Algodystrophie : comment la soigner ?

L'algodystrophie ou "Syndrome Douloureux Régional Complexe" (SDRC) est caractérisée par des douleurs survenant au niveau des articulations. Elle se manifeste le plus souvent entre 35 et 65 ans après un traumatisme telle qu'une fracture, luxation, entorse ou une intervention chirurgicale.

Définition

L'algodystrophie correspond à un enraidissement progressif et douloureux d'une articulation, auquel s'ajoute, après une certaine évolution, une déminéralisation osseuse. Elle est souvent secondaire à une opération chirurgicale, un traumatisme même léger, une entorse ligamentaire ou toute autre atteinte d'une articulation. 

Algodystrophie de l'épaule

L'algodystrophie de l'épaule est souvent appelée "syndrome épaule-main". Il se manifeste par des douleurs intenses au niveau de l'épaule qui s'étendent jusqu'au cou et au bras et qui sont accentuées lorsque l'articulation est en mouvement. Il s'agit d'une pseudo-paralysie souvent provoquée par une tendinite chronique. Le repos, la prise d'anti-inflammatoires non stéroïdiens et la kinésithérapie permettent de traiter l'algodystrophie.

Algodystrophie du poignet et de la main

L'algodystrophie peut toucher différentes articulations, notamment le poignet. La main devient d'abord chaude et moite, les doigts du patient sont enflés et un œdème se forme sur le dos de la main. Après 3 ou 4 semaines, l'œdème disparaît mais la main reste déformée. La mise au repos, la prise d'anti-inflammatoires non stéroïdiens et la kinésithérapie permettent de traiter l'algodystrophie.

Algodystrophie de la cheville et du pied

L'algodystrophie de la cheville peut se déclencher plusieurs semaines après une entorse, une fracture, une intervention chirurgicale, ou à l'occasion d'une activité sportive par exemple. Elle peut aussi concerner toutes les articulations du pied. Pendant tout la période de prise en charge, il faut éviter le sport et la charge importante sur l'articulation. Plutôt que la course à pied, la piscine peut être une alternative plus douce par exemple.

Symptômes et Phases

L'algodystrophie se manifeste par une douleur diffuse et profonde parfois à type de brûlure ou de décharge, une impotence fonctionnelle avec une diminution des mouvements ou une impossibilité à utiliser la zone sensible. L'amélioration spontanée est très lente, et progressive mais ne laisse en général pas de séquelle. 

L'algodystrophie se développe en trois phases : 

  • Phase chaude : Première phase de l'algodystrophie, elle est la plus pénible. C'est le moment où les symptômes sont les plus intenses avec des fortes douleurs qui augmentent lors de l'activité et perdurent au repos, autant le jour que la nuit. La zone concernée est gonflée et raide, souvent chaude. Le traitement se focalise à cette phase sur le soulagement de la douleur et le maintien de la mobilité.
  • Phase intermédiaire : Progressivement, les douleurs deviennent moins fortes et moins constantes. Elles sont toujours liées à l'activité et au mouvement mais diminuent lors du repos. Le gonflement diminue lui aussi, la température varie, la mobilité s'améliore petit à petit même s'il persiste toujours une raideur et un manque de force. Le traitement se focalise sur la mobilité, la force, et le soulagement de la douleur.
  • Phase froide : La phase froide se caractérise par un refroidissement du membre, une peau lisse et pâle, une disparition du gonflement et une rétraction du membre atteint. La douleur, la raideur et le manque de force persistent. L'évolution vers la guérison est plus ou moins longue selon les patients (6 à 24 mois).

"La persistance pendant plusieurs semaines de l'un ou l'autre des symptômes cités précédemment après une entorse, une fracture ou une opération nécessite une consultation. Si le diagnostic d'algodystrophie est confirmé, un travail quotidien doit être entrepris pour maintenir le mouvement de la zone concernée avec l'accompagnement d'un kinésithérapeute" conseille le Dr Claire Lewandowski., médecin spécialisé en addictologie, médecine générale et psychiatrie.

