Vaccin Covid-19 : Pfizer, Moderna, efficacité, différences, Europe

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"Vaccin Covid-19 : Pfizer, Moderna, efficacité, différences, Europe"

Deux vaccins sont disponibles contre la Covid-19 : celui de Pfizer-BioNTech et celui de Moderna. Tous deux à ARN. Celui d'Astrazeneca pourrait être autorisé par l'Europe avant la fin du mois de janvier. Où en sont les autres laboratoires ? Chinois ? Français ? Sanofi ? Pasteur ? Quelle est l'efficacité de ces vaccins, leur fiabilité ?

[Mise à jour le vendredi 15 janvier à 11h27] La vaccination contre la maladie Covid-19 s'accélère en France, en Europe et dans le reste du monde même si pour l'OMS, elle ne suffira pas à atteindre l'immunité collective en 2021, avait annoncé le Dr Soumya Swaminathan lors d'une conférence de presse le 11 janvierEt "même si cela se produit dans quelques pays, cela ne protégera pas les gens à travers le monde" avait-elle précisé. Actuellement, le vaccin Pfizer-BioNTech est le plus administré en Europe. Celui de l'américain Moderna, également autorisé par l'Agence européenne des médicaments (EMA), commence à être livré dans les différents pays depuis le 11 janvier. L'EMA devrait se prononcer le 29 janvier sur le candidat d'AstraZeneca et de l'Université d'Oxford. Et celui de Sanofi pourrait arriver mi-2021 selon les déclarations de Bruno Le Maire, ministre de l'Economie en France, le 15 janvier. Si la validation de plusieurs vaccins est une nouvelle encourageante dans la lutte contre l'épidémie, les personnes souhaitant se faire vacciner devront faire preuve de patience, a indiqué Jean Castex, jeudi 14 janvier. L'acheminement des vaccins ARN est délicat (à cause des températures de conservation très basses) donc long et impose une lourde logistique. Où en sont les vaccinations dans le monde ? Comment fonctionnent chaque vaccin ? Quelles sont leurs technologies (ARN...) ? Leurs différences ? Leurs effets secondaires ? Quels sont les futurs vaccins à être autorisés en Europe ? Comment se passe la vaccination en France ? Où en sont les autres laboratoires ? Infos à jour. 

Dernières Infos :

  • Vaccin Sanofi. Interrogé sur BFM, vendredi 15 janvier, le ministre de l'Economie Bruno Le Maire a indiqué avoir "bon espoir que Sanofi arrivera avec un nouveau vaccin" mi-2021. "Les Etats-Unis en ont précommandé 100 millions de doses, preuve que cette forme de vaccin sera utile et efficace au moment venu" a-t-il ajouté.
  • Des laboratoires français pourraient aider à fabriquer les vaccins validés des autres sociétés pour accélérer la campagne de vaccination en France. "Ce qu'on est en train de regarder, c'est dans quelle mesure des chaînes de production qui permettent de produire du vaccin et ne sont pas utilisées aujourd'hui pour la production d'un vaccin Covid, peuvent être utilisées pour développer un vaccin Covid" a indiqué Gabriel Attal vendredi 15 janvier, porte-parole du gouvernement. Donc Sanofi pourrait fabriquer le vaccin de Moderna et Pfizer/BioNTech ? "C'est tout à fait possible" a-t-il répondu sans "vouloir faire d'annonce pour l'entreprise".
  • 2% de Danois vaccinés. Le Danemark a déjà fait vacciner 2% de sa population, un record en Europe. Au lieu d'utiliser la moitié des doses et de garder l'autre pour la seconde dose à administrer à chaque personne, le pays a choisi d'utiliser le plus rapidement possible toutes les doses déjà livrées.
  • Inquiétude sur le vaccin indien. Le vaccin indien "Covaxin" développé par la firme indienne Bharat Biotech, qui va être inoculé à partir de samedi 16 janvier en Inde inquiète les médecins à cause du manque d'essais cliniques réalisés (il a été testé sur moins de 15 000 personnes sans phase 3 aboutie). Ce vaccin repose sur un virus inactivé. Le pays proposera également la vaccination avec le candidat d'AstraZeneca et de l'université d'Oxford (pas encore validé en Europe).

Comment fonctionne le vaccin ?

