Dépistage du cancer colorectal : mode d'emploi

Simple à réaliser, fiable et gratuit, le test de dépistage est un moyen efficace de détecter et de traiter précocement un cancer colorectal. Les personnes entre 50 et 74 ans peuvent en bénéficier gratuitement tous les deux ans dans le cadre du programme national de dépistage organisé. Où se procurer le test ? Quel est le délai des résultats ? Que faire si le test est positif ?

Dépistage du cancer colorectal : mode d'emploi
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Dépistage du cancer colorectal : c'est quoi ?

Le cancer colorectal (cancer du côlon) est un cancer relativement fréquent qui touche aussi bien les hommes que les femmes, le plus souvent entre 50 et 75 ans. Avec 11,2 % de l'ensemble des nouveaux cas de cancers masculins, le cancer colorectal est chez l'homme le 3e cancer le plus fréquent après ceux de la prostate et du poumon. Avec 11,3% de l'ensemble des nouveaux cas de cancers chez la femme, le cancer colorectal est le 2e cancer incident après celui du sein. On utilise le terme de cancer colorectal pour désigner les cancers du côlon et du rectum, qui constituent tous les deux le gros intestin, la dernière partie du tube digestif. Le cancer colorectal correspond à une tumeur maligne de la muqueuse du côlon ou du rectum.

Dans 60 à 80% des cas, le cancer colorectal fait suite à une tumeur bénigne, appelée communément polype. Il faut ensuite 5 à 10 ans à ce polype pour se transformer en cancer. "Dans la très grande majorité des cas, il n'y a aucun symptôme associé au développement d'un polype ou d'une tumeur débutante. C'est la raison pour laquelle les cancers colorectaux peuvent être découverts à un stade évolué, donc grave." explique le Dr Bredin.

Rapide et efficace, le test de dépistage est gratuit.

Dépistage du cancer colorectal : quel intérêt ?

Le but du dépistage est donc de diminuer la mortalité du cancer colorectal, et donc de détecter, et enlever un polype avant qu'il ne dégénère, ou de détecter une tumeur débutante, avant que la lésion ne devienne grave ou étendue. Le dépistage est préconisé auprès des 50-74 ans dans le cadre du programme national de dépistage organisé. Rapide et efficace, le test de dépistage est gratuit.

Son objectif est de détecter la présence de sang dans les selles, même extrêmement infime et invisible à l'œil nu : "c'est pourquoi ce test s'appelle la recherche de sang occulte dans les selles, précise le Dr  Bredin. En effet, dans son évolution, un polype va passer par différents stades de transformation au cours desquels il va peu  à peu émettre du sang à sa surface. La présence de sang occulte pourra évoquer la présence d'un polype avant qu'il ne se transforme en cancer".

Diagnostiqué précocement, le cancer colorectal se soigne dans 9 cas sur 10 et ce avec des traitements autrement moins lourds que dans un stade plus avancé. Ce dépistage sauve ainsi véritablement des vies ! On estime que si au moins 50 % de la population cible participait au dépistage, on diminuerait la mortalité de ce cancer d'environ 30 %. A l'échelle nationale, cela représenterait 6 000 vies épargnées par an.

Toutes les personnes entre 50 et 74 ans sont invités à faire un dépistage. 

Comment faire le dépistage du cancer colorectal ?

Dans le cadre du programme national de dépistage, toutes les personnes entre 50 et 74 ans, sans facteur de risque ni symptôme particulier, sont invitées, par courrier, à consulter leur médecin pour qu'il leur remette un test de dépistage à faire chez eux. S'ils n'ont pas reçu ce courrier, ils peuvent obtenir ce kit auprès de leur médecin, ou directement auprès des structures régionales de dépistage. À l'occasion de cette consultation, le médecin évaluera le niveau de risque et pourra éventuellement proposer une autre modalité de dépistage.

Qui doit le faire ?

"On définit 3 niveaux de risque" explique le Dr. Bredin :

  • "le risque normal : être âgé de 50 ans ou plus ;
  • le risque élevé : présenter un ou des antécédents familiaux au 1er degré de polype avancé ou de cancer colorectal (premier degré : parents directs, fratrie), ou présenter une pathologie exposant au risque de cancer colorectal (maladie de Crohn, rectocolite hémorragique, …)
  • le risque très élevé : présenter une pathologie génétique à risque de cancer colorectal (syndrome de Lynch, polypose adénomateuse Familiale, etc…)"

Seuls les patients à risque normal sont concernés par le dépistage de masse par le biais du test de recherche de sang occulte dans les selles. Les patients des deux autres groupes relèvent d'un dépistage ciblé directement par coloscopie.

En cas de symptôme d'inquiétude, le test de recherche de sang occulte dans les selles n'est pas pertinent. Par conséquent, en cas de sang visible dans les selles, de changement inhabituel de son transit, de douleurs abdominales  inhabituelles et prolongées (au delà de quelques semaines), d'un amaigrissement involontaire, ou d'anémie, il est recommandé de consulter en vue de programmer une coloscopie.

Dépistage du cancer colorectal à 50 ans

Si le patient ne présente que des "risques normaux", le dépistage du cancer colorectal est préconisé à partir de 50 ans, tous les ans. Un coloscopie peut-être envisagée plus précocement en cas d'apparition de symptômes évocateurs ou de niveau de risque élevé.

