Obligation vaccinale Covid: pour qui, date, avantages, effets

Certaines professions comme les soignants ont l'obligation de se faire vacciner contre le Covid à compter du 15 septembre 2021. Quels avantages ? Est-ce que ça va vraiment freiner l'épidémie ? Quels sont les autres vaccins obligatoires en France ? Réponses avec le Pr Dominique Salmon, infectiologue.

Obligation vaccinale Covid: pour qui, date, avantages, effets
© 123rf- michelperes

[Mise à jour le mercredi 15 septembre à 10h38] La vaccination constitue un outil essentiel pour lutter contre la propagation des virus comme le SARS-CoV-2  responsable de l'épidémie de Covid-19. Elle est obligatoire pour certaines professions comme les soignants à compter du 15 septembre 2021. Une étape qui passe mal pour certains Français. Comme l'explique le Pr Dominique Salmon, infectiologue à l'hôpital de l'Hôtel Dieu, et présidente du groupe de travail sur les symptômes prolongés de la Covid-19 de la HAS : "Le fait que ce soit obligatoire pour une certaine catégorie et pas pour une autre n'est pas forcément bien accepté dans une société, cela catégorise les gens." Qui est concerné ? Quels avantages ? Est-ce que ça va vraiment freiner l'épidémie ? Quels sont les autres vaccins obligatoires en France ?

Qui est concerné par l'obligation vaccinale Covid ?

Plusieurs professions sont concernées par l'obligation vaccinale à compter du 15 septembre 2021 dont les soignants, sauf contre-indication médicale reconnue. Pour le Pr Dominique Salmon "elle est justifiée par leur posture : ils ne peuvent pas être potentiellement transmetteurs du virus alors que leur rôle est de sauver la vie des gens". Sont concernés par l'obligation vaccinale : 

  • tous les personnels (y compris administratifs) des établissements de santé et des hôpitaux des armées, des établissements médico-sociaux (Éhpad, USLD, résidences autonomie, structures handicap avec ou sans hébergement et y compris non médicalisées), des établissements sociaux rattachés à un établissement de santé (LHSS, LAM, CSAPA, CAARUD, CLAT, CEGGID) ;
  • les personnels des centres et maison de santé et centres gratuits d'information, de dépistage et de diagnostic ;
  • toutes les professions du livre IV du Code de la santé publique, conventionnées ou non, et professions à usage de titres (médecins, sages-femmes, infirmiers, psychologues, ostéopathes...), ainsi que leurs salariés (par exemple, secrétaires médicales, assistants dentaires) ;
  • les étudiants ou élèves des établissements préparant à l'exercice des professions de santé ;
  • les aides à domicile intervenant auprès des personnes touchant l'APA ou la PCH, dans le cadre de services à domicile ou en tant que salariés des particuliers employeurs ;
  • les personnels des entreprises de transport sanitaire (y compris taxis conventionnés) ;
  • les pompiers (professionnels et volontaires) des services d'incendie et de secours ;
  • les pilotes et personnels navigants de la sécurité civile assurant la prise en charge de victimes ;
  • les militaires des unités investies à titre permanent de missions de sécurité civile ;
  • les membres des associations agréées de sécurité civile ;
  • les personnels des services de médecine préventive et de promotion de la santé ;
  • les personnels des services de santé au travail.
obligation vaccinale covid
Professions concernées par l'obligation vaccinale contre le Covid - Septembre 2021 © Ministère de la Santé

► Ne sont pas soumis à l'obligation vaccinale :

  • les salariés des entreprises extérieures intervenant ponctuellement dans ces lieux, c'est-à-dire de manière non récurrente pour des tâches de très courte durée ; Ces intervenants ponctuels doivent cependant présenter un pass sanitaire.
  • les personnes justifiant d'une contre-indication à la vaccination.

A quelle date ?

Des aménagements sont prévus jusqu'au 15 octobre 2021, comme informe le site Service-Public.fr :

  • jusqu'au 14 septembre 2021 : les professionnels de santé dont le schéma vaccinal n'est pas complet ont la possibilité de présenter un certificat de rétablissement ou un test de non contamination ou un certificat médical de contre-indication qui pourra comprendre une date de validité ;
  • à compter du 15 septembre 2021 et jusqu'au 15 octobre 2021 : les professionnels soumis à l'obligation vaccinale sont autorisés à exercer leur activité à condition de justifier de l'administration d'au moins une des doses requises dans le cadre du schéma vaccinal à plusieurs doses et de présenter le résultat négatif d'un test virologique.

