Autohypnose : stress, sommeil, douleur, comment faire ?

Pour dormir, maigrir, réduire les douleurs ou encore être moins stressé, l'autohypnose favorise le bien-être, le développement personnel et la connaissance de soi. Comment la pratiquer ? Y-a-t-il des dangers ? Quels exercices ? Réponse avec Kévin Finel, co-fondateur et directeur de l'Académie de recherche et de connaissance en hypnose Ericksonienne et créateur de l'application Psychonaute.

Autohypnose : stress, sommeil, douleur, comment faire ?
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Qu'est-ce-que c'est l'autohypnose ? 

"Pour comprendre ce qu'est l'autohypnose, il faut définir l'hypnose" indique d'emblée Kévin Finel, co-fondateur et directeur de l'Académie de recherche et de connaissance en hypnose Ericksonienne et créateur de l'application Psychonaute. "Il s'agit de l'art de modifier l'état de conscience et donc les perceptions subjectives d'un individu. L'autohypnose, c'est simplement apprendre à le faire par soi-même." Selon le spécialiste, elle est à portée de tous : "A tort, on pense que l'autohypnose n'est accessible que pour certaines personnes, alors que tout le monde peut vivre des états hypnotiques, même les enfants. Nous sommes tous différents mais on est tous capables." En effet, les états d'hypnose sont "très naturels pour l'être humain" et peuvent même être vécus "par accident" : "Parfois on écoute de la musique, ou on contemple une œuvre d'art, et on part dans un véritables voyage intérieur : ce sont déjà de légers états hypnotiques."

Quelle différence avec l'autohypnose guidée ?

"Il n'y a pas réellement de différence : l'autohypnose guidée doit être davantage considérée comme une étape dans l'apprentissage de l'autohypnose". En effet, lorsqu'une personne souhaite apprendre l'autohypnose, "elle peut commencer par des séances guidées afin d'assimiler les exercices, pour ensuite les reproduire en toute autonomie".

Quels sont les bienfaits de l'autohypnose ?

"L'expérience d'autohypnose est très ludique et agréable à vivre, même dès les premières fois, pendant lesquelles on se connait mieux, on grandit et on apprend." L'autohypnose a des bienfaits dans trois grands secteurs : 

Bien être : "Elle permet de travailler sur les émotions comme la gestion du stress, d'améliorer le sommeil, de mieux se connaître en étudiant son propre fonctionnement et d'évoluer dans nos manières d'être et de réagir face au monde" détaille Kévin Finel.

Développement personnel : "Il s'agit de l'optimisation, de l'amélioration. Par exemple on peut améliorer sa créativité, sa concentration, sa mémoire on va pouvoir travailler sur sa confiance en soi, son estime de soi." 
Exploration de soi et introspection : "Ici, il s'agit d'explorer l'humain !  On peut par exemple essayer de comprendre comment s'est créé et développée notre identité, on peut aussi analyser notre rapport aux autres et à nous-même. Il y a aussi des applications, comme apprendre à faire des rêves lucides ou même de l'écriture automatique..."

Quels exercices pour calmer la douleur ?

"L'hypnose permet de travailler sur la douleur car c'est un très bon régulateur des ressentis subjectifs. L'hypnose est utilisée aussi bien pour des opérations chirurgicales qu'en rééducation" explique le spécialiste. Comment ça marche ?  "On apprend la perception subjective de la douleur : le signal de la douleur va rester mais on ne ressentira plus la douleur en elle-même. Par exemple, une personne qui souffre d'arthrose peut apprendre à diminuer le signal douloureux jusqu'à le mettre en périphérie de sa conscience." Pour cela, il faut d'abord que la personne arrive à un état hypnotique : "On commence par réaliser quelques petits exercices préparatoires qui vont aider à découvrir très progressivement les états hypnotiques, à se les approprier et à comprendre comment se guider dans l'expérience, pour ensuite suivre des exercices qui vont apprendre à une personne à moduler ses perceptions et sensations, comme si elle disposait d'un levier mental qui diminue ou amplifie le signal de la douleur. Cet apprentissage est assez fascinant et donne la sensation de se réapproprier son corps et ses ressentis."

Quelle technique d'autohypnose pour maigrir ? 

"L'autohypnose n'est pas une technique pour perdre du poids en soi" prévient Kévin Finel. "Cependant, on peut travailler sur plusieurs aspects qui peuvent amener à une perte de poids en prenant en compte les fonctionnements cognitifs d'un individu." Il y a plusieurs facettes, sur lesquelles l'autohypnose peut avoir un effet afin de régler le problème de base. Les plus courantes sont : 

Les compulsions : "Les gens qui ont des problèmes de poids ont souvent des soucis de compulsion comme celle du grignotage, de la consommation de sucre pour se rassurer... On peut apprendre à une personne à comprendre et modifier ses réactions pour s'en détacher progressivement et durablement." 

