Lexomil : demi vie, 1/4 pour dormir, est-ce dangereux ?
Pris à tort comme un somnifère, le Lexomil® est une benzodiazépine puissante dont la substance active est le bromazépam. Comment bien l'utiliser ? Quels sont les risques de surdosage ou d'accoutumance ? Le Dr Gérard Macqueron, psychiatre, répond aux questions essentielles sur ce traitement phare.
Qu'est-ce que le Lexomil® et comment agit-il sur l'anxiété ? Sur le sommeil ? Ce médicament, à base de bromazépam, est un anxiolytique largement utilisé, mais qui ne doit pas être consommé à la légère. Du respect de la posologie à la gestion des effets secondaires, le Dr Gérard Macqueron, psychiatre, nous explique tout ce qu'il faut savoir sur ce traitement.
Quels sont les effets du Lexomil ?
Le Lexomil® appartient à la classe des benzodiazépines. Il agit principalement sur le système nerveux central en renforçant l'action du GABA, un neurotransmetteur inhibiteur, ce qui procure des effets anxiolytiques, sédatifs et relaxants.
Générique : quels sont les autres noms du Lexomil ?
Le Lexomil® est disponible sous plusieurs formes génériques : Bromazépam EG, Bromazépam Mylan, Bromazépam Biogaran, Bromazépam Sandoz, Bromazépam Cristers, Bromazépam Zentiva...
Dans quel cas un médecin prescrit-il du Lexomil ?
Le Lexomil® est officiellement autorisé dans les manifestations de l'anxiété même s'il est très souvent pris contre l'insomnie. "L'utilisation du Lexomil devrait être restreinte à deux situations : soit à un trouble anxieux avéré en association avec une psychothérapie et/ou un traitement de fond du trouble anxieux. Lequel paradoxalement s'avère être un antidépresseur notamment sérotoninergique type Prozac® ; soit ponctuellement quand une crise d'angoisse aiguë survient", rappelle le Dr Gérard Macqueron, psychiatre à Paris.
Pourquoi le Lexomil fait-il dormir ? En prendre 1/4 suffit ?
Le Lexomil® a un effet anxiolytique qui diminue les tensions nerveuses, et sédatif qui provoque une relaxation globale du corps ce qui conduit à une sensation de fatigue, voire à l'endormissement. Mais le Lexomil® n'est pas un somnifère et son usage détourné pour dormir peut dégrader la qualité du sommeil plutôt que de l'améliorer. Pour dormir, "on préférera prescrire une benzodiazepine à demi-vie courte (qui reste moins longtemps dans le corps) comme Imovane® ou Havlane® pour une très courte période. C'est-à-dire moins de 4 semaines", explique le psychiatre. Pour éviter les effets sédatifs et la dépendance au Lexomil® mais mieux dormir, certaines personnes se limitent à un 1/4 de comprimé. Attention : ajuster votre dose empêche votre médecin d'évaluer précisément l'efficacité du traitement. Mieux vaut en parler avec lui avant de modifier seul la posologie d'un tel médicament.
Quel est la demi-vie du Lexomil ?
La demi-vie du Lexomil® est en moyenne de 20 heures, ce qui signifie que le corps met 20 heures pour éliminer totalement le médicament après chaque prise. Cette durée explique pourquoi des effets comme une somnolence ou une sensation de brouillard mental peuvent persister le lendemain, surtout en début de traitement. Cette persistance dans l'organisme justifie aussi la nécessité de respecter strictement la posologie prescrite, sans modifier les doses par vous-même. Lors d'un traitement quotidien, le médicament n'a pas le temps d'être totalement éliminé avant la prise suivante. La concentration sanguine se stabilise sur le long terme mais cela justifie un suivi médical strict pour éviter le surdosage.
Peut-on prendre du Lexomil pendant la grossesse ?
L'usage du Lexomil® doit être évité au cours du premier trimestre. "Chez la femme enceinte, des malformations, essentiellement des fentes palatines, ont été signalées. Par ailleurs, en fin de grossesse, il existe un risque pour le nouveau né d'être imprégné par les benzodiazepines (troubles respiratoires, apnée, hypothermie et difficulté à la succion) ou de présenter un syndrome de sevrage (agitation, convulsions). C'est pourquoi il est recommandé de ne pas prescrire de benzodiazepine en fin de grossesse. En outre, du fait de leur passage dans le lait maternel et des effets sédatifs, il convient d'arrêter l'allaitement si leur prescription est indispensable", répond le psychiatre.
Quels effets à l'arrêt de la prise ?
La longue demi-vie du Lexomil® (20 h) explique pourquoi, lors de l'arrêt, les symptômes de sevrage (anxiété rebond, insomnies) ne surviennent pas toujours immédiatement, mais parfois quelques jours après la dernière prise, le temps que la molécule disparaisse totalement de l'organisme. "Ces réactions peuvent être prévenues en favorisant les doses les moins élevées, la prescription sur une durée limitée et une réduction progressive des doses avant l'arrêt définitif du traitement" explique le Dr Gérard Macqueron. Enfin n'oublions pas que des alternatives au Lexomil® et autres benzodiazépines existent. La méditation, la créativité (musique, dance, peinture…) l'activité sportive sont autant de moyens naturels efficaces pour gérer le stress quotidien. En cas de troubles anxieux avérés les TCC sont des thérapies particulièrement efficaces", poursuit le spécialiste.
Peut-on avoir du Lexomil sans ordonnance ?
Non. Le Lexomil® ne peut en aucun cas être délivré sans ordonnance. En raison de sa composition (benzodiazépine), il est classé sur la liste I, ce qui rend la consultation médicale obligatoire. Une ordonnance de Lexomil® n'est pas renouvelable par défaut.
Les contre-indications du Lexomil
Ce médicament ne doit jamais être utilisé dans les situations suivantes :
- Hypersensibilité connue aux benzodiazépines, au principe actif ou à l'un de ses constituants
- Insuffisance respiratoire sévère
- Insuffisance hépatique sévère, aiguë ou chronique
- Myasthénie
- Apnée du sommeil
- Chez le sujet de plus de 65 ans, il est recommandé de diminuer la posologie des benzodiazépines, car il existe un risque d'accumulation et de surdosage.
"Chez le patient toxicomane, le risque de dépendance très fort nous fera éviter au maximum l'utilisation des benzodiazépines", précise le Dr Macqueron.