Vaccin Curevac du Covid : efficacité, principe, quand ?

Le vaccin allemand CureVac pourrait être homologué en juin par l'Agence européenne du médicament. Comment fonctionne ce nouveau vaccin ? Est-ce un vaccin à ARN ? Quelle est son efficacité ? Pour quand en France ? Réponse avec Mouna Champain, directrice médicale de Bayer France.

Vaccin Curevac du Covid : efficacité, principe, quand ?
© Andrea Ronchini/Pacific Press/Shutterstock/SIPA

[Mise à jour le mardi 6 avril à 12h53] Le candidat-vaccin de CureVac est l'un des trois projets de vaccin soutenus par le gouvernement allemand. La Commission européenne a déjà sécurisé près de 405 millions de doses de ce vaccin, sous réserve qu'il soit validé à l'issue de cette phase 3. Il est examiné par l'Agence européenne du médicament depuis le 12 février 2021 et pourrait être homologué en juin. Afin de pouvoir produire le plus grand nombre possible de dose vaccinales, CureVac a d'ores et déjà conclu des partenariats avec des développeurs et producteurs pharmaceutiques : Novartis, Bayer, Wacker et Rentschler, ainsi que le sous-traitant luxembourgeois Fareva. Les sites de Fareva à Idron (Pyrénées-Atlantiques) et Val-de-Reuil (Eure) devraient s'occuper du remplissage et de l'emballage du vaccin CureVac

Quel est le nom du vaccin de CureVac ?

Le vaccin contre la Covid développé par CureVac se nomme CVnCoV.

Quelle est la technologie du vaccin ?

CureVac est une Biopharma allemande, reconnue dans son expertise sur la technologie de l'ARN, initialement beaucoup utilisée en cancérologie, qui a rapidement pu s'adapter en virologie notamment dans la recherche d'un vaccin contre la Covid19. Le vaccin CVnCoV est donc un vaccin à ARN messager, tout comme les vaccins Pfizer et Moderna déjà commercialisés en France. "Les vaccins à ARN messagers, en abrégé ARNm, fonctionnent différemment des vaccins classiques. Avec les vaccins classiques, des agents pathogènes affaiblis, des parties de l'agent pathogène ou des agents pathogènes tués sont injectés au patient. Le système immunitaire réagit alors à ceux-ci avec la production d'anticorps et une réponse immunitaire cellulaire" explique Mouna Champain, directrice médicale de Bayer France. "L'ARN messager est le nom du matériel génétique qui transporte les informations de l'ADN et code pour des protéines. L'ARNm permet ainsi à la personne vaccinée de produire des protéines virales qui seront reconnues par le système immunitaire, et induiront un mécanisme de défense à travers une réponse immunitaire adaptée" précise notre interlocutrice, qui ajoute qu'en aucun cas, la maladie ne peut être déclenchée par ce processus, puisque le vaccin "imite" l'infection virale pour activer le système de défense endogène de l'individu. Il est également important de préciser que l'ARN messager du vaccin n'affecte pas et n'interagit pas avec l'ADN, puisqu'il ne rentre pas dans le noyau cellulaire où se trouve notre ADN. 

Qu'ont montré les essais cliniques ? 

CureVac a débuté la Phase 1 de ses essais clinique le 19 juin 2020. L'objectif de cette première phase était d'une part de trouver la bonne dose vaccinale et d'autre part d'évaluer l'innocuité et l'immunogénicité (capacité à provoquer une réponse immunitaire spécifique) du vaccin. Environ 200 participants ont participé à l'étude. En Septembre 2020, CureVac a débuté la phase 2a au Pérou et au Panama. Le but de l'étude de Phase 2a est d'évaluer la réactogénécité du vaccin, à savoir sa capacité à provoquer des effets indésirables communs (fièvre, douleur au point d'injection etc). Les essais de cette phase sont réalisés sur environ 700 adultes de plus de 60 ans et de 18 à 60 ans. Puis en Décembre 2020, CureVac a lancé une étude randomisée de grande ampleur de phase 2b/3. "Cette étude randomisée chez les adultes de plus de 18 ans permet d'évaluer une dose de 12 microgrammes de vaccin chez un groupe de patients versus un autre groupe de patients qui ont reçu un placebo" explique Mouna Champain. Le but de cette étude est de confirmer l'innocuité, la réactogénécité et l'immunogénécité du vaccin, ainsi que son efficacité sur un large groupe de personnes. "C'est une étude de très large ampleur menée sur 36 mille patients ayant reçu deux doses de vaccin à J1 et J29, sur plusieurs sites en Europe et en dehors de l'Europe" précise la directrice médicale de Bayer. Les patients feront ensuite l'objet d'un suivi régulier pendant 2 ans, afin de recueillir des informations sur le profil de sécurité et la durée de protection apportée par le vaccin. "Les résultats de cette dernière phase sont attendus dans les prochaines semaines, pour une mise à disposition un peu plus tard dans l'année" indique Mouna Champain.

