Helicobacter pylori : symptômes et traitements en cas d'infection

Un ulcère ou une gastrite peut révéler une infection par la bactérie Helicobacter pylori. En France, 15 à 30% de la population serait contaminée. Quels symptômes doivent alerter ? Quels risques ? Quels traitements suivre ? Conseils du Dr Michael Bismuth, spécialiste en hépato-gastro-entérologie au CHU de Montpellier.

Définition

Helicobacter pylori est une bactérie spiralée. Elle n'est présente que chez l'homme et se localise exclusivement dans la cavité gastrique. Elle résiste à un environnement très acide. "L'incidence de l'infection à Helicobacter pylori est différente chez les adultes et les enfants.  En France, elle est plus faible chez les moins de 30 ans (20% des personnes sont infectées à l'âge de 20 ans) et plus fréquente après l'âge de 50 ans (environ une personne sur deux)" indique Dr Michael Bismuth, spécialiste en hépato-gastro-entérologie au CHU de Montpellier. Dans les pays en voie de développement, 80% de la population est infectée avant l'âge de 20 ans en raison des conditions socio-économiques défavorables (hygiène défectueuse et promiscuité).

Contamination

La contamination se fait dans l'enfance essentiellement pendant les cinq premières années de vie et passe inaperçue. Dans la grande majorité des cas, cette infection est asymptomatique. L'identification de ce germe en Australie dans les années 1990 a complètement remis en question la physiopathologie de l'ulcère gastro-duodénal qui est devenue une maladie infectieuse. Les deux médecins qui ont découvert Helicobacter pylori ont reçu le prix Nobel de Médecine. Il n'existe pas actuellement de dépistage organisé de l'infection à Helicobacter pylori en France.

"La plupart du temps, l'inflammation est silencieuse"

Symptômes : une gastrite ou un ulcère

Les principales manifestations en lien avec la présence de la bactérie sont la gastrite et un ulcère gastrique ou duodénal. "L'infection à Helicobacter pylori peut se compliquer d'une gastrite chronique (inflammation chronique de l'estomac) qui persiste toute la vie si l'infection n'est pas traitée", précise le spécialiste. Dans de rares cas, le portage chronique de cette bactérie peut être responsable d'un certain type de cancer de l'estomac (que l'on appelle lymphome du MALT) qui peut guérir en traitant cette infection. "La plupart du temps, l'inflammation est silencieuse ne provoquant aucun symptôme. Sept ulcères de l'estomac sur 10 sont directement en lien avec l'infection à Helicobacter pylori et 9 ulcères duodénaux sur 10", ajoute le Dr Michael Bismuth.

Diagnostic : biopsie, test à l'uréase

Le GEFH (Groupe d'Etudes Français des Helicobacter) a donné des recommandations pour rechercher cette infection dans plusieurs situations. En France, le diagnostic et le traitement de l'infection à Helicobacter pylori sont actuellement recommandés dans les cas suivants :

  • dyspepsie chronique sans lésion visible à l'endoscopie digestive haute ;
  • ulcère ou récidive d'ulcère gastrique, ulcère duodénal avec ou sans complications ;
  • antécédent d'ulcère avec prise d'AINS ou d'aspirine à faible dose ;
  • gastrite atrophique ;
  • présence de lésions pré-néoplasiques gastriques ;
  • patients ayant bénéficié d'une résection gastrique pour cancer ;
  • patients ayant des antécédents familiaux au 1er degré de cancer gastrique ;
  • patients nécessitant un traitement par anti-inflammatoires non stéroïdiens au long cours non associé ou associé à un traitement par inhibiteurs de la pompe à protons ;
  • anémie par carence en fer ou en vitamine B12 ;
  • purpura thrombopénique immunologique ;
  • lymphome gastrique ;
  • en cas de syndrome de Lynch (HNPCC) ;
  • avant une chirurgie de l'obésité comme un bypass gastrique.

