Hépatite alcoolique : symptômes, quelle espérance de vie ?
L'hépatite alcoolique est une maladie du foie qui se développe à la suite d'une consommation excessive et prolongée d'alcool.
L'hépatite alcoolique touche aussi bien les hommes que les femmes, quel que soit leur âge.
C'est quoi une hépatique alcoolique ?
L'hépatite alcoolique est une inflammation du foie causée par une consommation excessive et prolongée d'alcool. "Il s'agit d'une pathologie aigue contrairement à la cirrhose alcoolique qui est une maladie chronique. Dans le cas de la cirrhose, qui peut également être liée à une consommation importante et prolongée d'alcool, le foie se fibrose et devient dur", nous précise le Dr Sarah Shili, gastro-entérologue et hépatologue. Les personnes atteintes de cirrhose alcoolique sont d'ailleurs plus à risque de développer une hépatite alcoolique si elles poursuivent leur consommation d'alcool. On parle d'une consommation excessive :
- Chez la femme : plus de 40 grammes d'alcool par jour pendant les six mois précédents (1 verre d'alcool équivaut à 10g d'alcool)
- Chez l'homme : plus de 60 grammes d'alcool par jour pendant les six mois précédents.
Quels sont les symptômes d'une hépatite alcoolique ?
Les symptômes de l'hépatite alcoolique peuvent varier en fonction de la gravité de la maladie et des complications éventuelles.
- La fatigue est l'un des symptômes les plus fréquents de l'hépatite alcoolique. En raison du dysfonctionnement du foie, le corps peut avoir du mal à métaboliser les nutriments, ce qui peut entraîner une sensation de fatigue constante, pouvant aller jusqu'à la somnolence
- La jaunisse (jaunissement de la peau et des yeux) : "elle est due à une accumulation de bilirubine, une substance produite lors de la décomposition des globules rouges, en raison de la dysfonction hépatique", précise notre interlocutrice.
- Parfois, un dégout pour l'alcool amenant le patient à se sevrer spontanément.
Comment pose-t-on le diagnostic d'une hépatite alcoolique ?
► Le diagnostic de l'hépatite alcoolique repose sur une évaluation clinico-biologique. Concrètement, "le médecin commence par recueillir l'anamnèse du patient, notamment les antécédents de consommation d'alcool et de symptômes associés. Il pose des questions sur la quantité et la durée de la consommation d'alcool, les symptômes ainsi que d'autres antécédents médicaux".
► Des analyses de sang sont ensuite effectuées : elles vont permettre de mesurer notamment les taux de bilirubine, d'enzymes hépatiques et de prothrombine. Ces tests peuvent révéler des signes d'inflammation et de dysfonctionnement hépatique. Dans l'hépatite alcoolique aigüe, on retrouve de façon classique une élévation modérée des ASAT (aspartate aminotransférase) et des ALAT (alanine aminotransférase) avec un rapport ASAT/ALAT > 2 et une bilirubine > 100 µmol /L.
► Une biopsie du foie peut être pratiquée pour confirmer le diagnostic et évaluer la gravité de l'inflammation et de la fibrose hépatique. Cependant, la biopsie n'est pas toujours nécessaire notamment quand le tableau clinico-biologique est typique.
Outil pour évaluer le pronostic : score de Lille, score de Maddrey
Les scores de Lille et de Maddrey sont deux outils couramment utilisés après le diagnostic pour évaluer la gravité de l'hépatite alcoolique et guider les décisions de traitement.
► Le score de Maddrey est utilisé pour évaluer la gravité de l'hépatite alcoolique aiguë, souligne la spécialiste. Il est basé sur des paramètres sanguins, notamment le taux de prothrombine et la concentration de bilirubine. Un score de Maddrey supérieur à 32 est souvent utilisé comme seuil pour identifier les patients atteints d'une hépatite alcoolique aiguë sévère. Un score élevé suggère une gravité accrue de la maladie et peut influencer les décisions de traitement, telles que l'utilisation de corticostéroïdes.
► Le score de Lille est utilisé pour évaluer la réponse au traitement chez les patients atteints d'hépatite alcoolique aiguë qui ont été traités avec des corticostéroïdes. "Il est calculé au début du traitement et après une semaine de traitement. Il intègre des paramètres tels que l'âge du patient, la bilirubine sérique et le taux de prothrombine", poursuit-elle. Un score élevé à la fin de la première semaine de traitement indique une réponse inadéquate et suggère un risque plus élevé de décès.
Comment soigner une hépatite alcoolique ?
Si le traitement ne fonctionne pas, on l'arrête et une transplantation hépatique peut être envisagée.
La première étape du traitement de l'hépatite alcoolique est l'arrêt complet de la consommation d'alcool, essentiel pour prévenir de nouvelles lésions hépatiques. "Le traitement de première intention consiste à prendre des corticoïdes tels que la prednisolone, pour réduire l'inflammation du foie. La prise est de 40 mg/jour pendant 7 jours", détaille le Dr Shili. Au bout de 7 jours, le score de Lille permet de voir si le patient répond favorablement au traitement. "Si le traitement fonctionne (ce qui est le cas dans environ 75 % des patients), on le poursuit pendant 1 mois. Il sera complété par une prise en charge addictologique et un support nutritionnel. S'il ne fonctionne pas, on l'arrête". Dans ce cas, une transplantation hépatique peut être envisagée. Cela implique de remplacer le foie endommagé par un foie sain d'un donneur. Mais les listes de greffe sont extrêmement longues. L'accès à la transplantation dans ce contexte est très règlementé et nécessite une évaluation pluridisciplinaire et un patient compliant qui n'avait pas connaissance de sa maladie auparavant.
Quelle espérance de vie ?
L'espérance de vie d'une personne atteinte d'hépatite alcoolique dépend de plusieurs facteurs, notamment la gravité de la maladie, la réponse au traitement, l'arrêt de la consommation d'alcool, la présence de complications et la prise en charge médicale. "Si le traitement à base de corticoïdes fonctionne, le patient retrouve l'espérance de vie qu'il avait avant l'hépatite alcoolique. En revanche, si le traitement ne fonctionne pas, il y a un risque de décès à 6 mois dans 75% des cas", conclut le médecin.
Merci au Dr Sarah Shili, gastro-entérologue et hépatologue, à la Polyclinique Bordeaux Nord (33).