Interféron : nouveau médicament du Covid, c'est quoi ?

Olivier Véran, le ministre de la Santé a évoqué, en février 2021, plusieurs traitements innovants potentiellement efficaces contre la Covid-19. Parmi eux, l'interféron, un "vieux médicament" utilisé dans le traitement de certains cancers et de la sclérose en plaques. C'est quoi ? Que sait-on de ce médicament ?

Interféron : nouveau médicament du Covid, c'est quoi ?
© Evgeny Gromov - 123RF

Des traitements innovants et porteurs "d'espoirs nouveaux permettront de renforcer notre arsenal de moyens pour lutter contre la diffusion du virus de la Covid-19", a rassuré le ministre de la Santé, Olivier Véran, lors de la conférence de presse de Jean Castex du 25 février 2021. Parmi ces pistes thérapeutiques, encore à l'étude, il y a le "traitement par interféron, un vieux médicament utilisé dans différentes maladies qui vient compenser l'insuffisance d'interférons chez certaines personnes" On saura "s'il est efficace" dans "quelques semaines", a-t-il précisé. Qu'est-ce que ce médicament ? Pour quelle maladie est-il utilisé ? Que sait-on sur son efficacité contre le coronavirus ? Quels sont ses potentiels effets secondaires ? Connaissances à date. 

Médicament, protéines : c'est quoi l'interféron ?

Les interférons sont des protéines naturellement fabriquées par les cellules de l'organisme en réponse à une agression par un agent pathogène (virus, bactérie, parasite, cellule tumorale...). Elles activent les macrophages - des cellules du système immunitaire - et permettent donc d'une part de stimuler les défenses immunitaires et d'autre part d'inhiber la prolifération des cellules infectées ou tumorales. Les personnes qui présentent un déficit d'interférons peuvent se voir administrer des interférons produits industriellement dans le cadre d'un traitement de la sclérose en plaques ou des cancers par exemple. La prise d'interférons sous forme de médicaments permet de compenser le manque d'interférons chez certaines personnes. Il existe deux types d'interférons :

  • interféron de type I (alpha et bêta), qui ont une action antivirale et antitumorale. Dans le cadre de la Covid-19, ce sont principalement les interférons de type I qui sont étudiés.  
  • interféron de type II (gamma), qui ont une action immune. 

Quelles sont ses indications ?

L'interféron est indiqué dans le traitement de :

  • Certains cancers : cancer du rein, leucémie, lymphome, mélanome, myélome (interféron alpha)
  • Hépatite B (interféron alpha)
  • Hépatite C (interféron alpha)
  • Sarcome de Kaposi associé au Sida (interféron alpha)
  • Tumeurs carcinoïdes (interféron alpha)
  • Sclérose en plaques (interféron bêta)
  • Infections graves en cas de granulomatose septique chronique (interféron gamma)
  • Infections graves en cas d'ostéopétrose maligne sévère (interféron gamma)

Que sait-on de son efficacité contre la Covid-19 ?

"Nous saurons dans quelques semaines si ce traitement est efficace"

L'interféron fait encore l'objet d'études cliniques. Il est actuellement testé dans le cadre d'un protocole très encadré englobant des personnes à risques de développer une forme grave de la Covid-19. "Nous saurons dans quelques semaines si ce traitement est efficace", a précisé Olivier Véran le 25 février. Les interférons ont une action antivirale, antitumorale et anti-proliférative. Dans le détail, ces protéines sont capables d'activer la synthèse de certaines enzymes capables d'inhiber la réplication d'un virus ou d'une cellule infectée. En parallèle, elles activent l'immunité en augmentant la capacité des antigènes. 