Les vaccins font appel à des modalités d'action différentes mais ils ciblent tous la protéine Spike du virus Sars-CoV-2 qui permet la pénétration cellulaire du virus. La vaccination permet l'activation du système immunitaire. "Le germe qui pénètre dans l'organisme d'une personne vaccinée va se heurter à son système immunitaire préparé à le recevoir", rappelait le Pr Daniel Floret, spécialisé en maladies infectieuses et vaccinologie et vice-président de la Commission Technique des Vaccinations à la HAS, le 7 mai 2020.

Il existe deux types de vaccins :

  • Vaccin "stérilisant" qui permettent d'interrompre la transmission du virus (aujourd'hui, les vaccins Pfizer et Moderna autorisés dans le cadre de la pandémie n'ont pas prouvé qu'ils étaient capables d'empêcher la transmission de la maladie quand une personne vaccinée est infectée).
  • Vaccin protecteur contre la maladie mais n'empêchant pas la transmission de l'infection : la vaccination pourrait être alors ciblée sur des populations spécifiques (c'est le cas des vaccins Pfizer et Moderna qui ont prouvé leur efficacité contre les formes graves de la Covid-19 d'où le fait qu'ils soient d'abord recommandés aux personnes les plus âgées).

Quelles technologies ?

"Pour mettre au point un vaccin contre une maladie virale, il faut bien connaître le virus qui en est à l'origine puisque le vaccin sera fabriqué à partir de certaines parties du virus qui feront réagir notre système immunitaire" rappelle le LEEM (association professionnelle qui regroupe les entreprises du médicament en France) dans un document dédié au Covid-19 en juillet 2020. Plusieurs technologies sont étudiées dans la quête du vaccin Covid-19 : 

  • des vaccins basés sur une version atténuée ou inactivée du virus original,
  • des vaccins basés sur des vecteurs modifiés avec des parties du SARS-CoV-2 ou une information génétique du virus, sous forme d'ADN ou d'ARN, qui est directement utilisée comme vaccin.
Types de vaccins Covid-19 explorés (source : Leem.org)
Piste explorée Principe d'action
Vaccin à partir de virus atténués ou inactivés Vaccin contenant des agents infectieux tués mais capables de susciter une réponse du système immunitaire. Ce type de vaccin demande de grandes quantités de virus.
Vaccin à partir de protéines virales Le coronavirus possède à sa surface des pointes "spicules" qui lui permettent d'entrer en contact avec les cellules à infecter. Ces pointes sont des protéines virales qui ont pu être isolées en laboratoire. Elles peuvent être fabriquées et injectées pour faire réagir le système immunitaire à ces molécules étrangères.
Vaccin à partir d'ADN ou d'ARNm viral Une séquence génétique du virus (ADN ou ARNm) est injectée et entre à l'intérieur de la cellule humaine. Celle-ci va l'utiliser pour produire la protéine virale associée qui va faire réagir le système immunitaire.
Vaccin à partir de vecteurs viraux Un virus atténué spécialisé (= vecteur) est utilisé pour véhiculer les éléments nécessaires à la future protection (la ou les protéine(s) d'intérêt et/ou sa ou leurs séquence(s) génétique(s)) jusqu'à nos cellules et ainsi les exposer à notre système immunitaire.

C'est quoi un vaccin à ARN messager (ARNm) ?

A la base, la vaccination consiste à injecter dans l'organisme de faibles doses d'un agent pathogène pour stimuler le système immunitaire et l'amener à produire des anticorps pour faire barrage à la maladie causée par le pathogène en question. "Là, on n'inocule pas le virus atténue ou inactivé mais un petit bout d'ARN messager (Acide RiboNucléique) qui est une séquence génétique du virus, dans la cellule humaine, explique Hela Ketatni, biologiste. Ce bout d'ARN va s'insérer au niveau de l'ARN de la cellule. Elle va commencer à fabriquer de façon transitoire la protéine virale associée (pour le Sars-CoV-2 il s'agit d'une protéine appelée Spike qui est à la surface du virus et permet l'adhésion aux cellules). Le système immunitaire va la détecter et réagir en produisant des anticorps."  Cette technique est possible car le virus Sars-CoV-2 est un virus à ARN, tout les virus ne le sont pas.

Est-il efficace ?

