Vaccin contre le coronavirus : quand sera-t-il trouvé ?

Trouver un vaccin contre le coronavirus SARS-CoV-2 permettrait d'enrayer l'épidémie Covid-19 qui frappe le monde depuis trois mois. La piste du vaccin BCG est en cours de test. En attendant, l'Agence européenne du médicament estime qu'un vaccin contre le coronavirus n'arrivera pas avant au moins un an.

[Mise à jour le mercredi 1er avril 2020 à 15h26] Alors que l'épidémie de coronavirus s'est généralisée en France et dans le monde, que de nouveaux cas de contaminations et de décès sont confirmés, l'Agence européenne du médicament (EMA) estime dans un communiqué le 31 mars "qu'il pourrait s'écouler au moins un an avant qu'un vaccin contre le COVID-19 ne soit prêt pour approbation et disponible en quantités suffisantes pour permettre une utilisation généralisée". Elle précise être en contact avec les développeurs d'une douzaine de vaccins COVID-19 potentiels. Deux vaccins sont déjà entrés dans des essais cliniques de phase I, qui sont les premiers essais nécessaires et sont effectués sur des volontaires sains. 

Fabrication d'un vaccin : les grandes étapes

Les équipes de chercheurs avancent sur l'élaboration d'un vaccin contre le nouveau coronavirus, mais toutes sont unanimes : il va falloir plusieurs mois pour le mettre au point, il ne permettra donc pas d'enrayer l'épidémie de coronavirus actuelle. En effet, il ne suffit pas seulement de trouver la bonne formule, le vaccin doit ensuite être testé sur les animaux, puis sur les humains et ce, à chaque étape de son processus de fabrication. Au total, il faut compter entre 6 et 36 mois pour la production, le conditionnement et la livraison auprès des différents pays concernés qui vont à leur tour effectuer des contrôles de qualité. "Obtenir un vaccin efficace, non toxique et donc utilisable prend des mois voire plusieurs années. Cette épidémie va cependant permettre d'accélérer peut-être la mise au point d'un vaccin actif sur coronavirus, celui découvert à Wuhan en 2019 ou d'autres (comme on a déjà vu il y a 10 et 20 ans avec le SRAS et le MERS) ou au moins aider à optimiser la technique et le ciblage sur coronavirus", commente Mathieu Lafaurie, infectiologue à l'hôpital Saint-Louis.

L'efficacité d'un vaccin ne peut se démontrer que sur le long terme.

Vaccin contre le coronavirus : quelle efficacité ?

Selon un porte-parole du service du Pr Didier Raoult, Directeur de l'IHU Méditerranée Infection, il n'est pas raisonnable de penser que le vaccin est une solution à court terme : "L'efficacité d'un vaccin ne peut se démontrer que sur le long terme. Il faut que des personnes vaccinées et non vaccinées contre le virus aient été exposées dans une zone à risque pour que l'on puisse démontrer que la population vaccinée a été moins touchée que la population non vaccinée. Or, cela demande nécessairement un temps long". 

Pas avant au moins 1 an, selon l'Agence européenne du médicament.

Vaccin contre le coronavirus : quand sera-t-il disponible ?

Selon l'Agence européenne du médicament (EMA) "il pourrait s'écouler au moins un an avant qu'un vaccin contre le COVID-19 ne soit prêt pour approbation et disponible en quantités suffisantes pour permettre une utilisation généralisée". La Commission européenne a débloqué 10 millions d'euros pour la recherche d'un vaccin contre le coronavirus et soutient un projet mettant en lien 300 hôpitaux et 900 laboratoires. En France, une Task Force (force opérationnelle) a été mise en place à l'Institut Pasteur pour le développement de vaccins. Des chercheurs ont décidé de partir du vaccin de la rougeole (même famille de virus que le coronavirus SARS-CoV-2) pour faire des premiers essais. Ils vont assembler le génome du vaccin de la rougeole avec une partie de celui du coronavirus, pour obtenir un dérivé de vaccin que tous les pays du monde savent produire. Des tests sur des souris ont commencé le 11 mars. "Les tests vont durer un mois, un mois et demi : on vaccine des souris, ensuite, on leur prend régulièrement du sang pour voir si elles ont fait des anticorps contre le vaccin. Si elles ont fait des anticorps, on les infecte avec le coronavirus et on voit si elles résistent", explique un des chercheurs à RTL"L'Institut Pasteur annonce un délai de 18 mois [soit l'été 2021], or il est tout à fait probable que d'ici 18 mois, l'épidémie de coronavirus n'existe plus dans ces conditions et que, même s'il y a une nouvelle épidémie de coronavirus chinois dans 18 mois, le vaccin développé pour la souche actuelle ne fonctionne plus, c'est ce qui s'est passé pour le SRAS", rappelle le porte-parole. 

Les vaccins en cours de test

  • Vaccin BCG. Plusieurs chercheurs dans le monde, notamment en France, travaillent sur la piste du vaccin BCG anti tuberculose, contre le coronavirus. "Lorsqu'il y a une couverture vaccinale BCG importante dans un pays donné, nous nous apercevons que la gravité de la maladie Covid-19 est moindre", déclare Laurent Lagrost, directeur de recherche à l'Inserm, sur LCI. Les personnes vaccinées contre le BCG ne seraient donc pas immunisées contre le SARS-CoV-2 mais moins à risque de développer une forme grave en stimulant la mémoire de l'immunité innée (première immunité à entrer en jeu face à une infection) et en induisant ainsi une 'immunité innée entraînée' explique l'Inserm dans un communiqué. L'institut Pasteur de Lille va essayer de mettre en place un essai clinique pour vérifier l'hypothèse. Cet essai imposera de suivre les participants pendant 2 à 3 mois pour avoir des données fiables.
  • Aux Etats-Unis, une société de biotechnologie, Moderna, teste depuis lundi 16 mars, son premier vaccin contre le nouveau coronavirus (SARS-CoV-2), le ARNm-1273, sur un patient volontaire. L'ARNm-1273 fait partie des nouvelles thérapies développées par la société de biotechnologie. L'étude, menée par les Instituts nationaux de la santé américains (NIH),  est dans sa première phase. Elle évalue l'innocuité et l'immunogénicité de trois niveaux de dose d'ARNm-1273 (25, 100, 250 μg) administrés selon un schéma de vaccination précis, sur un total de 45 adultes en bonne santé inscrits à l'étude. Les résultats ne seront pas connus avant 12 à 13 mois. L'objectif principal est d'évaluer l'innocuité et la réactogénicité d'un schéma de vaccination à deux doses d'ARNm-1273. L'objectif secondaire est d'évaluer l'immunogénicité de la protéine SARS-CoV-2 S.
  • En Chine le premier essai clinique a démarré pour tester un vaccin sur 108 volontaires, tous originaires de la ville de Wuhan où le Covid-19 a fait son apparition. Les volontaires âgés de 18 à 60 ans ont reçu une première injection vendredi 20 mars, ils sont suivis pendant les six prochains mois.

Merci au Dr Mathieu Lafaurie, infectiologue à l'hôpital Saint-Louis à Paris et au porte-parole du service du Pr Didier Raoult, Directeur de l'IHU Méditerranée Infection.

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