À compter du 16 octobre 2021, les personnes concernées doivent justifier, auprès de leur employeur, avoir un schéma vaccinal complet ou ne pas y être soumises en raison de contre-indication médicale ou d'un rétablissement après une contamination par le Covid-19. Les certificats de contre-indication médicale ou de rétablissement peuvent être présentés au médecin du travail compétent. Ce dernier informe alors l'employeur, sans délai, de la satisfaction à l'obligation vaccinale avec, le cas échéant, la date jusqu'à laquelle le certificat transmis est valide.

Le Journal des Femmes : Est-ce que ça va vraiment permettre de freiner l'épidémie de Covid ?

Pr Dominique Salmon : Oui, la vaccination va incontestablement permettre d'éviter la majorité des formes graves et les admissions en réanimation. À l'heure actuelle, s'il n'y avait pas 63% de la population qui était vaccinée, les réanimations seraient saturées. Certes, il y a toujours beaucoup de cas de contaminations, mais il y a 7 fois moins de patients en réanimation que lors de la première vague (7 000 contre 1 000 aujourd'hui pour toute la France). La vaccination a permis de limiter la casse de façon majeure. Il est tout à fait légitime et compréhensible que le manque de recul sur les vaccins inquiète, mais c'est la seule solution pour arrêter cette épidémie et protéger nos personnes à risque. Si on avait hésité pour la variole ou la poliomyélite, on n'en serait jamais venu à bout.

Le Journal des Femmes : Les vaccins contre le Covid sont-ils efficaces ?

Pr Dominique Salmon : Oui, lorsque les vaccins ont été élaborés pour les souches qui circulaient à l'époque de la première vague, l'efficacité était de plus de 90% contre la COVID, donc très efficace. Avec l'émergence des variants, l'efficacité vaccinale reste très élevée contre le risque de formes graves (85%) et de 90% contre les réanimations, mais a chuté à 40% concernant le risque de contracter la COVID. À priori, les risques sont très faibles et sur les dizaines de milliers de patients inclus dans les essais cliniques, tout s'est bien passé. Il existe quand même des signaux montrant que des effets secondaires exceptionnels existent. Ceci dit, tous les vaccins comportent des risques, même s'ils sont extrêmement faibles. Plusieurs inconnues demeurent : on ne sait pas très bien comment le vaccin fonctionne chez ceux qui ont déjà eu la Covid, chez les immunodéprimés, chez les nouveau-nés. Si les vaccins à ARNm ont été élaborés selon un cahier des charges très strict, ils ont été testés sur une moins grande cohorte qu'à l'accoutumée, et les effets à long terme ne sont pas connus. À court terme, à part quelques cas de myocardites et de fièvre prolongée, il n'y a rien de dramatique. Quant au vaccin Astrazeneca, des cas de thromboses ont été rapportés chez les moins de 55 ans, raison pour laquelle la vaccination avec ce vaccin n'est pas recommandée à cette tranche d'âge.

Le Journal des Femmes : Quand, dans l'histoire de l'humanité, des vaccins ont-ils été rendus obligatoires ?

Pr Dominique Salmon : Les vaccins ont été rendus obligatoires pour des maladies qui étaient considérées comme des fléaux pour l'Humanité et pour lesquelles on a eu un vaccin extrêmement efficace. Le vaccin contre la diphtérie a été imposé en 1938, celui contre le tétanos en 1940 et celui contre la polio en 1964. À ce moment-là, les maladies étaient très graves, très fréquentes et très contagieuses, il a donc fallu prendre cette décision d'obligation vaccinale. Lorsque la décision de rendre obligatoire le vaccin contre la poliomyélite a été prise, c'était une maladie qui laissait de nombreuses personnes paralysées à vie et en conduisait certains à avoir besoin d'une respiration assistée. C'est à cette période que les services réanimation ont ouvert en France. Les fameux poumons d'acier ont été développés pour ces cas de paralysie ascendante qui se multipliaient, les gens n'arrivaient plus à respirer spontanément et passaient plusieurs mois voire plusieurs années assistés par ces machines. Il existait deux vaccins contre le virus de la polio : un vaccin contenant le virus inactivé (VPI) et un vaccin oral (VPO). Dans les pays en développement, la vaccination orale a longtemps été privilégiée, car elle est administrée sous forme de gouttes sur un morceau de sucre dans la bouche des enfants, de village en village. Malgré ses nombreux avantages, le VPO comporte un risque de polyo paralytique associée à la vaccination, en particulier chez le nourrisson, et des cas de paralysies par réversion du virus vaccinal ont été rapportés. Mais l'avantage était majeur, puisque la vaccination a permis d'empêcher la circulation du virus et de diminuer l'incidence de la maladie. En raison de ces risques, et maintenant que l'incidence de la maladie a fortement été réduit, le VPO va être progressivement abandonné dans ces pays pour ne conserver que le VPI.