"L'efficacité d'un vaccin ne peut se démontrer que sur le long terme, nous expliquait au début de la pandémie un porte-parole du service du Pr Didier Raoult, Directeur de l'IHU Méditerranée Infection. Il faut que des personnes vaccinées et non vaccinées contre le virus aient été exposées dans une zone à risque pour que l'on puisse démontrer que la population vaccinée a été moins touchée que la population non vaccinée. Or, cela demande nécessairement un temps long". Aujourd'hui, après le début de la vaccination, les spécialistes s'accordent pour dire qu'il faut au moins 6 mois pour pouvoir analyser le taux d'anticorps des personnes vaccinées, gage de leur protection. Selon les analyses réalisées par Pfizer et BionTech avant la commercialisation de leur vaccin, sa protection interviendrait 28 jours après le début de la vaccination d'où un schéma à 2 doses.

Efficace sur quoi exactement ? "Les résultats des études cliniques des candidats vaccins semblent converger pour démontrer un fait principal : la vaccination permet de réduire massivement la mortalité due au virus et à ses formes graves" indique le ministère de la Santé en France le 11 janvier 2021. L'efficacité du vaccin recherchée aujourd'hui est donc la protection du risque de formes graves mais on ne sait pas s'il peut protéger contre la transmission du virus à d'autres personnes. "Pour que la stratégie vaccinale vise le contrôle de l'épidémie, il est nécessaire d'attendre que les études établissent la preuve que les vaccins ont une efficacité possible sur la transmission du virus et que la disponibilité des vaccins soit suffisante" indiquait la HAS dans son communiqué du 30 novembre.

Quel délai entre les doses ?

L'administration des vaccins contre la Covid-19 se fait en deux doses :

  • espacées de 21 jours pour le vaccin Pfizer-BioNTech selon les recommandations des fabricants.
  • espacées de 28 jours pour le vaccin Moderna.

En France : l'Agence du médicament a annoncé le 7 janvier, dans un communiqué, que le délai d'administration de la seconde dose du vaccin Comirnaty de Pfizer-BioNtech pouvait être envisagé entre 21 et 42 jours "au vu des circonstances actuelles spécifiques, afin d'élargir la couverture vaccinale des personnes prioritaires"

Quels sont les effets secondaires ?

Comme tout médicament, un vaccin peut générer des effets secondaires. Bénins la plupart du temps mais parfois plus grave. Depuis le début de la vaccination en France, un cas d'allergie a été confirmé en janvier par le ministre de la Santé Olivier Véran après l'administration du vaccin Pfizer. Mais sans gravité. Le reste du temps, les effets les plus fréquents sont des douleurs à l'endroit de l'injection et de la fatigue. 

Sont-ils autorisés chez la femme enceinte ou qui allaite ?

Le vaccin Covid de Pfizer n'est pas recommandé aux femmes enceintes et allaitantes. Comme l'explique le fabricant dans les RCP du produit "il existe des données limitées sur l'utilisation de Comirnaty® chez la femme enceinte. Les études effectuées chez l'animal n'ont pas mis en évidence d'effets délétères directs ou indirects sur la gestation, le développement embryonnaire/fœtal, la mise bas ou le développement postnatal. L'utilisation de Comirnaty chez la femme enceinte doit être envisagée seulement si les bénéfices potentiels l'emportent sur les risques potentiels pour la mère et le fœtus". Pour l'allaitement "on ne sait pas si Comirnaty® est excrété dans le lait maternel". En France, la Haute Autorité de Santé n'a pas inclus les femmes enceintes dans les populations à vacciner en priorité dans ses recommandations publiées le 30 novembre en raison de l'absence de données sur cette population. "De plus les recommandations nationales étrangères (notamment anglaises) identifiées à ce stade ne recommandent pas la vaccination pendant la grossesse" indique la HAS qui "réétudiera l'opportunité de vacciner les femmes enceintes si de nouvelles données scientifiques permettent de l'envisager".

Où sont-ils produits ?

L'Europe est leader de la production de vaccins avec 27 sites de production répartis dans 11 pays de l'Union européenne. L'Europe produit chaque année 1,7 milliard de doses de vaccins, soit 76 % de la production mondiale. "Le choix des usines de production du vaccin COVID-19 va dépendre du type de vaccin à produire et du procédé technologique employé" détaille le LEEM. Plusieurs sites de production peuvent produire pour plusieurs continents de même que les différentes phases de production d'un vaccin peuvent être répartis sur plusieurs sites (un site produit l'antigène, un site conditionne...). Les vaccins distribués en France peuvent donc être produits sur plusieurs continents.