Les méthodes diagnostiques directes sont effectuées grâce à la biopsie de l'estomac (biopsies du fundus et de l'antre) pratiquée lors de l'examen endoscopique. L'examen de ces biopsies au microscope (examen anatomopathologique) permet d'apprécier les caractéristiques de la gastrite et son intensité et de visualiser la bactérie. Le test à l'uréase  permet un diagnostic rapide (transformation de l'urée en ammoniac et CO2 par l'uréase produite par Helicobacter pylori). La mise en culture des biopsies de l'estomac est intéressante pour effectuer un antibiogramme notamment pour guider le traitement en cas d'échec thérapeutique.

Les méthodes diagnostiques indirectes sont effectuées le plus souvent pour vérifier l'efficacité du traitement d'Helicobacter pylori.

Ces méthodes sont :

  • le test respiratoire à l'urée marquée au 13C ou HELIKIT ;
  • la recherche d'antigènes bactériens dans les selles à l'aide de tests immunoenzymatiques ;
  • et la sérologie d'Helicobacter pylori (recherche d'anticorps) au cours d'une prise de sang.

Traitements

"Le traitement d'Helicobacter pylori et son éradication sont recommandées dans plusieurs situations comme la présence d'un ulcère gastro-duodénal, d'une gastrite chronique associée à la bactérie, d'un lymphome du MALT, d'une dyspepsie (après exploration endoscopique), d'un traitement par IPP au long cours, d'un antécédent personnel ou familial au premier degré de cancer gastrique", indique le spécialiste.

Il existe plusieurs stratégies thérapeutiques qui seront proposées dans l'idéal par le gastro-entérologue dont quelques exemples sont cités ci-dessous par le Dr Bismuth.

Traitement séquentiel pendant 10 jours

Le Groupe d'Etudes Français des Helicobacter recommande la prescription d'un traitement antisécrétoire par inhibiteurs de la pompe à protons à double dose (matin et soir) associé à dé l''amoxicilline à la posologie de 1 gramme matin et soir pendant 5 jours. Les cinq jours suivants, le traitement antisécrétoire sera poursuivi de la même manière avec du Métronidazole à la posologie de 500 mg matin et soir et de la Clarithromycine  à la posologie de 500 mg matin et soir en cas de souche sensible ou à la Clarithromycine et à la Lévofloxacine à la posologie de 500 mg matin et soir en cas de souche résistante à la Clarithromycine et sensible aux quinolones. En cas de résistance aux deux antibiotiques, une trithérapie comprenant inhibiteurs de la pompe à protons à double dose - amoxicilline - métronidazole 500 mg à la posologie de deux comprimés par jour peut être proposée avec une durée optimale est de 14 jours.

Dans tous les cas, il faudra s'assurer de l'absence de contre-indication à l'emploi des antibiotiques et notamment d'allergie.

Concernant les posologies des inhibiteurs de la pompe à protons :

  • Oméprazole, Esoméprazole, Rabéprazole : 20 mg matin et soir,
  • Lansoprazole : 30 mg matin et soir,
  • Pantoprazole : 40 mg matin et soir.

Quadrithérapie bismuthée pendant 10 jours

Elle repose sur la prescription de 3 gélules de Pylera® 4 fois par jour (après le petit-déjeuner, déjeuner, diner et au coucher) et d'Oméprazole 20 mg matin et soir. Chaque gélule de Pylera contient : 140 mg de sous citrate de bismuth, 125 mg de métronidazole,

125 mg de tétracycline.

Après, un test de contrôle
D'après le GEFH, les taux d'éradication avec un traitement séquentiel ou une quadrithérapie bismuthée en première ligne sont de 90%. Le traitement utilisé pour éradiquer Helicobacter pylori n'est donc pas efficace à 100%. Le GEFH recommande un test de contrôle d'éradication en respectant un délai sans antibiotiques au minimum de 4 semaines et sans inhibiteurs de le pompe à protons de 2 semaines pour éviter les faux négatifs. Ce test de contrôle est un test respiratoire à l'urée marquée au ¹³C. Le test nécessite deux recueils de l'air expirés au laboratoire avec 30 minutes d'intervalle. Deux ordonnances doivent être remises au patient : l'une pour la pharmacie (" Test respiratoire à l'urée marquée ¹³C "), l'autre pour le laboratoire (" recueil et analyse de l'air expiré ").

Helicobacter pylori : symptômes et traitements en cas d'infection
Helicobacter pylori : symptômes et traitements en cas d'infection

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