Bruit au travail : réglementation, solutions, comment le mesurer ?

Travailler dans un bureau, et plus encore en open space, est parfois difficile à supporter à cause du bruit. Un actif sur deux en poste serait gêné par le bruit au travail selon une étude Ifop. Mesure, solutions, réglementation... Infos et conseils avec le Dr David Bouccara, médecin ORL.

Bruit au travail : réglementation, solutions, comment le mesurer ?
© fizkes

Selon une enquête Ifop-JNA publiée en 2020, un actif sur deux est gêné par le bruit au travail. Le bruit provenant de l'extérieur des locaux, le bruit des imprimantes ou ordinateurs et le bruit des conversations sont les principales sources de gêne. Quel est l'impact du bruit au travail sur la santé ? Sur le cerveau ? Quelle est la réglementation ? Quelles solutions pour ne plus être gêné ? Le Dr David Bouccara, médecin ORL, nous éclaire.

Quelle est la réglementation ? 

Le cadre réglementaire de la prévention des risques liés à l'exposition au bruit est identique à celui de tout autre risque. La prévention des risques professionnels s'appuie sur une démarche dont les principes généraux sont édictés par le Code du travail (article L. 4121-2).

→ "Le risque lié au bruit se décline différemment selon la catégorie socioprofessionnelle et malheureusement le suivi médical est très différent selon les professions", constate le Dr Bouccara. "La réglementation dépend de la structure. D'un côté, il y a tout ce qui relève de l'industrie et du commerce ou des grandes sociétés comme la SNCF, RATP etc, qui développent pour leurs agents des critères d'aptitude. De l'autre côté, on retrouve des indépendants par exemple du spectacle, qui travaillent dans le domaine de la scène, qui eux n'ont habituellement pas de suivi alors qu'ils sont exposés à des risques auditifs importants." 

Les exigences de la réglementation varient en fonction des niveaux d'exposition : le dépassement de certains seuils déclenche une série d'actions à mettre en œuvre par le chef d'entreprise.

Quelles sont les obligations de l'employeur concernant le bruit ? 

"La législation précise l'implication des employeurs afin de protéger leurs employés et de fournir des dispositifs individuels pour les protéger des sons qui leurs sont nuisibles" explique le Dr Bouccara. "Il a aussi pour obligation de dépister tout trouble de l'audition." Selon le Code du travail, l'employeur doit : 

  • Éviter les risques.
  • Évaluer les risques qui ne peuvent être évités.
  • Combattre les risques à la source.
  • Agir sur les conditions et l'organisation du travail (choix des équipements, des procédés, des substances…).
  • Former et informer les salariés sur les risques et leur prévention.
  • Prendre des mesures de protection collective en leur donnant la priorité sur les mesures de protection individuelle.

Une reconnaissance de maladie professionnelle à cause du bruit est-elle possible ? 

"Oui. Le bruit au travail peut engendrer des hypoacousies ou des surdités et peut être reconnu comme maladie professionnelle. Cela dépend de différents paramètres : nature de la profession, durée d'exposition sonore et niveau du déficit auditif" informe l'ORL. 

A savoir : Un travailleur dont l'exposition au bruit dépasse les valeurs d'exposition quotidienne au bruit de 80 dB (A) ou niveau de pression acoustique de crête de 135 dB (C) bénéficie, à sa demande ou à celle du médecin du travail, d'un examen audiométrique préventif. Cet examen a pour objectif le diagnostic précoce de toute perte auditive due au bruit et la préservation de la fonction auditive.

Un bureau tranquille se situe aux alentours de 40 décibels. 

Comment mesurer le bruit au travail ? 

Pour évaluer l'intensité de ses bruits, un sonomètre peut être utilisé. "Il s'agit d'un appareil qui mesure l'intensité sonore en décibels." Les sources de bruit au travail peuvent être de différentes natures. Selon l'enquête Ifop, les trois principales qui sont identifiées par les personnes interrogées sont :

  • Le bruit provenant de l'extérieur des locaux.
  • L'utilisation des matériaux comme l'imprimante.
  • Les conversations téléphoniques.
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Un sonomètre permet de mesure le bruit. © giliglesias

Quel est le niveau sonore acceptable au bureau ? 