→ Le vaccin Pfizer-BioNTech est produit dans les sites de fabrication de Pfizer en Belgique (à Puurs) et aux Etats-Unis ainsi que par BioNTech à Marburg en Allemagne. L'usine du français Delpharm basée en Eure-et-Loir produira aussi le vaccin Pfizer à partir d'avril 2021.

→ Le vaccin Moderna sera fabriquer à Viège en Suisse puis à Monts en Eure-et-Loir

Quels vaccins ont été commandés par la France ?

La France, via la Commission européenne a pré-acheté 200 millions de doses de vaccins anti Covid auprès de différents laboratoires (68 millions devraient être disponibles d'ici le 1er juillet). Plusieurs contrats ont été signés par la Commission européenne : avec les sociétés pharmaceutiques BioNTech et Pfizer, Moderna, l'américain Johnson & Johnson, AstraZenecaSanofi-GSKJanssen Pharmaceutica NV, et des discussions sont en cours avec CureVac. La France bénéficiera des mêmes vaccins que les autres pays de l'Union européenne. "Le nombre de doses étant réparti en fonction de la population de chaque état membre" avait rappelé le Président de la République le 24 novembre.

Quels sont les vaccins Covid autorisés en Europe ?

Un an après le début de l'épidémie Covid-19 en France, deux vaccins ont été autorisés par l'Agence européenne du médicament (EMA) pour être commercialisés dans tous les pays d'Europe. En France, c'est la Haute Autorité de Santé qui donne son feu vert après l'EMA. 

Vaccins autorisés en Europe

  • Le vaccin Comirnaty® à ARNm Covid-19 est le premier vaccin à avoir obtenu une autorisation de mise sur le marché (AMM) conditionnelle en Europe le 21 décembre 2020.
  • Le vaccin de l'américain Moderna (également à ARNm) est le second vaccin à avoir reçu le feu vert de l'EMA le 6 janvier 2021. La Haute Autorité de Santé n'a pas encore validé sa commercialisation en France. 

Vaccins en cours d'évaluation par l'Agence européenne du médicament

  • Le vaccin d'Astrazeneca et de l'Université d'Oxford (phase 3 des essais cliniques) basé sur la technologie du vecteur viral (avis attendu le 29 janvier).
  • Le vaccin de Janssen J&J (phase 3) également sur la technologie du vecteur viral.

Vaccins pas encore soumis à l'EMA

  • Le vaccin CureVac (phase 2) basé sur l'ARNm.
  • Le vaccin de Sanofi-Pasteur et GSK (phase 2) annoncé pour fin 2021, basé sur les protéines virales.

 

Quels laboratoires travaillent sur les vaccins Covid ?

Face à un virus très contagieux et mortel pour les plus fragiles, plusieurs grandes entreprises du médicament et de grandes biotechs ou centres de recherche se sont positionnés dans la course au vaccin. De nombreuses alliances se sont formées. Tous les essais de phase 3 menées concernent des vaccins qui s'administrent par voie intramusculaire.

ENTREPRISE PARTENARIAT TYPE DE VACCIN
PFIZER BioNTECH ARNm
MODERNA NIH - BARDA ARNm
ASTRAZENECA Oxford University - BARDA Vecteur viral
GSK Clover Biopharmaceuticals Protéine recombinante
INOVIO   ADN
CanSINO   Vecteur viral
SANOFI GSK (adjuvant) - BARDA Protéine recombinante
SANOFI Translate Bio - BARDA ARNm
MSD Institut Pasteur/Université de Pittsburgh - IAVI/BARDA Vecteur viral réplicatif
J&J BARDA - BIDMC – LUMC - Emergent BioSolutions - Catalent Biologics - Vibalogics ADN
CureVAC   ARNm

Quels sont les vaccins de l'Institut Pasteur ?

En France, une Task Force (force opérationnelle) a été mise en place à l'Institut Pasteur pour le développement de vaccins dès le début de l'épidémie. Trois projets de vaccins y sont étudiés. 

→ un candidat-vaccin utilisant le virus atténué utilisé dans le vaccin contre la rougeole. "Ce projet est entré dans un essai clinique de phase 1 durant l'été, aucun effet indésirable n'a été rencontré chez les 90 volontaires qui l'ont reçu ou ont reçu un placebo. On espère avoir des résultats dans le premier trimestre de 2021. Cela permet de rentrer dans les autres essais cliniques de phase 2 et 3" a expliqué le directeur scientifique de l'Institut Pasteur Christophe d'Enfert sur BFM-TV, mardi 8 décembre.

