Hermaphrodisme : définition, pourcentage, causes, fertilité

On ne parle plus d'hermaphrodisme (humain) ou de pseudo-hermaphrodisme mais d'intersexuation. Les personnes intersexes naissent avec des caractères sexuels qui ne correspondent pas aux définitions traditionnelles du sexe masculin ou du sexe féminin. Définition, causes, signes : découverte.

Hermaphrodisme : définition, pourcentage, causes, fertilité
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"Les personnes intersexes naissent avec des caractères sexuels qui ne correspondent pas aux définitions traditionnelles du sexe masculin ou du sexe féminin", dit l'ONU. On a longtemps parler d'hermaphrodisme, de vrai et pseudo-hermaphrodisme pour l'humain qui ne sont toutefois pas des termes médicaux pour exprimer l'intersexuation. Ce terme médical définit les personnes dont les caractéristiques sexuelles n'entrent pas dans l'une des deux cases "normales" typiques : féminin et masculin. Le point avec Nicolas Morel-Journel, urologue et spécialiste des chirurgies de reconstructions génitales au CHU de Lyon.

C'est quoi l'hermaphrodisme chez l'humain ?

"On ne parle plus d'hermaphrodisme ou de pseudo-hermaphrodisme. La notion d'intersexuation est désormais celle qu'on utilise pour les personnes concernées dites "intersexes". C'est un terme plus respectueux et qui englobe véritablement toutes les personnes concernées, ce qui n'est finalement pas le cas avec le mot hermaphrodisme", explique Nicolas Morel-Journel, urologue, spécialise des chirurgies de réassignation sexuelle. "Il s'agit d'une notion très large qui va des personnes qui ont une perturbation hormonale modérée à des personnes qui naissent avec des cellules XY et des cellules XXexplique-t-il. Selon le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme, "les personnes intersexes naissent avec des caractères sexuels qui ne correspondent pas aux définitions traditionnelles du sexe masculin ou du sexe féminin".

"Certaines anomalies ont explosé sur les 30 ou 40 dernières années"

Quelles sont les causes de l'intersexuation ?

Multifactorielle, les causes de l'intersexuation sont encore mal connues. "Ce qui est certain c'est que certaines anomalies ont explosé sur les 30 ou 40 dernières années. Parce qu'on les dépiste davantage mais aussi probablement pour des raisons environnementales comme les polluants organiques, les pesticides, les métaux lourds etc... " La mère peut aussi avoir été exposée à des perturbateurs endocriniens durant sa grossesse comme aux phyto-oestrogènes, aux phtalates, aux bisphénols... Le facteur génétique joue aussi. "Il n'y a donc pas de cause unique et certaine de l'intersexuation" résume le chirurgien urologue.

Quels sont les signes ?

Une personne peut être découverte intersexe dès la naissance dans le cas de variations anatomiques des organes génitaux ou dans l'enfance, l'adolescence voire même à l'âge adulte. "Il existe autant de signes d'intersexuation que de personnes intersexes" explique notre expert. "Cela peut aller d'une petite anomalie hormonale dont on ne se rendra compte que tardivement lors d'investigations pour infertilité et qui ne se manifeste que par une faible pilosité chez un garçon par exemple – jusqu'à, autre exemple, la présence d'une verge visible à la naissance chez une petite fille", note Nicolas Morel-Journel. Les variations des caractères sexuelles peuvent être génitales, gonadiques et chromosomiques. "Dans les cas d'hermaphrodisme vraie, cas rarissimes, on retrouve des cellules XX et des cellules XY. L'enfant n'a pas deux organes génitaux mais il peut avoir les deux gonades, un testicule et un ovaire", explique notre expert.

En France, il n'existe pas de chiffres officiels, mais on estime l'intersexualité à un bébé sur 2000

Quel pourcentage dans le monde et en France ?

Selon l'ONU, "on estime à jusqu'à 1,7 % la proportion de bébés qui naissent avec des caractéristiques ne correspondant pas aux définitions traditionnelles du sexe masculin ou du sexe féminin. Cela signifie que les personnes intersexes sont presque aussi nombreuses que les personnes aux cheveux roux". En France, il n'existe pas de chiffres officiels, mais on estime l'intersexualité à un bébé sur 2000. La définition encore imprécise donnée au terme d'intersexuation explique en partie la différence entre les chiffres.

Peuvent-ils se reproduire ?

"Très souvent, les personnes intersexes sont infertiles ou ont une mauvaise fertilitésouligne l'urologue. Il est important de réfléchir à cette question avant une opération qui peut atteindre à la fertilité, que le patient soit pubère ou non. Plusieurs moyens de préservation de la fertilité existent : congélation des ovocytes, des spermatozoïdes. Pour les garçons prépubères, il s'agira de conserver les cellules germinales souches. "Et même s'il s'agit encore d'expérimentation, on ne peut prédire les avancées de la science dans 20 ans. On saura peut-être multiplier les cellules germinales in-vitro" imagine le médecin qui conseille de préserver la fertilité quand c'est possible.

Quelle prise en charge ?

Outre l'accompagnement psychologique, "sur le plan médical,  la prise en charge des personnes intersexes s'articule sur les traitements hormonaux et les chirurgies de reconstruction (prothèses mammaires, mastectomie, reconstruction de l'appareil génital)", énumère Nicolas Morel-Journal.  "Dans de nombreux pays, on fait subir aux enfants intersexes des opérations chirurgicales et autres traitements à répétition pour tenter de modifier leurs caractères sexuels ou leur apparence. En plus de leur causer des souffrances physiques, psychologiques et émotives, ces procédures enfreignent leurs droits" écrit l'ONU. Faut-il ou non pratiquer des opérations de réassignation sexuelle sur des enfants trop jeunes pour choisir mais qu'on opère afin qu'ils soient conformes aux "normes" masculine ou féminine ? La question n'est en tout cas plus un tabou. Le législateur s'en est d'ailleurs emparé dans la loi du 2 août 2021 relative à la bioéthique. Malgré un appel aux bonnes pratiques et des avancées comme le report de la mention du sexe à l'état civil, la loi n'interdit pas les interventions chirurgicales sur les bébés, qui ne sont pourtant pas en capacité de choisir.

Merci au Dr Nicolas Morel-Journel, urologue et spécialiste des chirurgies de reconstructions génitales au CHU de Lyon.

Sources :

UNFE

La loi bioéthique encadre la situation des enfants intersexes. Dalloz Actualités. 13 septembre 2021.

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