Plusieurs études ont montré le lien entre un déficit en interférons et un sur-risque de développer une forme grave de la Covid-19. En septembre 2020, des chercheurs de l'Inserm ont tenté de savoir pourquoi la réponse individuelle à l'infection par le virus SARS-CoV2 variait autant d'une personne à l'autre. Selon leurs travaux publiés dans la revue Science le 23 octobre 2020, les chercheurs ont pu identifier les premières causes génétiques et immunologiques expliquant 15 % des formes graves de Covid-19. "Ces malades ont un point commun : un défaut d'activité des interférons de type I, molécules du système immunitaire qui ont normalement une puissante activité antivirale", indiquent les chercheurs qui ont pu montrer que :

  • Chez 3 à 4% des formes graves, une anomalie génétique diminuerait la production des interférons. 
  • Chez 10 à 11% des formes graves, une maladie auto-immune bloquerait l'action des interférons. 

Et "quel que soit leur âge, les personnes porteuses de ces mutations sont plus à risque de développer une forme potentiellement mortelle de Covid-19", précisent les chercheurs. La prise précoce d'interférons de type I chez ces patients pourrait ainsi être une piste thérapeutique. "Ces médicaments sont disponibles depuis plus de 30 ans et sans effets secondaires notables s'ils sont pris pendant une courte période", poursuivent-ils. 

L'essai  clinique européen DISCOVERY, coordonné par l'Inserm dans le cadre du consortium Reacting, étudie actuellement cinq modalités de traitement dont l'interféron béta, pris en association avec le lopinavir et le ritonavir. L'essai clinique SOLIDARITY de l'Organisation mondiale de la Santé inclut également l'interféron dans ses recherches. Selon les résultats provisoires publiés le 15 octobre 2020, les quatre options de traitement étudiés (remdésivir, hydroxychloroquine, lopinavir/ritonavir et interféron) se sont révélées n'avoir que peu ou pas d'effet sur la mortalité globale, la mise en route de la ventilation et la durée du séjour à l'hôpital chez les malades hospitalisés. De nouvelles combinaisons thérapeutiques vont prochainement être ajoutées à l'essai. Les résultats définitifs n'ont pas encore été publiés.  

Liste des médicaments à base d'interférons

En France, les seuls traitements à base d'interférons encore commercialisés et disposant d'une autorisation de mise sur le marché (AMM) sont :

  •  Pegasys® (interféron alpha) pour le traitement des hépatites chroniques B et C. Ce médicament est soumis à une prescription médicale réservée aux spécialistes et/ou aux services spécialisés en gastroentérologie, hépatologie, médecine interne ou infectiologie.
  • Avonex® (interféron bêta) pour le traitement de la sclérose en plaques
  • Rebif® (interféron bêta) pour le traitement de la sclérose en plaques

>> Attention, ces médicaments à base d'interférons sont exclusivement prescrits par des spécialistes dans le cadre des traitements de certaines maladies (sclérose en plaques, cancers, hépatites...). Ces spécialités, sous cette forme et avec cette composition, n'ont en aucun cas montré leur efficacité sur la Covid-19. L'interféron fait encore l'objet d'études cliniques. 

Quels sont les effets secondaires ?

Les traitements par interférons peuvent engendrer certains effets secondaires comme :

  • Des problèmes cutanés (rougeurs, indurations, nécroses...)
  • Un syndrome "pseudo-grippal" : fièvre, courbatures, fatigue, maux de tête, frissons... Habituellement, ce syndrome pseudo-grippal disparaît en moyenne après trois mois de traitement.

Quelles sont les contre-indications ?

Ces traitements sont contre-indiqués lors de la grossesse et de l'allaitement. En cas de projet de grossesse , il faut en parler à son médecin. 

Quel est le prix ?

Pegasys® affiche un prix allant de 88,56 euros (pour une seringue de 90 µg) à 603.30 euros (pour 4 seringues 180 µg). Ce traitement est remboursé par la Sécurité sociale à hauteur de 65%. Avonex® coûte 705.46 euros et est remboursable à 65%. 

Sources : Fiche Traitements par interférons, Hôpitaux Universitaires de Genève / Communiqué de l'INSERM : Covid-19 : 15 % des formes graves de la maladie s'expliquent par des anomalies génétiques et immunologiques, 24 septembre 2020. 

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