Facteur V Leiden : transmission, don du sang, mutation

Caractérisé par une mutation génétique fréquente en Europe, le Facteur V Leiden est surtout présent dans les populations vivant au nord du continent. Il accroît le risque d'accidents thrombotiques. Comment l'expliquer ? Comment vivre avec ? Le professeur Ismaïl Elalamy, chef de service d'hématologie biologique à l'Hôpital Tenon, nous répond.

Facteur V Leiden : transmission, don du sang, mutation
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Qu'est-ce que le Facteur V Leiden ?

Le facteur V est "un accélérateur de la coagulation". Il s'agit d'une protéine qui se trouve dans le plasma et qui participe au processus de la coagulation sanguine. Une mutation du gène du facteur V est responsable de la formation d'un facteur V particulier, appelé Facteur V Leiden, Leiden étant la ville aux Pays-Bas où cette mutation a été identifiée en 1994. "La mutation touche un seul acide aminé et elle est responsable d'une insensibilité du Facteur V aux freins naturels de la coagulation sanguine qui ne peuvent plus limiter ou éviter une accélération de la coagulation ", explique Ismaïl Elalamy, hématologue à l'hôpital Tenon à Paris. Ainsi, la formation d'un caillot sera moins contrôlable aboutissant à un caillot plus volumineux, pouvant aboutir à l'obstruction du vaisseau sanguin et engendrer des accidents vasculaires (thrombose, phlébite, embolie pulmonaire, accident vasculaire cérébral). "On pense que cette mutation est apparue des dizaines de milliers d'années et qu'elle serait postérieure à l'apparition de l'Homo Sapiens Sapiens en Afrique. Un groupe d'individus aurait migré vers l'Europe voilà 40 000 ou 50 000 ans et aurait développé la mutation génétique. Cette mutation les aurait ainsi protégés lors de leur migration, leur permettant d'être plus résistants aux hémorragies, en cas de blessure notamment. C'est une mutation fondatrice qu'on retrouve au Néolithique chez les Européens", raconte Ismaïl Elalamy. "Aujourd'hui, la mutation est présente essentiellement chez les caucasiens Européens et elle concerne davantage les populations nordiques". Dans les pays scandinaves, l'incidence du Facteur V Leiden est de 8 à 10%. En France, elle se situe entre 3 et 8 %. En Espagne, elle n'excède pas 1 à 2 %. "Cette mutation n'existe pas en Asie ni en Afrique subsaharienne ni chez les Amérindiens ou les Aborigènes d'Australie", détaille l'hématologue.  

Quand rechercher le Facteur V Leiden ?

Cette anomalie est suspectée en cas de survenue de thrombose de manière inexpliquée, récidivante ou précoce. Les porteurs de cette mutation, qui est la cause la plus fréquente de thrombophilie génétique en France, ont plus de risques de faire des accidents vasculaires récidivants ou une thrombose avant 50 ans. "Il faut rechercher cette mutation lorsque l'on fait un accident thrombotique de manière inopinée, insolite ou si la victime se trouvait dans une situation qui n'était pas réputée thrombogène (un simple voyage prolongé en avion par exemple) ou en cas d'antécédents familiaux documentés et répétés de thromboses ou encore chez une femme ayant eu des fausses couches. Dans ces cas seulement, on recherchera cette mutation génétique", précise notre expert. 

Comment rechercher le Facteur V Leiden ?

Un premier test sanguin dit "de dépistage" peut être pratiqué à la recherche d'une "résistance à la protéine C activée", frein naturel de la coagulation sanguine. Si cette résistance est mise en lumière, il faut alors effectuer un test génétique, via une simple prise de sang, qui confirmera l'existence de la mutation caractéristique. "La recherche de la mutation passe par une étude de l'ADN qui certifiera qu'il y a bien la mutation ponctuelle du gène du Facteur V avec la modification d'un simple nucléotide responsable du remplacement de l'arginine en position 506 par une glutamine, pose Ismaïl Elalamy. Il est recommandé de ne déclencher les études génétiques de thrombophilie que chez ces patients qui ont fait un accident thrombotique de manière insolite à un âge peu avancé ou en cas d'histoire familiale de maladie thromboembolique prouvée. L'étude génétique révèlera aussi si le patient est hétérozygote ou homozygote." Une information importante pour la prise en charge car l'homozygote, porteur des deux exemplaires du gêne mutés, a un risque thrombotique 50 à 80 fois supérieur à la population générale. Un hétérozygote, porteur d'un seul exemplaire du gène muté, a un risque bien plus modéré (2 à 3 fois plus élevé que celui de la population générale).