La confiance et l'estime de soi : "On aborde ici la psychologie de l'individu. C'est parfois le rapport à soi-même qui fait que l'on va avoir des comportements excessifs. Si par exemple une personne se réfugie dans la nourriture pour combler un manque d'estime, pour gérer certaines formes de pression ou de stress, un régime ne fonctionnera pas dans la durée. Avec un travail en profondeur, on va aller aux racines de la problématique."

"Très souvent, le stress est occasionné par une survalorisation des éléments de vie que nous traversons"

Comment faire de l'autohypnose contre le stress ?

"C'est une des attentes les plus courantes avec l'autohypnose : apprendre à gérer ses émotions, dont le stress et l'angoisse." Une personne très angoissée ou stressée qui pratique l'autohypnose va "très rapidement ressentir un état d'apaisement et de bien-être." Pourquoi ? "L'autohypnose permet de se reconnecter à soi et de mettre de la distance avec les attentes du monde extérieur. En effet, très souvent, le stress est occasionné par une survalorisation des éléments de vie que nous traversons, et une difficulté à les digérer."  De plus, l'autohypnose permet d'apprendre à "explorer notre fonctionnement émotionnel" et en décortiquant ce mécanisme, on peut en sortir et relativiser plus rapidement les émotions." Comment faire ? "On commence généralement par deux ou trois petits exercices préparatoires. Ils sont à la fois agréables et ludiques, et permettent souvent un apaisement significatif. Ils ont pour but d'aider à découvrir très progressivement les états hypnotique, à se les approprier et à comprendre comment se guider dans l'expérience." Ensuite, une seconde étape se met en place : "Si le stress est lié à un événement actuel et défini, l'autohypnose permet de mettre l'événement et l'émotion à distance, de favoriser une prise de recul. On a alors l'impression de digérer ce qu'on a vécu, et de pouvoir passer facilement à autre chose."

Comment faire de l'autohypnose pour dormir ? 

Pour que l'autohypnose fonctionne dans ce cas, on peut réaliser trois grands types d'exercices :

La régulation des pensées : "De nombreuses personnes ont du mal à trouver le sommeil car elles ont des pensées qui tournent en boucle. Ainsi, elles peuvent réaliser des exercices pour générer un silence intérieur, ce qui va apaiser progressivement leur corps". 

Trouver le chemin du sommeil : "Grâce à l'autohypnose, on peut ancrer un état de sommeil. Le but est de comprendre comment on arrive jusqu'au sommeil afin de mémoriser ce chemin pour ensuite y parvenir seul au moment du coucher."

La reconnexion au corps : "Très souvent, les insomniaques sont plongés dans le mental, et ils ruminent beaucoup. La reconnexion au corps va permettre de revenir au présent, de se couper du monde extérieur et donc de s'endormir plus facilement."

L'autohypnose peut-elle aider à arrêter l'alcool ? 

"L'autohypnose peut aider en complément car elle permet de comprendre les mécanismes de compulsions et de favoriser un réel bien-être,  mais l'alcool étant une addiction lourde, il me semble important d'être suivi et accompagné par un spécialiste en addictologie en plus" conseille Kévin Finel. 

Comment se passe une séance d'autohypnose ? 

Une séance d'autohypnose ne se fait pas forcément seul : on peut la faire en famille, en couple ou encore entre amis. "Cela va prendre entre 1h et 2h avec pleins de petits exercices progressifs qui vont permettre à une personne, même celle qui n'en a jamais fait, de vivre progressivement des expériences" explique Kévin Finel. "En général, on propose des expériences assez courtes qui vont durer entre 5 à 10 min pour que les gens puissent avoir des bases simples d'accès." Une fois que la personne maîtrise les bases, les exercices proposés restent courts, c'est-à-dire entre 5 et 20 minutes pour chaque, selon ce qu'on recherche. "Au début d'une séance, il y a un petit temps consacré à l'entrée dans l'état d'hypnose, et ensuite, la personne peut vivre ses expériences. Certaines personnes en font quelques minutes le matin pour retrouver leur énergie." Si vous souhaitez travailler un aspect plus profond "les séances seront parfois plus longues, on a besoin de temps pour explorer, comprendre, ressentir."

Y-a-t-il des dangers ? 

"Il n'y a aucun danger à pratiquer l'autohypnose, c'est une chose très naturelle. Par contre, elle n'est simplement pas suffisante quand on cherche une psychothérapie" rassure le spécialiste. "Il y a certaines pratiques pour lesquelles il est bon d'avoir un avis médical avant. Par exemple, avant de travailler sur une douleur, c'est mieux d'aller vérifier avec un médecin pour qu'il pose un diagnostic. On déconseille aussi généralement aux personnes qui relèvent de la psychiatrie d'expérimenter sans avis médical des états d'hypnose profonds."

Quelle formation ?

"L'autohypnose ne nécessite pas de formation particulière, c'est un apprentissage au même titre que la méditation ou le yoga, très accessible et ouvert à tous. On peut se lancer directement" indique le spécialiste.

Merci à Kévin Finel, co-fondateur et directeur de l'Académie de recherche et de connaissance en hypnose Ericksonienne et créateur de l'application Psychonaute.

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