfois des recommandations officielles. Pour la prise en charge de ces patients ayant une pathologie complexe, il sera important de mettre en place des mesures non médicamenteuses afin de soutenir et restaurer le terrain notamment au niveau immunitaire et digestif". Parmi ces mesures, citons, la réforme de l'alimentation, la revitalisation en comblant les carences en vitamines et minéraux avec la micronutrition ou la lutte contre l'inflammation chronique avec la phytothérapie et la gemmothérapie. "De nombreux autres soins pourront également être proposés : les huiles essentielles pour leur action anti-infectieuse, l'ostéopathie pour soulager les douleurs et les blocages, l'hydrothérapie chaude ou froide, les probiotiques pour soutenir le microbiote mis à mal par les antibiothérapies répétées."

Merci à Karine Touralbe, naturopathe à Valence et membre du réseau Medoucine.

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