Masque contre le coronavirus : est-il efficace, réutilisable ?

MASQUE DE PROTECTION - Le masque chirurgical permet de filtrer les bactéries et se protéger des virus comme celui du coronavirus. Quand le porter ? A-t-il un intérêt en France ? Faut-il opter pour un FFP2 ou un FFP3 ? Eclairage et conseils du Dr Pierre Parneix, médecin hygiéniste.

Masque contre le coronavirus : est-il efficace, réutilisable ?
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[Mis à jour le jeudi 24 février 2020 à 9h43] Pour se protéger du coronavirus - cousin du virus SRAS - apparu en Chine fin décembre 2019, des personnes portent des masques de protection respiratoire. Une personne suspectée de présenter des symptômes d'infection respiratoire ou avérée malade peut porter un masque chirurgical pour éviter de propager son virus et protéger son entourage à la maison ou les autres personnes dans les lieux publics. Pour limiter la propagation du coronavirus, la France achète plusieurs dizaines millions de masques de protection FFP2. Ce sont des modèles avec un très haut niveau de filtration, généralement utilisés par les professionnels de santé comme les chirurgiens en contact étroit avec des malades. 

Définition : qu'est-ce qu'un masque anti-virus ?

Le masque anti-virus, à usage médical, appelé "masque chirurgical" dans le langage courant, est un dispositif médical destiné à filtrer les bactéries et à éviter de contracter un virus, comme celui de la grippe ou toute autre maladie virale. "Pour être efficace, le masque doit être conforme à la norme française et européenne "NF EN 14683". Ces masques sont généralement portés au bloc opératoire pour éviter d'abord que les bactéries de la bouche du chirurgien ne soient projetées sur plaie chirurgicale du patient, mais peuvent aussi être portés par le grand public pour se protéger des micro-organismes dans un contexte d'épidémie, comme la grippe par exemple", indique le Dr Pierre Parneix, médecin hygiéniste et praticien hospitalier en Santé publique au CHU de Bordeaux et responsable du Centre d'appui à la prévention des infections associées au soins (CPIAS) de Nouvelle Aquitaine.

Quand porter un masque chirurgical ? Est-ce efficace ?

Une personne suspectée de présenter des symptômes d'infection respiratoire ou avérée malade peut porter un masque chirurgical pour éviter de propager son virus et protéger son entourage à la maison ou les autres personnes dans les lieux publics. "Ce qu'on connaît à ce jour du coronavirus, c'est que le mode de transmission est sensiblement le même que celui de la grippe, c'est-à-dire qu'il se transmet d'homme à homme lors de contacts rapprochés (se toucher ou se serrer la main par exemple) et par voie aérienne en toussant  ou en éternuant (gouttelettes de salive, postillons). Ainsi, les autorités sanitaires recommandent à toute personne suspectée d'être contaminée au coronavirus de porter un masque lorsqu'elle est en contact avec d'autres personnes pour éviter les risques de contamination", précise le médecin hygiéniste. 

"Dans le cas du coronavirus qui n'est quasiment pas présent en France, cela n'a pas vraiment d'intérêt."

Le masque peut également servir dans un contexte de prévention de l'exposition au virus. Il a un "effet barrière" qui va empêcher le passage des particules bactériennes et virales. "Attention, porter un masque en prévention n'a de sens que lors d'une épidémie véritablement présente dans le pays. Dans le cas du coronavirus qui n'est quasiment pas présent en France, cela n'a pas vraiment d'intérêt, insiste le médecin hygiéniste. En revanche, en cas de symptômes évocateurs du coronavirus (fièvre, toux persistante, difficultés à respirer...), il vaut mieux appeler le 15, particulièrement si la personne a séjourné dans un pays touché par l'épidémie."  

Pourquoi est-il si peu utilisé en France ?

"Porter un masque n'est pas une pratique culturelle en France. Au lieu de remercier les gens qui portent des masques car elles nous protègent de leurs virus, on a plutôt tendance à les juger comme "dangereuses". C'est un regard qu'il faut vraiment changer ! Porter un masque, notamment en cas de grippe, est un très bon réflexe", indique notre interlocuteur. 

Masque anti-virus : lequel choisir ?

Il existe plusieurs types de masque qui ont des niveaux de filtration variables. "Pour définir le niveau de filtration, on réalise un test avec un aérosol contenant des souches de staphylocoque doré", explique le Dr Parneix :

  • Le masque à usage médical de type I filtre 95% des bactéries.
  • Le masque à usage médical de type II filtre plus de 98% des bactéries. On distingue les masques de type 2 normaux et ceux de type R qui sont plus étanches et résistants aux projections. Mais ces derniers sont plutôt utilisés au bloc opératoire, moins pour le grand public. 
  • Le masque de protection respiratoire (masque coque ou masque FFP2 ou FFP3) est un masque de sécurité avec un très haut niveau de filtration qui est utilisé en milieu de soins pour des agents infectieux comme celui de la tuberculose par exemple. Ce masque, qui pour être efficace doit avoir une forme adaptée au visage de la personne qui le porte, ne filtre plus uniquement des bactéries, mais également des aérosols. Il est réservé aux professionnels de la santé ou à certaines professions et n'est pas à destination du grand public pour un usage à visée microbiologique.

Le grand public doit utiliser le masque à usage médical de type II avec la norme NF EN 14683

Comment bien le porter ?

Le masque anti-virus n'est efficace que s'il est bien porté. Les conseils du Dr Parneix :

  • Porter le masque dans le bon sens. En général, la face colorée doit se trouver vers l'extérieur et non contre la bouche.
  • Le côté rembourré de la barrette nasale doit être placé sur la bosse du nez pour bien protéger le nez.
  • Préférer les masques avec des attaches élastiques plutôt que des lanières : le masque sera plus simple à enfiler. 
  • Le masque doit être bien enveloppant et passer sous le menton pour bien protéger la bouche et le nez. 

Le masque anti-virus a une durée de vie de 3 heures.

Quand jeter le masque ?

Le masque anti-virus a une durée de vie de 3 heures. "Au-delà, il faut le jeter à la poubelle. Le masque est à usage unique et en aucun cas lavable. Après chaque sortie, dès le retour à la maison, il ne faut pas le manipuler et le jeté car il est potentiellement contaminé", prévient le Dr Parneix. 

Où acheter un masque anti-virus ?

Il vaut mieux acheter un masque chirurgical en parapharmacie ou en pharmacie pour deux raisons : avoir la garantie que le masque soit bien conforme à la norme NF EN 14683 et pouvoir bénéficier des conseils du pharmacien, notamment sur le port du masque. "Évitez de vous procurer des masques chirurgicaux sur Internet sans la mention NF EN 14683 car on n'est jamais sûr de leur efficacité", conclut l'expert. 

Doit-on craindre une pénurie de masque ?

Comme la Chine produit près de 50% des équipements de protection dont des masques et des gants, l'Europe craint une pénurie. "Le niveau de stocks dans l'UE faisait actuellement l'objet d'une évaluation", a indiqué la commissaire chargée de la Santé Stella Kyriakides. Et d'ajouter que "la Commission est "prête à lancer une procédure pour des achats groupés. Nous avons déjà été en contact avec des entreprises dans l'UE pour voir si elles peuvent fournir davantage" d'équipements de protection.

Merci au Dr Pierre Parneix, médecin hygiéniste et praticien hospitalier en Santé publique au CHU de Bordeaux et responsable du Centre d'appui à la prévention des infections associées au soins (CPIAS) de Nouvelle Aquitaine.