→ un candidat-vaccin utilisant un lentivirus. Il s'agit d'un vaccin administrable par voie nasale. "Ce projet avance bien et les résultats précliniques sont favorables. La société Theravectys va s'engager dans un essai clinique de phase 1 et 2" a poursuivi le directeur. Les lentivirus sont des virus "lents" c'est-à-dire avec un très long temps d'incubation avant de devenir pathogène. Le virus est modifié génétiquement pour être inoffensif pour l'homme et pour produire la protéine Spike. Cette protéine présente sur le virus Sars-CoV-2 forme des spicules tout autour du virus et est la clé d'entrée du coronavirus dans les cellules. L'objectif est d'induire une réponse immunitaire spécifique contre cette protéine, et donc la production d'anticorps capable de reconnaitre le virus SARS-CoV-2 et d'empêcher le développement de l'infection.

→ un candidat-vaccin à ADN (méthode similaire au vaccin ARN développé par Pfizer et Moderna). La phase 1 a été validée. Le candidat devrait être testé bientôt en phase 2. 

La piste du vaccin BCG : La piste d'utiliser le vaccin BCG pour mettre au point un vaccin contre la Covid est exploitée par l'Institut Pasteur de Lille. Plusieurs essais cliniques ont montré que le vaccin BCG, contre la tuberculose, renforçait les défenses immunitaires contre le coronavirus. "Lorsqu'il y a une couverture vaccinale BCG importante dans un pays donné, nous nous apercevons que la gravité de la maladie Covid-19 est moindre", avait déclaré Laurent Lagrost, directeur de recherche à l'Inserm, sur LCI en avril. Ce que confirmait une étude américaine publiée le 9 juillet dans la revue PNAS. D'après ses auteurs, "plusieurs associations significatives entre la vaccination par le BCG et la réduction des décès par COVID-19 ont été observées". Les personnes vaccinées contre le BCG ne seraient pas immunisées contre le SARS-CoV-2 mais moins à risque de développer une forme grave en stimulant la mémoire de l'immunité innée (première immunité à entrer en jeu face à une infection) et en induisant ainsi une 'immunité innée entraînée' expliquait l'Inserm dont les résultats avaient été été publiés dans la revue Cell Stem Cell

Le vaccin Sanofi

Le laboratoire français, basé à Lyon, Sanofi travaille sur deux candidats-vaccin contre la Covid-19 :

→ un vaccin à base de protéine recombinante développé avec GSK. "La technologie recombinante de Sanofi et l'adjuvant à usage pandémique de GSK sont des plateformes technologiques établies qui ont démontré leurs preuves pour le développement d'un vaccin contre la grippe. Cette technologie a plusieurs avantages. Elle permet une formulation stable dans des conditions de température applicables aux vaccins classiques, de générer des réponses immunitaires élevées et soutenues et de prévenir potentiellement la transmission du virus" a expliqué Olivier Bogillot, président de Sanofi France, dans une interview accordée à La Tribune le 11 janvier 2021. "Des résultats intermédiaires de phase I/II publiés le 11 décembre 2020 indiquent que les résultats sont positifs chez les adultes âgés de 18 à 49 ans mais que la réponse immunitaire observée chez les adultes plus âgés n'est pas assez élevée" indiquait Sanofi le 11 décembre, l'obligeant à retarder la sortie prévue en juin pour le vaccin au quatrième trimestre 2021.

→ un vaccin à ARN réalisé avec Translate Bio. Ce candidat vaccin baptisé "MRT5500" a induit la production de concentrations élevées d'anticorps dans le cadre d'études précliniques. Un essai clinique de phase I/II devrait débuter au premier trimestre 2021 pour une approbation potentielle au deuxième semestre de la même année.

Le vaccin de Pfizer et BioNTech

Pfizer est le premier laboratoire dont le vaccin à ARNm "COMIRNATY" (BNT162b2) a été commercialisé en Europe. Il a été autorisé par l'Agence Européenne du médicament, le 21 décembre, aux 27 pays membres (il a été validé au Royaume-Uni le 8 décembre). Le 9 novembre, après 10 mois de travaux, le laboratoire annonçait avoir mis au point un vaccin efficace à 90% contre le coronavirus, selon les premiers résultats de ce candidat en phase 3 relatés dans un communiqué. Les tests ont commencé le 27 juillet et ont été menés sur 43 538 volontaires sans antécédents de Covid-19, dont 38 955 ont reçu une seconde dose du vaccin-candidat le 8 novembre.

