Vitamine D : un dosage recommandé en cas d'infection Covid-19

Une étude montre qu'une carence en vitamine D peut augmenter le risque de forme grave du coronavirus, voire de décès. L'Académie de médecine recommande son dosage chez certaines populations. Quels sont les signes d'une carence ? Quels aliments privilégier ? Quels conseils au quotidien pour faire le plein ?

[Mis à jour le dimanche 24 mai 2020 12h43] La vitamine D est essentielle au bon fonctionnement de notre organisme. Plus encore en pleine épidémie de coronavirus pendant laquelle les défenses immunitaires sont très sollicitées. Mais quel rôle joue-t-elle et faut-il se supplémenter pour se protéger de ce virus ?

Vitamine D et coronavirus

Une étude préliminaire publiée sur medrxiv montre que les personnes carencées en vitamine D auraient 15% de risque supplémentaire de développer une forme sévère de la maladie Covid-19 et deux fois plus de risques de décès que les personnes qui ne sont pas carencées. Selon les auteurs, la vitamine D pourrait réduire la gravité du COVID-19 en supprimant la tempête de cytokines (responsables du processus inflammatoire) chez les patients COVID-19.

Ce qu'en pense l'Académie de médecine : dans un communiqué du 23 mai 2020, l'Académie de médecine confirme que cette vitamine module le fonctionnement du système immunitaire par stimulation des macrophages et des cellules dendritiques et "joue un rôle dans la régulation et la suppression de la réponse inflammatoire cytokinique à l'origine du syndrome de détresse respiratoire aigu qui caractérise les formes sévères et souvent létales de Covid-19".  Cependant "la vitamine D ne peut être considérée comme un traitement préventif ou curatif de l'infection due au SARS-CoV-2". Elle recommande :

  • de doser rapidement le taux de vitamine D sérique (c'est-à-dire la 25 OHD) chez les personnes âgées de plus de 60 ans atteintes de Covid-19, et d'administrer, en cas de carence, une dose de charge de 50.000 à 100.000 UI qui pourrait contribuer à limiter les complications respiratoires.
  • d'apporter une supplémentation en vitamine D de 800 à 1000 UI/jour chez les personnes âgées de moins de 60 ans dès la confirmation du diagnostic de Covid-19.

L'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) avait rappelé en avril dernier dans un communiqué l'importance d'un apport suffisant en vitamine D, en l'absence de soleil, particulièrement pour les personnes âgées, les personnes à peau mate voire foncée et les femmes ménopausées. Elle recommande de s'exposer au soleil au minimum 15 minutes par jour pour couvrir ses besoins quotidiens. 

Quels sont les bienfaits de la vitamine D ?

"La vitamine D joue un rôle essentiel dans la structure osseuse ; elle permet de lutter contre la déminéralisation et l'ostéoporose", explique le Dr Yves Fouré, médecin généraliste. En effet, la vitamine D est impliquée dans le fonctionnement du métabolisme osseux. Elle favorise l'absorption intestinale du calcium et du phosphore. Par son action, elle participe à la consolidation des os, à la bonne minéralisation des dents et au renforcement musculaire. La vitamine D3 (cholécalciférol) est la principale forme de vitamine D chez l'homme : elle représente 80 à 90% des apports en vitamine D (à laquelle elle est souvent assimilée). L'autre forme de la vitamine D est la vitamine D2 (ergocalciférol).

Quand faire un dosage en vitamine D ?

Le dosage sanguin de la vitamine D a longtemps été prescrit pour vérifier la bonne assimilation du calcium par l'organisme, notamment chez des personnes souffrant de problèmes osseux et dentaires, et chez les personnes âgées. "Mais aujourd'hui, ce dosage est reconnu comme étant inutile par les études épidémiologiques. En fait, la grande majorité de la population est en déficit de vitamine D, donc ce dosage n'apprend pas grand-chose", explique le Dr Fouré. De fait, la Haute Autorité de Santé a produit un rapport en 2013 dans lequel elle souligne que l'utilité de ce dosage n'a pas été démontrée, dans la plupart des cas. 

La HAS recommande malgré tout le dosage dans ces cas :

  • suivi après une transplantation rénale,
  • suivi après une opération chirurgicale de l'obésité chez l'adulte
  • suivi chez la personne âgée sujettes aux chutes.
  • le dosage peut aussi venir en appui du diagnostic de rachitisme ou de décalcification osseuse, afin de mieux déterminer la cause de ces pathologies, ou encore pour vérifier l'efficacité de certains traitements, contre l'ostéoporose, notamment.

Le soleil reste la principale source de vitamine D

Carence en vitamine D : signes, risques...

