Cancer colorectal : symptômes, dépistage, quelle espérance de vie ?

Cancer colorectal : symptômes, dépistage, quelle espérance de vie ?
Marion Guérin
Marion Guérin

Le cancer colorectal est le 2e cancer le plus meurtrier en France. Pourtant, quand il est diagnostiqué tôt, il peut être guéri dans 90% des cas. Tout savoir sur le cancer colorectal.

Avec plus de 47 000 nouveaux cas diagnostiqués chaque année en France, le cancer colorectal figure parmi les cancers les plus fréquents chez l'adulte : il se situe au 3e rang chez l'homme et au 2e rang chez la femme. Il est responsable de plus de 17 000 décès par an, ce qui en fait la deuxième cause de mortalité par cancer chez l'homme et la troisième chez la femme. Au total, c'est aujourd'hui le deuxième cancer le plus meurtrier dans le pays. Pourtant, lorsqu'il est détecté à un stade précoce, il peut être guéri dans 9 cas sur 10. D'où l'importance du dépistage.

Définition : qu'est-ce que le cancer colorectal ?

"Il s'agit d'une tumeur maligne qui affecte le côlon ou le rectum, nous explique le Professeur Philippe Marteau, hépato-gastro-entérologue à l'Hôpital Saint-Antoine à Paris. Le cancer du colon est un cancer qui se développe à partir des cellules de la muqueuse, la paroi interne, du côlon. Neuf fois sur 10, il survient de la dégénérescence d'une lésion bénigne : un polype adénomateux". Les polypes sont des lésions potentiellement précancéreuses, d'où leur ablation fréquente à titre préventif. "Des maladies inflammatoires chroniques de l'intestin comme la maladie de Crohn ou la rectocolite hémorragique entraînent elles aussi un haut risque de développer un cancer colorectal", complète le praticien.

schéma côlon
Schéma du système digestif montrant le gros intestin ou "côlon" © 123RF

Cancer colorectal de stade 0, 1, 2, 3 ou 4 : quelle signification ?

Le stade (étendue ou degré d'extension du cancer) est compris sur une échelle allant de 0 à 4. Les stades 0, I et II correspondent aux cancers localisés, limités au côlon. Dans ce cas, aucun ganglion n'est touché et il n'y a pas de métastases.

  • stade 0 : la tumeur est de petite taille et non menaçante, elle n'a pas évolué au-delà de la muqueuse
  • stade 1 : la tumeur a envahi les couches superficielles de tissus du côlon ou du rectum, mais elle n'a pas atteint les tissus avoisinants
  • stade 2 : la tumeur a traversé la paroi et a envahi les organes avoisinants sans toucher aux ganglions lymphatiques ;
  • stade 3 : cancers qui ont atteint un ou plusieurs ganglions proches du côlon ou du rectum mais sans atteindre les organes éloignés
  • stade 4 : cancers qui présentent des métastases, c'est-à-dire que la tumeur s'est propagée à des endroits éloignés, le plus souvent dans le foie, les poumons ou les ovaires.

A quel âge surtout ?

L'âge moyen du diagnostic du cancer colorectal est de 71 ans chez l'homme et 72 ans chez la femme. La France figure parmi les régions à risque élevé de cancer colorectal, tout comme les autres pays de l'Europe occidentale, l'Amérique du Nord et l'Australie. Les africains et asiatiques sont beaucoup moins touchés.

Quelles sont les causes du cancer colorectal ?

La plupart des cancers colorectaux sont des adénocarcinomes et résultent de la cancérisation d'un adénome, c'est-à-dire d'une tumeur bénigne. Cette transformation peut être favorisée par de nombreux facteurs extérieurs tels que :

  • l'âge (à partir de 50 ans),
  • le surpoids et l'obésité
  • la sédentarité,
  • la consommation excessive d'alcool,
  • le tabagisme,
  • l'alimentation riche viande rouge et charcuteries et pauvre en végétaux ,
  • les antécédents de cancer colorectal,
  • les maladies inflammatoires de l'intestin,
  • l'hérédité

"Il existe un très haut risque de cancer colorectal dans les cas de maladies génétiques telles que le syndrome de Lynch ou la polypose adénomateuse familiale", complète Philippe Marteau.

Quels sont les symptômes du cancer colorectal ?

"Les symptômes sont tardifs : ils n'apparaissent que lorsque la maladie est avancée. Il faut notamment faire très attention au sang dans les selles. On pourra également observer des troubles du transit intestinal, une constipation ou une diarrhée et des douleurs dans le ventre", détaille Philippe Marteau. Souvent, à ce stade, on détecte la présence de métastases. Comme dans de nombreux cancers, les symptômes ne sont pas spécifiques. Leur chronicité, l'accentuation de leur fréquence et de leur intensité impose un avis médical. Le cancer colorectal, lorsqu'il n'est pas traité, peut se propager vers le foie, les glandes lymphatiques et d'autres parties de l'organisme (métastases).