Le vaccin Moderna aux Etats-Unis

Le vaccin du laboratoire américain Moderna est un vaccin ARN messager. Il ne consiste donc pas à inoculer le virus mais une part du code génétique du virus. Il est autorisé par l'Agence européenne du médicament (EMA) le mercredi 6 janvier et le 8 janvier par la Haute Autorité de Santé pour la France. Cette validation repose sur l'efficacité du vaccin calculée chez environ 28 000 personnes âgées de 18 à 94 ans qui n'avaient aucun signe d'infection antérieure. L'essai a montré une réduction de 94,1% du nombre de cas symptomatiques chez les personnes ayant reçu le vaccin par rapport aux personnes ayant reçu des injections fictives. L'essai a également montré une efficacité de 90,9% chez les participants à risque de Covid-19 sévère. Ce vaccin est administré en deux injections dans le bras, à 28 jours d'intervalle.  Les effets secondaires étaient généralement légers à modérés. Au plan logistique, le vaccin Moderna présente des contraintes moins lourdes, indique un communiqué du ministère de la Santé français le 10 janvier, notamment en termes de température de stockage (-20° C) et de durée de conservation décongelé (30 jours). D'ici à fin juin, ce sont près de 8 millions de doses qui sont attendues pour le vaccin Moderna en France.

Le vaccin anglais d'Astrazeneca

Mercredi 30 décembre, le Royaume-Uni a été le premier pays à autoriser l'utilisation du vaccin d'Astrazeneca. L'Agence européenne des médicaments (EMA) a annoncé mardi 12 janvier avoir reçu une demande d'autorisation pour ce vaccin en Europe et pourrait rendre sa décision le 29 janvier. Le 8 décembre, le laboratoire anglais Astrazeneca s'est félicité de voir les résultats de son candidat-vaccin AZD1222 publiés dans la revue de référence The Lancet. Dans cette publication, les auteurs du Lancet ont analysé les résultats des essais menés par le laboratoire au Royaume-Uni, en Afrique du Sud et au Brésil. Ils confirment une efficacité moyenne à 70,4% et aucun effet indésirable grave ou décès chez les receveurs du vaccin. Depuis, un des protocoles, testés par erreur par le laboratoire britannique sur un groupe réduit de volontaires, a affiché une efficacité de 90%. Le laboratoire a affirmé alors avoir trouvé "la formule gagnante" pour être aussi efficace que ses concurrents Pfizer-BioNTech et Moderna qui affichent une efficacité autour de 95%. Le vaccin AstraZeneca-Oxford est peu coûteux et plus facile à conserver, ce qui facilite une vaccination à grande échelle. Au total, les essais cliniques de phase 3 ont été menés par Astrazeneca sur 60.000 personnes dans le monde, aux Etats-Unis, au Japon, en Russie, en Afrique du Sud, au Kenya et en Amérique latine. 

Quel est le mode d'action du vaccin ? Il utilise un vecteur d'une version affaiblie d'un virus du rhume commun (adénovirus) qui provoque des infections chez les chimpanzés et contient le matériel génétique de la protéine de pointe (protéine spike) du virus SARS-CoV-2. Après la vaccination, la protéine de surface spike est produite, amorçant le système immunitaire et l'incitant à attaquer le virus SARS-CoV-2 s'il infecte plus tard le sujet.

Spoutnik V : le vaccin russe

 Le vaccin russe Spoutnik V (en référence au premier satellite artificiel de l'Histoire conçu par l'Union soviétique) contre le Covid-19 a commencé à être distribué à Moscou, samedi 5 décembre, dans 70 cliniques dans le cadre de la première étape d'une campagne de vaccination. Le vaccin russe sera d'abord mis à la disposition des médecins et autres travailleurs médicaux, des enseignants et des travailleurs sociaux afin de cibler les populations les plus exposées à la maladie. L'âge des personnes vaccinées est plafonné à 60 ans. Les personnes souffrant de certains problèmes de santé sous-jacents, les femmes enceintes et celles qui ont eu une maladie respiratoire au cours des deux dernières semaines ne peuvent pas être vaccinées. Le vaccin Spoutnik V est administré en deux injections, la deuxième dose étant prévue 21 jours après la première. La validation de ce vaccin a été faite alors que les essais en phase 3 ne sont pas terminés. Le 11 novembre, la Russie a annoncé que son vaccin testé en phase 3 sur 40 000 volontaires avait obtenu une efficacité de 92%. Le 27 octobre, la Russie a soumis à l'Organisation mondiale de la santé (OMS) une demande de préqualification de son vaccin Spoutnik V, a annoncé le fonds souverain russe. Ce vaccin est mis au point par le centre de recherches Nikolaï Gamaleïa situé à Moscou avec le ministère russe de la Défense.