Diagnostic

Le diagnostic d'algodystrophie est difficile à poser et il est généralement effectué par élimination, c'est-à-dire après avoir écarté les autres diagnostics potentiellement en cause dans les symptômes. Les signes cliniques sont rarement assez significatifs pour permettre d'établir un diagnostic sûr. Les examens complémentaires sont une bonne indication, mais ne suffisent pas non plus. Finalement on peut poser le diagnostic lorsqu'on retrouve suffisamment d'éléments tels qu'un antécédent de traumatisme ou d'opération, une douleur exacerbée et persistante à la stimulation même légère, une raideur articulaire avec diminution de l'amplitude des mouvements (avec une fatigue musculaire présente dans 50% des cas), une déminéralisation mise en évidence à la scintigraphie osseuse ou une ostéoporose visible à la radiographie à des stades avancés.

Certains examens sont proposés pour aider au diagnostic :

  • Une scintigraphie osseuse qui doit être réalisée dans les 6 premiers mois et qui reste l'examen le plus utile au diagnostic, surtout en cas d'algodystrophie de la main.
  • L'imagerie par résonance magnétique (IRM) qui peut se révéler utile en cas de doute pour éliminer un autre diagnostic.
  • Une prise de sang qui permet de rechercher d'autres maladies qui pourraient ressembler à une algodystrophie.
  • Le scanner et la radiographie osseuse qui montrent parfois une déminéralisation osseuse et des géodes mais seulement tardivement. Ils ne sont pas utiles au début de la maladie.

Causes

Les causes précises de l'algodystrophie sont encore inconnues. En revanche, certains facteurs de risque comme un traumatisme articulaire, une opération chirurgicale, une fracture ou une entorse peuvent être à l'origine des symptômes. Lorsque l'algodystrophie apparait, c'est comme si les signes continuaient, voir empiraient avec le temps.

Dans le cas d'une atteinte du bras, de la main ou de l'épaule, l'une des causes évoquées peut être une attaque cérébrale comme un AVC par exemple. Même si certains médicaments ou maladies ont été évoqués, il n'existe à l'heure actuelle aucune étude ayant démontré avec certitude un lien de causalité avec l'algodystrophie.

Comment soigner une algodystrophie

Pour espérer les meilleurs résultats possibles il est impératif de débuter rapidement le traitement. Les traitements employés pour lutter contre l'algodystrophie visent surtout à lutter contre la douleur et à favoriser le mouvement :

  • Les médicaments antalgiques : paracétamol ou anti-inflammatoires, mais aussi les corticoïdes (sous forme d'infiltrations), les bisphosphonates (en particulier le pamidronate) et les médicaments contre les douleurs neuropathiques (gabapentine par exemple).
  • Les autres médicaments : la calcitonine (son utilisation est actuellement controversée et ne devrait pas être utilisée plus de 4 semaines) ou les antidépresseurs en cas de retentissement psychologique important.
  • La kinésithérapie qui permet de diminuer la sensibilité exacerbée et de soulager la douleur. Certains exercices favorisent la capacité de la zone atteinte à supporter une charge (porter quelque chose avec la main, améliorer la marche avec des cannes ou des bâtons de marche, porter de meilleures chaussures), alors que d'autres techniques (thérapies par le miroir) permettent aussi de diminuer les sensations bizarres ou les déformations ressenties au niveau de la zone blessée. De façon générale, la reprise du mouvement doit être aussi rapide que possible tout en dosant le degré d'activité.
  • D'autres méthodes alternatives : ostéopathie, acupuncture, huiles essentielles (Mélanger 2 gouttes de Lavande vraie, 2 gouttes de Gaulthérie couchée et une goutte d'Hélichryse italienne dans 10 gouttes d'huile végétale puis masser délicatement la zone touchée 2 à 3 fois par jour. A éviter chez les femmes enceintes, allaitantes et les enfants), alimentation saine (riche en vitamine C et oméga 3), arrêt du tabac et de l'alcool.

Même s'il n'est pas possible de prévenir une algodystrophie puisqu'on ne connait pas les causes exactes de la survenue de cette pathologie, on sait qu'elle a tendance à disparaître spontanément, souvent dans les 2 ans qui suivent son apparition, sans que l'on sache exactement pourquoi. Elle ne laisse généralement aucune séquelle sauf quand elle a duré plus deux ans. Dans ce cas on retrouve une raideur articulaire et une faiblesse musculaire parfois accompagnée de douleurs.