Une concentration sanguine en vitamine D inférieure à 20 nanogrammes par mL de sang est considérée comme insuffisante. La carence se définit quant à elle par un taux de vitamine D inférieur à 12 nanogrammes par mL de sang. Une carence en vitamine D peut entraîner

  • Une perte osseuse (liée à une anomalie du développement de l'os) et une augmentation de sa fragilité à l'origine d'un rachitisme et de fractures. Cette diminution de la masse osseuse favorise le risque de fracture. Ce risque est particulièrement élevé lorsque la pratique physique est réduite ou inexistante. 
  • Des douleurs et une faiblesse musculaire peuvent provoquer des chutes chez les personnes âgées.
  • Une carence en vitamine D peut également entraîner un état de fatigue.

Qui est le plus à risque d'être carencé ?

L'insuffisance en vitamine D est très fréquente en France métropolitaine, surtout à la fin de l'hiver et au début du printemps. Selon l'Étude Nationale Nutrition Santé (2012), 80 % des Français seraient concernés. Plusieurs études ont montré que les femmes françaises âgées de plus 50 ans seraient les Européennes les plus carencées en vitamine D. Les déficits sévères sont quant à eux plus rares (environ 5 %) et touchent plus souvent les personnes âgées. "Il faudrait supplémenter toutes les femmes à partir de l'âge de 50 ans, et tout le monde à partir de l'âge de 75 ans. Cela est d'autant plus nécessaire pour les personnes alitées, en Ehpad par exemple", ajoute le Dr Fouré.

Selon l'Anses, le risque de carence en vitamine D est plus élevé chez certaines personnes :

  • les personnes âgées
  • les personnes à la peau mate ou foncée, pour qui la synthèse de la vitamine D via l'exposition au soleil est moins efficace,
  • les femmes ménopausées, dont le bouleversement hormonal peut entraîner une déminéralisation osseuse, ce qui accroît le risque de fracture. 

Vitamine D : dans quels aliments ?

Avec le soleil, l'alimentation est l'autre source d'apport en vitamine D. On la retrouve en grande quantité dans l'huile de foie de morue, par exemple, "mais il faudrait en absorber des litres et des litres pour avoir un apport satisfaisant. Le soleil reste la source la plus riche", fait remarquer notre interlocuteur.  

Les aliments les plus riches en vitamine D sont : 

  • Les poissons gras comme le hareng, la sardine, le saumon ou le maquereau
  • Les abats, particulièrement le foie
  • Le jaune d'œuf
  • Les produits laitiers, notamment ceux enrichis en vitamine D
  • Le beurre et la margarine
  • Le fromage
  • La viande.

L'Anses rappelle qu'il est important de varier et d'équilibrer notre alimentation tout au long de l'année et de consommer régulièrement ces aliments pour couvrir ses besoins journaliers en vitamine D. Le bon repère : consommer deux portions de poissons par semaine, dont une portion de poisson gras. Préférez idéalement le poisson frais, mais si cela n'est pas possible, misez sur les conserves de sardines, harengs, maquereaux au naturel. 

Surdosage en vitamine D

Un surdosage peut avoir des conséquences néfastes pour le coeur et les reins. 

La dose recommandée est d'une ampoule de 100 000 unités tous les deux mois, pendant les périodes de faible ensoleillement (ou 600 à 800 unités par jour). "Paradoxalement, un surdosage en vitamine D peut entraîner une fragilisation des os", indique Yves Fouré. C'est ce qu'on appelle l'hypervitaminose. "Le recours aux compléments alimentaires contenant de la vitamine D peut exposer à des apports trop élevés, ce qui peut provoquer une hypercalcémie - taux élevé de calcium dans la circulation sanguine- entraînant la calcification de certains tissus, et ainsi avoir des conséquences cardiologiques et rénales", complète l'Anses sur son site internet dans son article du 17 avril 2020. Dans tous les cas, le recours aux compléments alimentaires doit se faire sur indication diététique ou médicale.

Le soleil, une source de vitamine D

Le soleil et ses rayons ultraviolets constituent la source principale de vitamine D. " La vitamine D est synthétisée par la peau sous l'action du soleil ; mais attention, une exposition prolongée aux UV augmente le risque de cancer de la peau ", met en garde le Dr Fouré. 

Au printemps, une exposition au soleil de 15 à 20 minutes des mains, des avant-bras et du visage assure l'apport journalier en vitamine D.

Merci au Dr Yves Fouré, médecin généraliste. Sources : "Actualité, Confinement : Assurer un apport suffisant en vitamine D grâce à l'alimentation", Anses, publié le 17 avril 2020.