Comment faire le dépistage du cancer du côlon ?

"Le dépistage se fait différemment selon le niveau de risque du patient", rappelle Philippe Marteau. Chez les personnes sans symptôme ni facteur de risque particulier, le programme national prévoit un dépistage organisé tous les deux ans, entre 50 et 74 ans. Les hommes comme les femmes reçoivent une invitation par courrier de l'Assurance Maladie. Le test proposé est un test immunologique de recherche de sang occulte dans les selles. Il se réalise simplement à domicile grâce à un kit. L'échantillon est ensuite envoyé par voie postale au laboratoire. Le résultat est généralement communiqué sous une quinzaine de jours. En cas de test positif, une coloscopie doit être programmée rapidement afin de rechercher un polype ou une tumeur.

Pour faciliter la participation, plusieurs modalités d'accès au kit existent : il peut être remis par le médecin traitant, commandé directement en ligne après réception du courrier d'invitation, ou délivré en pharmacie. En présence d'antécédents personnels, familiaux ou de symptômes digestifs, une coloscopie peut être proposée d'emblée, en dehors du dépistage organisé. "Pour les patients à haut risque (rectocolite hémorragique, antécédents familiaux au premier degré), ou à très haut risque (syndrome de Lynch ou polypose adénomateuse familiale), le dépistage est effectué plus tôt et renouvelé plus régulièrement", précise le gastro-entérologue.

Comment se passe le toucher rectal ?

En cas de symptômes évocateurs, le médecin peut être amené à pratiquer un toucher rectal, car les tumeurs du rectum sont parfois palpables au doigt. Mais l'examen le plus important dans ce contexte de suspicion est la coloscopie, qui visualise l'intérieur du rectum et du côlon. Souvent pratiquée sous anesthésie générale, elle permet l'étude de la muqueuse et la localisation des polypes ou autres lésions évocatrices. Elle permet également de réaliser des prélèvements pour étude de la lésion, mais aussi d'enlever les polypes, lésions potentiellement évolutives vers un cancer. Après analyse, si un cancer est confirmé, un bilan d'extension est pratiqué, qui correspond à la réalisation de divers examens pour rechercher l'atteinte de ganglions ou d'autres organes par migration des cellules cancéreuses.

Quels sont les traitements pour soigner un cancer colorectal ?

Chirurgie et opération : La prise en charge thérapeutique du cancer colorectal dépend de plusieurs paramètres : âge et état général du patient, typologie du cancer, taille et localisation de la tumeur, présence éventuelle de métastases… Lorsque cela est envisageable, le recours à la chirurgie est privilégié. Cette méthode permet, en effet, de retirer la tumeur ainsi qu'une partie des tissus avoisinants afin de limiter les risques de récidive. Elle est le plus souvent réalisée par voie coelioscopique. "On peut se contenter de cette intervention si la tumeur ne s'est pas propagée", explique Philippe Marteau.

Colostomie : création d'un anus artificiel : Ce n'est que dans de très rares cas, qu'une colostomie, création d'un anus artificiel, est nécessaire. Il est possible que des séances de chimiothérapie soient préconisées avant, ou surtout après l'intervention de manière à réduire la taille de la tumeur ou éviter les récidives. La radiothérapie n'est employée que pour les cancers du rectum).

Radiothérapie et chimiothérapie : "Il existe maintenant des thérapies ciblées, qui bloquent les récepteurs de molécules nécessaires à la survie de la tumeur", détaille le gastro-entérologue. Maintenir une activité physique régulière et une alimentation diversifiée est évidemment recommandé. En outre, des recherches sont en cours sur le microbiote intestinal. Mais pour l'instant, ni probiotiques, ni compléments alimentaires n'ont prouvé d'efficacité.

Quelle est l'espérance de vie ?

Selon les chiffres de l'Institut national du cancer, la survie au cancer colorectal est de 63% à 5 ans (62% chez l'homme, 65% chez la femme). Le taux de mortalité a diminué de -2% par an en moyenne chez l'homme et -1,5% chez la femme entre 2012 et 2022.

Comment prévenir le cancer du côlon ?

Il est possible d'éviter le cancer colorectal notamment en adoptant une hygiène de vie appropriée avec une alimentation saine (peu de viande rouge, de charcuterie et de grillades, mais plutôt du poisson, des céréales complètes, des fruits et des légumes), la pratique régulière d'exercice physique, l'arrêt du tabac et de l'alcool. Le développement du dépistage par la recherche de sang dans les selles dès 50 ans autorise une suspicion précoce de ces cancers. Par ailleurs, une coloscopie au moindre doute ou si une personne de la famille a été atteinte d'un cancer colorectal permet également cette découverte anticipée. Dans certaines formes familiales comme la polypose adénomateuse familiale, une ablation précoce des polypes est de rigueur. 

Merci au Professeur Philippe Marteau, hépato-gastro-entérologue à l'Hôpital Saint-Antoine à Paris.

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