Immunité collective et Covid-19 : définition, pourcentage en France

Selon l'Institut Pasteur, moins de 5% de la population en France serait immunisé contre le coronavirus Sars-CoV-2. Un chiffre bien loin du pourcentage à atteindre pour arrêter l'épidémie. Qu'est-ce que l'immunité collective ? Quels sont les risques avec le déconfinement ?

Immunité collective et Covid-19 : définition, pourcentage en France
© lacheev - 123RF

[Mise à jour le jeudi 14 mai 2020 à 16h58] Parmi les pistes pour contrer une épidémie comme celle du coronavirus figure le principe de l'immunité collective, aussi appelée immunité "de groupe" ou immunité grégaire. Selon une modélisation de l'Institut Pasteur publiée dans la revue Science le 13 mai 2020, 4,4% des Français auraient été infectés, soit 2,8 millions de personnes. Un pourcentage loin d'être suffisantMais qu'est-ce que c'est ? Et est-ce que cela peut marcher en France ?

Définition : c'est quoi l'immunité collective ?

L'immunité collective correspond au niveau de la protection immunitaire d'une population vis-à-vis d'un agent infectieux. Pour atteindre ce niveau, on laisse circuler les gens et ainsi l'agent infectieux jusqu'à ce qu'un certain pourcentage de la population soit infectée. Plus il y a de personnes infectées, plus elles sont censées développer des anticorps contre l'infection et moins elles en contamineront de nouvelles. Avec le temps, cette immunisation collective casse la chaîne de transmission du virus et la maladie s'éteint à terme. Les experts disent en général qu'une immunité collective est acquise quand 50 à 60% d'une population est infectée. 

Quel est l'intérêt de l'immunité collective ?

L'acquisition d'une immunité collective a un double objectif : stopper la propagation de maladies contagieuses et mortelles et protéger les plus fragiles qui ne peuvent être vaccinés contre celles-ci (quand un vaccin existe) : 

  • les nouveau-nés trop jeunes pour être vaccinés,
  • les personnes qui ne peuvent pas se faire vacciner pour des raisons médicales (immunodéficience, greffes d'organes, traitements contre le cancer, réactions allergiques),
  • les personnes dont le système immunitaire est affaibli, comme les personnes âgées. 

Immunité collective en France contre le coronavirus

En déconfinant progressivement la population à partir du 11 mai prochain, la France participe à l'acquisition d'une immunité collective. Petit à petit, des personnes confinées chez elles vont sortir, se retrouver au contact d'autres personnes potentiellement porteuses du virus, être en contact avec le virus et développer des anticorps pour le combattre et s'immuniser. En théorie car en pratique, le directeur général de la Santé déclare le jeudi 23 avril lors d'une audition à l'Assemblée nationale que "nous en sommes très loin". 

4,4% des Français auraient été infectés.

Ce que confirmait le Pr Arnaud Fontanet de l'Institut Pasteur et membre du comité scientifique Covid-19 le 30 avril lors d'une audition au Sénat  "En empêchant la circulation du virus (via le confinement), on a empêché la population de s'immuniser naturellement et de fait dans les zones les plus touchées on a à peu près 10% de la population qui a été infectée alors que dans les moins touchées on descend à moins de 2% (alors qu'il faudrait atteindre 50-60% pour que l'épidémie s'arrête). On ne peut donc pas compter sur l'immunité collective donc il faut maintenir un contrôle très fort du virus". Selon une modélisation de l'Institut Pasteur publiée dans la revue Science, 4,4% des Français auraient été infectés, soit 2,8 millions de personnes. Le Dr Gérald Kierzek, médecin urgentiste à l'Hôtel-Dieu (Paris) rappelait sur le plateau de l'émission Quotidien le 16 avril qu'on aurait les effets du déconfinement "début juin. On verra ce qu'il se passe, s'il faut refermer un petit peu ou beaucoup" ajoutant qu'au "mois de juin "on sera confinés s'il y a une deuxième vague".

Quelle est l'efficacité de l'immunité collective contre le coronavirus ?

Pour l'instant, l'immunité collective n'a pas fait preuve de son efficacité contre l'épidémie de coronavirus.

Pour l'instant, l'immunité collective n'a pas fait preuve de son efficacité contre l'épidémie de coronavirus et les autorités restent sceptiques. Lors d'un point presse le 13 avril, le Dr Mike Ryant, directeur exécutif des programmes d'urgence de l'OMS, a expliqué : "On pourrait s'attendre à ce qu'une personne qui génère une réponse immunitaire avec des anticorps détectables soit protégée pendant un temps" mais "nous ne savons pas quelle est la durée de cette période. Nous pourrions nous attendre à une période de protection raisonnable, mais il est très compliqué de le dire avec un nouveau virus."  Une étude chinoise relayée par le Wall Street Journal le 16 avril et menée à Wuhan, point de départ de la pandémie mondiale, montre par ailleurs que malgré de nombreuses personnes testées positives au virus, trop peu ont développé des anticorps et seraient donc immunisés contre une nouvelle contamination. De plus, l'hôpital Zhongnan de la ville a constaté que seuls 2,4 % de ses employés (3 600 testés) et 2% à 3% des patients récents et autres visiteurs (5 000 testés), y compris les personnes testées avant de retourner au travail, avaient développé des anticorps. "C'est loin de l'immunité collective", a déclaré Wang Xinghuan, directeur de l'hôpital de Zhongnan, pour qui "un vaccin peut être notre dernier espoir".

Quels pays appliquent l'immunité collective contre le coronavirus ?

Certains pays touchés par l'épidémie de coronavirus ont soutenu le principe de l'immunité collective puis se sont rétractés et ont finalement décidé de confiner leur population. A l'image du Royaume-Uni qui a annoncé la fermeture de ses écoles à partir du 20 mars avant de mettre en place un confinement généralisé. D'autres revendiquent toujours cette stratégie même s'ils ont fermé leurs écoles, cafés, restaurants, musées et salles de sport comme les Pays-Bas. En Suède aussi la population n'est pas confinée mais les universités et les lycées sont fermés et les rassemblements de plus de 500 personnes sont interdits. 

Quels sont les risques de l'immunité collective ?

Si l'immunité collective présente des intérêts sanitaires et économiques pour les pays, elle comporte aussi des risques. Principalement en terme de mortalité car en laissant les gens être infectés par un virus pour s'immuniser au fur et à mesure, le taux de létalité peut être très élevé. De plus, si le nombre de personnes infectées n'est pas assez élevé, il peut y avoir une résurgence de la maladie. Or comme l'a rappelé Jérôme Salomon le 23 avril "on ne peut pas se permettre d'avoir à chaque vague d'épidémie des milliers de morts, des milliers de personnes en réanimation." 

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