Tachycardie de Bouveret : causes, comment arrêter une crise ?

La maladie de Bouveret est une tachycardie jonctionnelle bénigne qui survient généralement chez de jeunes adultes. Elle est due à une anomalie de l'influx nerveux à l'intérieur du cœur. Comment arrêter une crise ? Quels symptômes ? Quel traitement ? Le point avec le Dr Clémence Docq, cardiologue au CHU de Lille.

Tachycardie de Bouveret : causes, comment arrêter une crise ?
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Définition : qu'est-ce que la tachycardie de Bouveret ?

La tachycardie ou maladie de Bouveret tient son nom du Dr Léon Bouveret qui l'a décrite en 1889. "Le terme est entré dans le langage courant mais en cardiologie on parle précisément de tachycardie par réentrée intranodale (TRIN). Il s'agit d'une tachycardie dite jonctionnelle avec une fréquence cardiaque rapide entre 120 à 200 battements par minute, explique le Dr Docq. Il s'agit d'un trouble cardiaque bénin qui survient le plus souvent sur un cœur sain. Il peut survenir à tout âge de la vie mais débute généralement chez l'adolescent ou le jeune adulte. Cette tachycardie ne provoque pas de symptômes graves". Toutefois, la maladie, caractérisée par un emballement du rythme cardiaque, peut être à l'origine d'angoisse pour le patient.

Quelles sont les causes de la maladie de Bouveret ?

La tachycardie de Bouveret est due à une particularité électrique cardiaque. "Elle correspond à un court-circuit au milieu du cœur, entre les oreillettes et les ventricules, dans le nœud atrio-ventriculaire. Normalement, il n'y a qu'un seul chemin électrique à cet endroit. Mais chez certaines personnes, environ 5 à 20 % de la population, on observe une variante soit deux voies de conduction à l'origine du court-circuit qui peut être responsable de l'emballement du cœur", développe le Dr Clémence Docq.

Le stress peut-il être responsable ?

"Chez une personne qui n'est pas sujette à des crises de tachycardie par réentrée intra-nodale, rien n'indique que le stress ou une émotion forte puisse être à l'origine d'une crise. En revanche, il a été décrit que les crises peuvent survenir à l'occasion d'un effort, d'un stress ou être favorisées par la grossesse chez les patients atteints de TRIN", explique notre interlocutrice. 

Quels symptômes doivent alerter ?

La tachycardie de Bouveret survient brutalement et s'arrête brutalement. "La fréquence et la durée sont très variables. Les crises peuvent être très occasionnelles ou quotidiennes et durer de quelques secondes seulement à plusieurs heures", détaille la cardiologue.

Comment confirmer le diagnostic ?

"Si la tachycardie de Bouveret est bénigne, il est important de poser rapidement un diagnostic pour éliminer les autres tachycardies potentiellement plus graves", prévient la spécialiste. La survenue des crises étant ponctuelle, il est rare qu'elle soit observée par un médecin.

A quoi sert l'ECG ?

"L'électrocardiogramme sert à documenter les palpitations. Il est important de faire un électrocardiogramme au moment de la crise mais si on n'y arrive pas on peut utiliser un Holter ECG, un enregistreur de l'électrocardiogramme qu'on peut garder sur soi plusieurs jours voire plusieurs semaines", explique Clémence Docq. En effet, les crises étant d'une fréquence et d'une durée imprévisibles, il peut être difficile de subir un électrocardiogramme au moment de la crise. Si le patient n'a pas pu se rendre aux urgences ou s'il n'est pas arrivé à temps, le Holter ECG permettra de poser le diagnostic.

Comment arrêter une crise ?

Pour ralentir l'influx électrique au niveau du nœud atrio-ventriculaire, trois manœuvres vagales peuvent être réalisées par le patient chez lui :

  • Boire un grand verre d'eau glacée
  • Effectuer une compression de 30 secondes sur le glomus sino-carotidien, situé au niveau du cou sous la mâchoire
  • Effectuer la manœuvre de Valsalva : expirer et déglutir avec le nez pincé et la bouche fermée.

"En cas d'échec des manœuvres vagales, en milieu hospitalier uniquement, une crise peut être interrompue par l'injection intraveineuse de Striadyne. Le médicament va ralentir la conduction électrique dans le nœud atrio-ventriculaire et interrompre le circuit nécessaire au maintien de la tachycardie", ajoute Clémence Docq. 

Quels sont les traitements ?

Un traitement n'est pas toujours nécessaire, cela dépendra de la fréquence des crises, de leur durée et de la manière dont le patient les tolérera. "Le traitement médicamenteux repose sur les anti-arythmiques, parmi lesquels ont trouve les inhibiteurs calciques bradycardisants (Ditiazem ou Verapamil). En cas de crises peu fréquentes, on peut proposer au patient un traitement en dose unique pour arrêter la crise ('pill in the pocket' ou pilule dans la poche). Le patient peut également choisir de prendre quotidiennement le traitement, ce qui a pour objectif de prévenir les récidives des crises", détaille la cardiologue. 

En quoi consiste l'opération ?

En cas de crises symptomatiques et récidivantes, une opération très spécifique peut être réalisée par un rythmologue, le spécialiste du rythme cardiaque. Il s'agit d'une ablation de la voie électrique supplémentaire, appelée "la voie lente", qui s'adresse aux patients qui le souhaitent et/ou qui souffrent de symptômes de plus en plus difficiles à supporter, ce qui peut être le cas quand le patient vieillit ou que la tachycardie est associée à une cardiopathie. "Concrètement il s'agit de couper le court-circuit dans le cœur, cette voie en trop entre l'oreillette et le ventricule. Lors de l'opération, plusieurs manœuvres seront effectuées pour déclencher la crise de tachycardie et repérer le mécanisme. Ensuite, le spécialiste pratique l'ablation de la voie lente en  montant via la veine fémorale un cathéter d'ablation par radiofréquence, note Clémence Docq. Cela fonctionne très bien mais il s'agit d'une technique invasive donc le patient doit avoir été informé au préalable par le cardiologue du bénéfice attendu sur les symptômes et des risques de la procédure".

Peut-on faire du sport ?

La tachycardie peut survenir au repos ou à l'effort et ne provoque pas de symptômes graves chez le patient. Il n'y a donc aucune raison de contre-indiquer la pratique sportive.

Merci au Dr Clémence Docq, cardiologue au CHU de Lille.

Cardiologie-Circulation