Le Journal des Femmes : Quels sont les avantages d'une obligation vaccinale ?

Pr Dominique Salmon : La vaccination rendue obligatoire a eu des effets incroyables. Les courbes du tétanos, de la diphtérie et de la poliomyélite ont chuté de plusieurs milliers à moins 10 cas par an pour le tétanos par exemple. En France, aucun cas de poliomyélite acquise n'a été déclaré depuis 1989. La vaccination a permis d'éradiquer certaines maladies comme la variole.

"Un vaccin ne peut être rendu obligatoire que s'il est accessible à l'ensemble de la population"

Le Journal des Femmes : Quelles sont les conditions requises pour décider d'une obligation vaccinale ?

Pr Dominique Salmon : L'obligation vaccinale est assez rare, elle est déterminée par un texte de loi et pour la décréter, il faut au préalable analyser très finement la situation selon plusieurs critères :

"Au regard des critères exigés pour rendre la vaccination obligatoire, tous ne sont pas réunis pour la Covid-19." 

La sévérité de la maladie : la maladie doit être vraiment sévère pour la majorité des personnes, et potentiellement létale.

L'efficacité du vaccin : le vaccin doit être très efficace, quelles que soient les souches responsables de la maladie. Il ne doit y avoir qu'un virus ou une bactérie en cause de la maladie (comme c'est le cas pour le tétanos) ou quelques virus (comme pour la polio), mais le vaccin doit agir sur toutes ces souches.

Une balance bénéfices-risques très positive : cela signifie que, même si la vaccination présente des risques, car il existe toujours des risques même infimes avec tout acte médical ou vaccinal, ceux-ci doivent être très mineurs par rapport aux bénéfices qu'elle comporte. À la fin des essais cliniques, on a une bonne idée de la tolérance des vaccins mais il fait attendre que des millions de personnes soient vaccinées pour évaluer précisément les risques très minimes qui touchent moins de 1 personne sur 1 million.

La disponibilité du vaccin : un vaccin ne peut être rendu obligatoire que s'il est accessible à l'ensemble de la population, y compris à mon avis pour les personnes qui ne sont pas couvertes par l'Assurance Maladie. Car ne pas vacciner des personnes qui n'ont pas d'accès aux soins en France impliquerait de laisser circuler des individus pouvant continuer à contracter et à transmettre la maladie.

Au regard des critères exigés pour rendre la vaccination obligatoire, tous ne sont pas réunis en ce qui concerne la Covid-19. Tous les critères doivent être analysés de façon très précise pour justifier le fait que la vaccination devienne obligatoire. Or, à ce jour, beaucoup d'indicateurs sont réunis mais tous ne sont pas encore au vert. Or, la maladie du Covid est parfois très grave, notamment pour les personnes à risque (âgées, en surpoids hypertendus, insuffisants rénaux…). Elle est considérée comme moins grave chez le sujet jeune et l'enfant, mais on voit récemment de plus en plus de formes graves chez les jeunes, or beaucoup ne pensent qu'à la phase aiguë, sous-estimant le Covid long qui touche 10% des personnes contaminées et les handicaps avec une fatigue prolongée et un brouillard cérébral qui persiste pendant des mois.

Merci au Pr Dominique Salmon, infectiologue à l'hôpital de l'Hôtel Dieu, et Présidente du groupe de travail sur les symptômes prolongés de la Covid-19 de la Haute Autorité de Santé (HAS).

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