Dépistage du cancer colorectal après 75 ans

L'âge n'est pas une contre-indication au dépistage. Au delà de 74 ans, et en l'absence de contre-indication à une coloscopie, le dépistage doit se faire par coloscopie. Il s'agit d'un dépistage ciblé, orienté par l'existence de symptômes, ou d'antécédents, et qui sera proposé individuellement par le médecin traitant ou le gastro-entérologue.

Si le patient a des antécédents personnels ou familiaux, et qu'il a déjà réalisé des coloscopies, l'indication d'une nouvelle coloscopie est posée par le médecin traitant et le gastro-entérologue. En alternative à l'endoscopie (qui est réalisée souvent  sous anesthésie générale), on peut proposer une coloscopie virtuelle, qui est un scanner avec reconstruction en 3D de la surface de l'intestin. Cet examen est à même de découvrir des lésions dont la taille est au delà de 3 mm. Cet examen nécessite toutefois une préparation identique à une coloscopie (purge) et ne permet pas l'ablation des polypes qui pourraient être découverts.

Où se procurer le test ?

Tous les 2 ans, les personnes qui ont entre 50 et 74 ans reçoivent à leur domicile un courrier les invitant à consulter son médecin traitant au sujet du dépistage du cancer colorectal. C'est le médecin qui remet le test au patient après lui avoir expliqué son mode d'utilisation. Si le médecin le juge utile, il peut aussi proposer de faire le test de dépistage du cancer colorectal et en précise l'intérêt. Après avoir obtenu l'accord du patient, le médecin lui remet le test et lui explique comment l'utiliser à son domicile. Enfin, les personnes qui n'ont pas réalisé le test remis par le médecin généraliste sont relancées par la structure de gestion qui leur envoie le test par voie postale avec un mode d'emploi.

Les résultats sont envoyés sous une quinzaine de jours.

Comment utiliser le test ?

"Depuis quelques années, le test à réaliser est un test immunologique : il est plus sensible, plus spécifique et plus simple à réaliser" explique le Dr. Bredin :

  • Plus sensible : le test immunologique fonctionne par une réaction biologique, dont la lecture est désormais totalement automatisée, ce qui évite les erreurs d'interprétation. Le test détecte à partir d'une valeur de 30 microgrammes d'hémoglobine par gramme de selles.
  • Plus spécifique : le test immunologique détecte désormais uniquement l'hémoglobine humaine. Auparavant, il existait des réactions croisées en cas de consommation de viande crue, de boudin, de raifort… Ce n'est désormais plus le cas.
  • Plus simple à réaliser : auparavant, le test devait se dérouler sur 3 jours d'affilée, avec un mode d'emploi assez laborieux. Désormais, c'est très simple : on trempe une tige plastique dans les matières, puis on remet la tige dans son emballage, et on l'adresse au centre de lecture par La Poste.

Le test et son interprétation sont gratuits. Les résultats sont envoyés sous une quinzaine de jours, à la personne au patient et à son médecin.

Dépistage positif : signification, que faire ?

Si le test est positif, cela ne signifie pas forcément qu'il y a un cancer. Cela signifie simplement qu'il est recommandé de réaliser une coloscopie. Le médecin enverra le patient chez un gastro-entérologue afin qu'il effectue une coloscopie. Il s'agit d'un examen qui permet de visualiser l'intérieur de l'intestin et de visualiser un polype ou une tumeur, et si possible, de procéder à son ablation. Cet examen peut être douloureux, il est souvent proposé sous anesthésie générale légère. "Il s'agit d'un examen invasif qui nécessite une préparation intestinale (purge) qui va conditionner la qualité et la sécurité de l'examen. Autrefois laborieuse et désagréable, la préparation intestinale est réalisée en deux temps (la veille et le matin de l'examen). Elle est désormais plus facile à réaliser, et existe sous diverses modalités (comprimés, boissons à reconstituer dont le goût a été amélioré)". prévient le Dr Bredin.

Selon la dernière évaluation de la campagne 2017 de dépistage en France, le taux de participation était d'environ 30 %, ce qui est peu. En moyenne, 4,6 % des tests réalisés sont positifs, le taux est plus élevé chez les hommes, et augmente avec l'âge. La coloscopie va permettre de montrer une anomalie dans 30 % à 40 % des cas : il s'agit d'adénomes avancés dans 30 % des cas et d'une tumeur cancéreuse dans moins de 5 % des cas (60 % de ces cancers sont des lésions de stade I ou II de bon pronostic).

Prix et remboursement du dépistage

Le test de dépistage du cancer colorectal est gratuit. "Sur un plan sémantique, le test de recherche de sang occulte dans les selles n'est pas remboursé à 100 % par l'Assurance Maladie, car l'Assurance Maladie ne finance pas le dépistage, du moins pas directement. Les structures de dépistage se sont régionalisées depuis 2019, et sont administrées par le biais de GIP (Groupements d'Intérêts Publics), financés par l'Assurance Maladie, mais aussi les régions. Il est donc plus juste de dire que le test est gratuit." précise le Dr Bredin.

Merci au Dr Christian Bredin, gastro-entérologue.

Sources :

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