Thrombose digestive : c'est quoi, symptômes, traitement

Les thromboses digestives correspondent à une obstruction complète d'une branche ou du tronc de l'artère ou de la veine mésentérique supérieure, dans l'intestin. Quels sont les symptômes ? les causes ? les traitements ? Le Professeur Jean-Luc Faucheron, chef du Service de Chirurgie Digestive et de l'Urgence du CHU Grenoble Alpes, nous répond.

Thrombose digestive : c'est quoi, symptômes, traitement
© sebra

C'est quoi une thrombose digestive ? 

Une thrombose digestive est la conséquence d'une obstruction complète d'une branche ou du tronc de l'artère ou de la veine mésentérique supérieure située dans l'intestin. "Pour l'occlusion de l'artère, il peut s'agir d'une plaque d'athérome qui en s'épaississant progressivement bouche l'artère, ou d'un embole (ou caillot) venant du cœur qui s'arrête au niveau de l'artère mésentérique, explique le Pr Jean-Luc Faucheron, chef du Service de Chirurgie Digestive et de l'Urgence du CHU Grenoble Alpes. Pour l'occlusion de la veine, il s'agit de l'équivalent d'une phlébite des jambes : la veine se bouche par un caillot dans certaines circonstances."

schéma thrombose digestive
Schéma montrant l'obstruction par un caillot d'une artère mésentérique. © 123RF-Roberto Biasini

Quels sont les symptômes ? 

Le maître symptôme de la thrombose digestive est la douleur abdominale, toujours très intense, comme dans un tableau d'occlusion, puisque l'intestin n'est plus viable et qu'il ne fonctionne plus dans le territoire du vaisseau bouché. 

► "Si l'artère est bouchée à son origine, le patient présente rapidement un infarctus intestinal et il développe très rapidement un choc avec défaillance des fonctions essentielles : le pronostic vital est engagé à très court terme et il est estimé qu'en absence de traitement rapide, le décès peut survenir en 6 heures de temps, détaille le Professeur. Si la thrombose touche une artère moins importante, le tableau est moins bruyant, mais la douleur est plus localisée, toujours aussi forte et l'urgence est la même : l'ischémie ou défaut de vascularisation du territoire de l'intestin concerné va aboutir à une nécrose puis une péritonite par perforation ".

► S'il s'agit d'une obstruction veineuse, "la douleur est souvent moins forte car l'intestin reste vascularisé au moins au début, mais il devient congestif, il " gonfle " et s'arrête de travailler. Surviennent alors des nausées puis des vomissements et un arrêt du transit comme dans une occlusion (on parle d'occlusion fonctionnelle par opposition à une occlusion organique, sur une bride ou dans une hernie étranglée par exemple)" Si le caillot peut être dissout, la zone qui souffrait d'ischémie est revascularisée, et des hémorragies peuvent alors survenir dans les selles, qui sont faites de sang rouge (rectorragies) ou de sang noir (méléna).

Quelle en est la cause ?

La thrombose digestive peut être due à une obstruction de l'artère ou de la veine

► "Les causes d'obstruction artérielle sont de deux types, précise notre interlocuteur : les embolies à partir du cœur (troubles du rythme causant des caillots, qui partent boucher des artères à distance et donnant un AVC pour les artères du cerveau, un infarctus du myocarde pour les coronaires, une artérite pour les artères des membres inférieurs et une thrombose digestive pour les artères qui nous concernent ici) et la thrombose sur plaque d'athérosclérose dont les causes sont bien connues comme le tabagisme, le surpoids, la sédentarité et il  en a bien d'autres (dans ce cas, le calibre de l'artère diminue progressivement jusqu'à se boucher comme un vulgaire tuyau de plomberie avec le calcaire) ".

► Pour les causes d'obstruction des veines, ce sont celles des phlébites : cancers, maladies inflammatoires ou infectieuses de l'abdomen, alitement prolongé, sang trop "épais" par maladies du sang, etc. "Pour éviter ces thromboses veineuses, votre médecin ou votre chirurgien vous recommandera un traitement anticoagulant dans de nombreuses conditions, comme lorsque vous êtes alité(e)s à l'hôpital après une opération..."

Quand et qui consulter ? 

Cette pathologie de la thrombose digestive est tellement grave et le tableau tellement bruyant qu'il faut d'emblée appeler un médecin du centre 15 ou le 112. Il s'agit souvent d'une urgence vitale. 

Quel est le diagnostic ? 

"Arrivé aux urgences, voire d'emblée dans un secteur de réanimation, le bilan minimum clinique comporte une palpation du ventre notant une douleur très forte et déjà une altération de l'état général (pouls rapide, tension basse, petite fièvre, sueurs, malaise général), détaille le médecin. Le tableau est souvent suffisamment inquiétant pour qu'un scanner soit demandé en urgence après un bilan biologique rapide pour étudier l'état général et la fonction des reins : ce scanner avec injection veineuse au bras de produit de contraste à base d'iode établi toujours, en 2021, le diagnostic en montrant la souffrance de l'intestin grêle, l'étendue de l'ischémie et la cause artérielle ou veineuse de l'obstruction vasculaire. Il peut aussi montrer déjà une complication, toujours gravissime, qui est la perforation de l'intestin nécrosé." Secondairement sera fait la recherche de la cause de l'embolie ou de l'obstruction locale, mais l'urgence est au traitement dans un premier temps.

Quels en sont les traitements ?