Vaccin chinois : les résultats en phase 1 et 2 concluants

En Chine, le vaccin "CoronaVac" du laboratoire chinois Sinovac Biotech est le plus avancé. C'est un vaccin réalisé à partir de virus inactivés de la Covid-19 (méthode traditionnelle utilisée pour la fabrication des vaccins comme celui de la grippe) Selon les conclusions des essais menés en phase 1 et 2 de tests, publiées dans la revue britannique The Lancet le 17 novembre, celui-ci "est sûr et déclenche bien une réponse immunitaire chez les patients en bonne santé" à ce stade. Entre le 16 avril et le 25 avril 2020, 144 participants ont été inscrits à l'essai de phase 1, et entre le 3 mai et le 5 mai 2020, 600 participants ont été inscrits à l'essai de phase 2. 743 participants ont reçu au moins une dose de produit expérimental "Compte tenu de la sécurité, de l'immunogénicité et de la capacité de production, la dose de 3 microgrammes de CoronaVac est la dose suggérée pour l'évaluation de l'efficacité dans les futurs essais de phase 3" ont indiqué les auteurs. Le 7 décembre, le laboratoire Sinovac a annoncé avoir décroché un financement de 500 millions de dollars (424 millions d'euros) pour produire son vaccin. Parallèlement, la Chine a commencé à vacciner sa population avec un vaccin développé par Sinopharm. Ce vaccin a été autorisé par le Bahrein le 13 décembre. 

DATES CLES DE LA VACCINATION COVID-19
  • 8 décembre : l'Angleterre est le premier pays à vacciner sa population avec le vaccin Pfizer.
  • 14 décembre : début de la vaccination au Canada et aux Etats-Unis avec le vaccin Pfizer.
  • 21 décembre : l'Agence européenne du médicament rend un avis positif sur le vaccin Pfizer et donne son feu vert à sa commercialisation dans toute l'Europe.
  • 27 décembre : la France comme les autres pays de l'Union Européenne commencent à vacciner leur population avec le vaccin, Pfizer/BioNTech. 
  • 30 décembre : le Royaume-Uni est le premier pays à autoriser le vaccin d'Astrazeneca. 
  • 6 janvier : autorisation du vaccin Moderna par l'Agence européenne du médicament (EMA).
  • 8 janvier : autorisation du vaccin Moderna par la Haute Autorité de Santé pour la France.

Merci à Hela Ketatni, biologiste médical à Paris, au Dr Mathieu Lafaurie, infectiologue à l'hôpital Saint-Louis à Paris et au porte-parole du service du Pr Didier Raoult, Directeur de l'IHU Méditerranée Infection.

Sources :

EMA recommends COVID-19 Vaccine Moderna for authorisation in the EU. 6 janvier 2021.

Le candidat-vaccin à ARNm contre la COVID-19 de Sanofi et Translate Bio a induit la production de concentrations élevées d'anticorps dans le cadre d'études précliniques. Communiqué de presse Sanofi. 15 octobre 2020.

Covid-19 et vaccins : 12 questions-réponses, LEEM, 22 juillet 2020

Recherche clinique (vaccinologie), Faculté de médecine - Université Paris Descartes

Essai vaccinal : les différente étapes, CRIPS Ile-de-France, avril 2016. 

"Vaccin contre le Sars-CoV-2 - 9 juillet 2020 Une stratégie de vaccination", Conseil scientifique Covid-19

Inserm, Les cellules souches sanguines ont une mémoire immunitaire et ouvrent des pistes dans la recherche sur le Covid-19, 12 mai 2020.

Institut Curie, Nicolas Manel, Covid-19 et immunologie

Institut Pasteur, les projets de recherche sur le coronavirus.

Centre de recherche Allemand sur les infections (DZIF), développement de vaccins contre le SARS-CoV-2.

Sanofi, Sanofi et GSK s'associent pour lutter contre le COVID-19, communiqué du 14 avril 2020.