Immunité collective et Covid-19 : définition, quel taux en France ?

Selon les dernières estimations, l'immunité collective face au coronavirus en France est estimée entre 5 et 15% en fonction des territoires, bien loin des seuils à atteindre pour ralentir l'épidémie. Qu'est-ce que l'immunité collective ? Pourquoi la Suède a misé dessus et quels résultats ?

Immunité collective et Covid-19 : définition, quel taux en France ?
© Alejandro Castelln - 123RF

Parmi les pistes pour contrer une épidémie comme celle du coronavirus figure le principe de l'immunité collective, aussi appelée immunité "de groupe" ou immunité grégaire. Mais qu'est-ce que l'immunité collective ? Quelle efficacité contre un virus ? Et quels risques ?

Définition : c'est quoi l'immunité collective ?

L'immunité collective correspond au niveau de la protection immunitaire d'une population vis-à-vis d'un agent infectieux. Pour atteindre ce niveau, on laisse circuler les gens et ainsi l'agent infectieux jusqu'à ce qu'un certain pourcentage de la population soit infectée. Plus il y a de personnes infectées, plus elles sont censées développer des anticorps contre l'infection et moins elles en contamineront de nouvelles. Avec le temps, cette immunisation collective casse la chaîne de transmission du virus et la maladie s'éteint à terme.

Quel seuil atteindre pour arrêter l'épidémie ?

Les experts disent en général qu'une immunité collective est acquise quand 50 à 60% d'une population est infectée. 

Quel est l'intérêt de l'immunité collective ?

L'acquisition d'une immunité collective a un double objectif : stopper la propagation de maladies contagieuses et mortelles et protéger les plus fragiles qui ne peuvent être vaccinés contre celles-ci (quand un vaccin existe) : 

  • les nouveau-nés trop jeunes pour être vaccinés,
  • les personnes qui ne peuvent pas se faire vacciner pour des raisons médicales (immunodéficience, greffes d'organes, traitements contre le cancer, réactions allergiques),
  • les personnes dont le système immunitaire est affaibli, comme les personnes âgées. 

Immunité collective en France contre le coronavirus : taux

En déconfinant la population, la France participe à l'acquisition d'une immunité collective. Petit à petit, des personnes confinées chez elles sortent, se retrouvent au contact d'autres personnes potentiellement porteuses du virus, sont en contact avec le virus et développent des anticorps pour le combattre et s'immuniser. Mais la marge de progression pour qu'une majorité de la population soit immunisée (il faudrait atteindre 50-60% pour que l'épidémie s'arrête) est encore grande. A la fin du mois de juin 2020, l'immunité collective face au coronavirus est estimé en France, entre 5 et 15% en fonction des territoires, indique le Conseil Scientifique du Covid-19 dans un Avis du 27 juillet 2020. Selon ses membres, "vu la faible circulation du virus sur le territoire français depuis la fin du confinement, il est attendu que l'immunité collective reste très inférieure au seuil des 50% à 70% requis pour empêcher la circulation active du virus. Cette notion est bien sûr à prendre en compte pour les décisions à prendre lors d'une éventuelle survenue d'une deuxième vague"

Quelle est l'efficacité de l'immunité collective contre le coronavirus ?

Pour l'instant, l'immunité collective n'a pas fait preuve de son efficacité contre l'épidémie de coronavirus.

Pour l'instant, l'immunité collective n'a pas fait preuve de son efficacité contre l'épidémie de coronavirus et les autorités restent sceptiques. Lors d'un point presse le 13 avril, le Dr Mike Ryant, directeur exécutif des programmes d'urgence de l'OMS, a expliqué : "On pourrait s'attendre à ce qu'une personne qui génère une réponse immunitaire avec des anticorps détectables soit protégée pendant un temps" mais "nous ne savons pas quelle est la durée de cette période. Nous pourrions nous attendre à une période de protection raisonnable, mais il est très compliqué de le dire avec un nouveau virus."  Une étude chinoise relayée par le Wall Street Journal le 16 avril et menée à Wuhan, point de départ de la pandémie mondiale, montre par ailleurs que malgré de nombreuses personnes testées positives au virus, trop peu développent des anticorps pour être immunisés contre une nouvelle contamination. 

Quels pays appliquent l'immunité collective contre le coronavirus ?

Certains pays touchés par l'épidémie de coronavirus ont soutenu le principe de l'immunité collective puis se sont rétractés et ont finalement décidé de confiner leur population. A l'image du Royaume-Uni qui a annoncé la fermeture de ses écoles à partir du 20 mars avant de mettre en place un confinement généralisé. D'autres ont revendiqué cette stratégie  comme les Pays-Bas tout en décidant de fermer les écoles, cafés, restaurants, musées et salles de sport lors du pic de l'épidémie. En Suède aussi la population n'a pas été confinée mais les universités et les lycées ont été fermés et les rassemblements limités. L'épidémiologiste en chef de la Suède, Anders Tegnell, a assuré le 28 avril au journal américain USA Today "Nous pensons que jusqu'à 25 % des habitants de Stockholm ont été exposés au coronavirus et sont peut-être immunisés. Une enquête récente menée dans un de nos hôpitaux à Stockholm a révélé que 27 % du personnel y est immunisé. Nous pensons que la plupart d'entre eux sont immunisés grâce à la transmission dans la société, et non pas sur le lieu de travail." 

Quels sont les risques de l'immunité collective ?

Si l'immunité collective présente des intérêts sanitaires et économiques pour les pays, elle comporte aussi des risques. Principalement en terme de mortalité car en laissant les gens être infectés par un virus pour s'immuniser au fur et à mesure, le taux de létalité peut être très élevé. De plus, si le nombre de personnes infectées n'est pas assez élevé, il peut y avoir une résurgence de la maladie. Or comme l'a rappelé Jérôme Salomon le 23 avril "on ne peut pas se permettre d'avoir à chaque vague d'épidémie des milliers de morts, des milliers de personnes en réanimation." 

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