Lorsqu'il s'agit d'une obstruction artérielle, surtout si elle est proximale c'est-à-dire touchant l'origine de l'artère mésentérique supérieure, le traitement doit être mené en extrême urgence. "Il faut déboucher l'artère et nous disposons à l'heure actuelle de plusieurs solutions, détaille le chirurgien : 1. Artériographie par les radiologues pour dilater l'artère bouchée, placer un " stent " (comme pour les coronaires dans l'infarctus du myocarde) pour élargir le calibre du vaisseau, injecter un traitement de destruction du caillot (" thrombolyse ") ; 2. Chirurgie en urgence pour réimplanter l'artère bouchée ; 3. Le traitement anticoagulant est souvent insuffisant à ce stade pour guérir ces thromboses artérielles". En cas d'obstruction veineuse, le traitement est celui des phlébites. "C'est le traitement par anticoagulant de type héparine, souvent en seringue électrique en urgence, relayé plus tard par des injections sous cutanées : la plupart des lectrices et lecteurs de notre journal ayant été opéré(e)s par exemple, se souviendront de ce même traitement proposé pour justement éviter qu'une veine se bouche, quelle qu'elle soit." Lorsque la thrombose digestive, quelle qu'en soit l'origine, a déjà probablement abimé de manière irréversible l'intestin et qu'il est déjà peut-être "nécrosé" (comprendre mort), l'intervention chirurgicale est alors obligatoire. "Le chirurgien digestif jugera si l'intestin est encore viable (violacé mais se contractant sous la chiquenaude) ou s'il est perdu (noirâtre, papier à cigarette et totalement atone). S'il est viable il sera conservé, mais le patient sera réopéré la plupart du temps pour être sûr que son intestin récupère bien. S'il est "nécrosé", il sera enlevé rapidement et la couture n'est souvent pas réalisé tout de suite tant son état est précaire ". Une poche temporaire est alors souvent confectionnée.

Peut-on en guérir ?

La thrombose digestive est souvent une pathologie gravissime et le taux de mortalité est encore élevé. "En cas de thrombose artérielle distale (comprendre une petite branche de l'artère mésentérique supérieure) ou de thrombose veineuse, le pronostic à court terme est meilleur, le traitement est moins agressif mais il y a très souvent quand même un passage en réanimation et au moins un geste chirurgical, rarement en cœlioscopie, mais plutôt en laparotomie (ouverture en grand de l'abdomen), reconnait le Professeur Faucheron. Lorsque l'infarctus intestinal est constitué et qu'il est total (l'artère mésentérique supérieure est bouchée à son origine et tout l'intestin grêle et même une partie du colon droit sont morts), la guérison est exceptionnelle et de toute façon au prix de séquelles majeures (le patient est alors nourri à vie par ses veines…)."

Quel est le rôle des médecines naturelles ?

Les médecines naturelles peuvent amener leur concours, en travaillant en amont sur les facteurs de risque : obésité, hypertension artérielle, stress, hypercholestérolémie, diabète, pathologies cardiaques... Comment ? "En régulant l'alimentation, en introduisant la pratique d'une activité physique régulière, puis des pratiques permettant de canaliser ses émotions, comme la méditation, les exercices respiratoires divers, le Qi Gong", répond Sabine Brihaye, praticienne en acupuncture Traditionnelle Chinoise. "La grande particularité de la thrombose digestive est qu'elle touche à la fois les territoires de la circulation sanguine et de la fonction digestive. En médecine traditionnelle chinoise, la circulation sanguine est régie par le cœur. Ainsi toute manifestation dans ce domaine viendra traduire un trouble de l'énergie du cœur. Ce dernier, est désigné comme l'empereur du palais, incarné par notre corps. Il ne doit être dérangé que par le Bon, le Bien, le Beau. Ainsi le peuple, ici tous nos organes et fonctions, évolue en paix." Que se passe-t-il si des émotions négatives perdurent ? celles-ci muent en sentiments et viennent troubler cette énergie du cœur. "Il peut s'agir de ressentiment, de peurs, de colère, qui viennent entraver la bonne circulation de notre paix intérieure. Autoriser ce terreau néfaste, c'est en sorte ne pas permettre au bonheur de s'y installer." La thrombose peut toucher l'intestin grêle, qui renvoie à la notion de tri, d'assimilation de ce qui vient de l'extérieur. Ce territoire amène à s'interroger sur l'origine émotionnelle, événementielle, impossible à assimiler, par son excès, et rendant difficile l'accès au bonheur. "S'il s'agit du gros intestin, nous évoquerons alors l'élimination. En sorte la "part donnée". Qu'est-ce que je ne lâche pas ? qu'est-ce que je ne pardonne pas et qui vient nuire à mon épanouissement ? On le comprend, la prophylaxie de la thrombose digestive va aussi passer par la gestion de ce qui alourdit, pour permettre à l'énergie du cœur d'exprimer son plein potentiel et d'aider l'individu à y mettre de la lumière. Encore une fois la méditation est un bel outil pour cela." La médecine chinoise va favoriser cet état de bien être, en assurant la bonne circulation de l'énergie, et, de ce fait, favoriser le travail pour la libération émotionnelle. Ce travail préventif peut s'appliquer lors de la convalescence, toujours dans l'optique de cibler l'origine, exprimée à travers le corps, de recouvrer la félicité et de "gai-rire".

Merci au Prof. Jean-Luc Faucheron, chef du Service de Chirurgie Digestive et de l'Urgence du CHU Grenoble Alpes et ancien Président de la Société Nationale Française de Colo Proctologie (SNFCP) et à Sabine Brihaye, praticienne en acupuncture Traditionnelle Chinoise, Technique Neuro-Cutanée.

Gastro-entérologie