Quelle est sa composition ?

Il s'agit d'un vaccin anti-SARS-CoV-2 à base d'ARNm encapsulé dans des nanoparticules lipidiques (LPN). Il contient un ARNm qui code une version stabilisée de la protéine de pointe (Spike) de SARS-CoV-2 et un composant de nanoparticules lipidiques qui contient des lipides aminés exclusifs et des lipides PEGylés, ainsi que d'autres lipides structuraux.

Quelle efficacité ?

La phase 3 des essais cliniques sur les patients étant actuellement en cours, les résultats ne sont donc pas encore disponibles. "Les résultats intermédiaires sont toutefois encourageants" explique Mouna Champain.

Quand sera-t-il disponible ?  

La phase 3 des études est actuellement en cours, il faut donc en attendre les résultats avant de connaître avec certitude la date de disponibilité du vaccin. "Dans l'hypothèse vraisemblable que le vaccin soit approuvé à l'issue de cette phase, il devrait être disponible au cours du 2è trimestre 2021 en Europe" indique notre interlocutrice. Il est examiné depuis le 12 février par l'Agence européenne du médicament et une homologation est attendue pour juin. 

Où se fera sa production ? 

Pour l'heure, les doses vaccinales du CVnCoV sont fournis par la biotech allemande, au sein de son siège à Tübingen, au sud de Stuttgart. La fabrication à grande échelle du vaccin sera quant à elle assurée grâce à l'expansion des capacités du laboratoire en Europe, notamment grâce à ses différents partenariats : Bayer, Wacker et Rentschler en Allemagne et Fareva en France. Le géant Suisse Novartis, s'est quant à lui engagé à produire pour CureVac l'ARN messager ainsi que la substance médicamenteuse du vaccin. Novartis prévoit ainsi de démarrer la production au 2è trimestre 2021, avec 50 millions de doses en 2021 et près de 200 millions de doses en 2022. Il recourra à une usine en Autriche, à Kundl dans le Tyrol. De son côté, Bayer soutiendra CureVac sur des opérations techniques et de procédure dans les pays au sein de l'Union européenne (UE) et dans certains autres marchés. "Pour ce faire, nous adapterons nos installations pour nous équiper du matériel nécessaire à la production des vaccins au cours de l'année 2021. Nous estimons que les premiers lots issus de la production Bayer pourraient être disponibles vers la fin de l'année 2021" explique la directrice médicale de Bayer. Ce sont près de 160 millions de doses qui devraient être produites pour l'année 2022, sur le site de production mondiale du groupe Bayer, à Wuppertal, près de Cologne. En France, c'est le Groupe Fareva qui se chargera de fabriquer et de conditionner ce futur vaccin contre le SARS-CoV-2. La fabrication se déroulera sur les sites de Val-de-Reuil (Eure) et à Pau (Pyrénées-Atlantiques) du façonnier. Fareva a annoncé que les capacités de production allouées pourront couvrir la fabrication de millions de doses du candidat-vaccin.

Quel prix ?

Les discussions se font entre CureVac et les différentes autorités pour déterminer le prix du vaccin. Il est aujourd'hui couvert par des clauses de confidentialité. "Le prix de CVnCoV devrait se situer dans la même échelle de prix que pour les autres vaccins à ARN messager" indique notre interlocutrice chez Bayer.     

Merci à Mouna Champain, directrice médicale de Bayer France.

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