"Une valeur habituellement reconnue comme maximale est située aujourd'hui à 80 décibels pendant 8 heures d'exposition" indique le Dr Bouccara. "A titre de comparaison, c'est l'équivalent du bruit d'une rue à grande circulation. 70 décibels équivaut à un bruit de fond d'un grand magasin ou à l'aspirateur et la voix normale lorsque l'on parle est évaluée entre 40 et 50 décibels." Il existe une échelle du bruit, mise à disposition par l'Association de la Journée Nationale de l'Audition. Elle indique qu'à 80 décibels le bruit peut être considéré comme fatiguant et qu'au-delà de ce seuil, une protection auditive est nécessaire. Un bureau tranquille se situe aux alentours de 40 décibels. 

Quels sont les effets du bruit sur le cerveau ?

"Le bruit peut avoir plusieurs effets sur le cerveau" indique l'ORL : 

  • L'un est positif : "Il s'agit d'un élément qui permet de déclencher le signal d'alerte, de se mettre en éveil en cas de situation dangereuse."
  • Les autres sont négatifs : "Un niveau sonore trop élevé peut abîmer l'oreille interne et entraîner des dégâts au niveau des cellules ciliées, ces cellules qui codent des sons. Le bruit a des effets aussi sur d'autres organes comme le cœur et le cerveau et peut créer de l'hypertension, des troubles du sommeil, et une irritabilité."

"De plus, il existe une grande variabilité de la sensibilité aux sons d'une personne à l'autre. Certaines personnes supportent des bruits que d'autres ne vont pas supporter et on ne peut pas différencier les personnes qui sont plus sensibles de celles qui ne le sont pas." 

Quel est l'impact du bruit au travail sur la santé ? 

Le bruit peut avoir des effets néfastes sur plusieurs organes : 

  • Sur l'oreille interne :"Une exposition intense à des bruits risque d'endommager l'oreille interne en abimant les cellules ciliées, ces cellules qui codent des sons. Ainsi, la personne peut avoir des acouphènes : sifflements ou bourdonnements d'oreilles " informe le Dr Bouccara. 
  • Sur le cœur : "Le bruit peut engendrer de l'hypertension artérielle."
  • Sur le cerveau : "Il peut provoquer des troubles du sommeil, de l'anxiété et de l'irritabilité."

Comment gérer le bruit au travail dans un open space ? 

Les open spaces sont des endroits vastes où sont disposés plusieurs bureaux, sans délimitation. Discussions, appels téléphoniques, bruits de pas, de clavier... 73% des personnes se plaignant de bruit au travail expliquent que le bruit perturbe la qualité de leur travail : elles ont plus de mal à exécuter les tâches et ont des difficultés de concentration. 84% jugent que le bruit au travail peut jouer un rôle sur leur santé et leurs comportements (fatigue, nervosité, agressivité, lassitude). Limiter les bruits est donc important. "Il faut que l'employeur pense à la conception des locaux, c'est-à-dire à utiliser des matériaux qui amortissent les sons" indique l'ORL.

Quelles sont les solutions en cas de bruit au travail ?

Plusieurs solutions peuvent atténuer le bruit au travail. Elles peuvent être mises en place par l'employeur et le salarié : 

  • Porter un casque atténuateur de bruit ou des bouchons.
  • Utiliser des matériaux qui amortissent les sons.
  • Concevoir des machines silencieuses.
  • Insonoriser les locaux.

Qui consulter ? 

"En cas d'apparition de symptômes de troubles de l'audition comme la baisse de l'audition, des acouphènes, il est conseillé de consulter le médecin traitant dans un premier temps. C'est lui qui va décider s'il est nécessaire d'aller voir un ORL, spécialiste de l'audition" explique le Dr Bouccara, ORL. 

Source : Institut national de recherche et de sécurité (INRS)

Merci au Dr David Bouccara, médecin ORL. 

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