En cas d'un seul parent hétérozygote, le risque d'avoir un enfant porteur de cette particularité génétique est de 50%.

Comment se transmet le facteur V Leiden ?

Cette mutation est dite "autosomale dominante" car elle est transmise indifféremment chez la femme ou chez l'homme, par la mère et/ou par le père. "Ceux qui ne portent qu'un seul gène muté sont appelés les hétérozygotes, et ceux qui ont les deux gènes mutés, sont dits homozygotes." L'homozygote ne peut être le fruit que de deux parents hétérozygotes, porteurs chacun du gêne muté. En cas d'un seul parent hétérozygote, le risque d'avoir un enfant porteur de cette particularité génétique est alors de 50%.

Quelles seraient les conséquences cliniques du Facteur V Leiden ? 

Responsable d'une coagulation exagérée, le Facteur V Leiden accroit modérément le risque de survenue de thromboses, le plus souvent veineuses, phlébite ou embolie pulmonaire. Plus rarement, le Facteur V Leiden peut être responsable de thrombose cérébrale ou d'infarctus du myocarde. Certaines situations cliniques dites favorisantes sont plus à risque en stimulant la coagulation: "On avertit le patient en lui expliquant que toute situation médicale ou chirurgicale, réputée banale (un alitement prolongé, une immobilisation avec le port d'un plâtre, une infection sévère, une grossesse, une cure de hernie inguinale ou une appendicectomie ...) doit être encadrée par une prévention antithrombotique avec la prescription d'anticoagulant, afin de freiner, de manière pharmacologique, la coagulation sanguine du patient", explique notre expert.  

Quels sont les traitements du Facteur V Leiden ?

Le Facteur V Leiden n'est pas une maladie, on ne le traite pas. L'important est de prévenir ses conséquences thrombotiques, avec l'aide, exclusivement, d'anticoagulants. En évitant l'accident thrombotique veineux, on évite les séquelles du syndromepost-thrombotique, complication chronique fréquente responsable de douleurs, de prurits, d'œdèmes, de crampes, de lourdeurs et même parfois d'ulcères cutanés. Afin de prévenir la thrombose, il faut s'intéresser à l'histoire familiale, recommande Ismaïl Elalamy (phlébites récidivantes, fausses-couches à répétition, prééclampsie…). "C'est un élément d'information essentiel mais il faut aussi s'enquérir des conditions hygiéno-diététiques et environnementales. Dans le cadre d'une histoire personnelle ou familiale particulière, un service comme le nôtre évaluera le risque vasculaire et la probabilité d'avoir une particularité génétique. En fonction des facteurs acquis d'un.e patient.e (sédentarité, alimentation, pilule contraceptive, tabac, surpoids, stress, pollution, diabète, présence de varices...), on évaluera la nécessité d'une stratégie de prévention adaptée et de choix thérapeutiques. Le Facteur V Leiden est finalement un facteur de risque modéré de développer un caillot sanguin. Ce qui est important c'est surtout l'épigénétique avec ses facteurs aggravants ou non et dans lequel cette mutation s'exprimera ou pas", développe l'hématologue. 

Peut-on donner son sang lorsqu'on est porteur du Facteur V Leiden ?

Le Facteur V Leiden n'est pas problématique pour les dons sanguins de globules rouges et de plaquettes. "Par contre, en ce qui concerne le plasma, on n'utilisera pas celui d'un porteur de Facteur V Leiden. Il convient donc de le signaler lorsque l'on donne son sang", recommande Ismaïl Elalamy.

Merci au professeur Ismaïl Elalamy, chef de service d'hématologie biologique à l'Hôpital Tenon.

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