Immunité collective et Covid-19 : définition, taux en France, dangers

L'immunité collective casse la chaîne de transmission d'un virus et permet d'éteindre une épidémie. Où en est la France avec le Covid-19 ? Quel seuil atteindre ? Quels sont les dangers de l'immunité collective ? Comprendre.

Immunité collective et Covid-19 : définition, taux en France, dangers
© Bob Edme/AP/SIPA

Parmi les pistes pour contrer une épidémie comme celle du Covid-19 figure le principe de l'immunité collective, aussi appelée immunité "de groupe" ou immunité grégaire. Mais qu'est-ce que l'immunité collective ? Quelle efficacité contre un virus ? Et quels dangers ?

Définition : c'est quoi l'immunité collective ?

L'immunité collective correspond au niveau de la protection immunitaire d'une population vis-à-vis d'un agent infectieux. Une fois ce niveau atteint, l'épidémie s'arrête. Pour l'atteindre, deux options : exposer les gens au virus ou les en protéger (via un vaccin).

→ Dans le premier cas, on laisse circuler les gens et ainsi l'agent infectieux jusqu'à ce qu'un certain pourcentage de la population soit infectée. Plus il y a de personnes infectées, plus elles sont censées développer des anticorps contre l'infection et moins elles en contamineront de nouvelles. Avec le temps, cette immunisation collective casse la chaîne de transmission du virus et la maladie s'éteint.

→ Dans le second cas, l'immunité collective est obtenue en protégeant les individus contre le virus. Les vaccins entraînent notre système immunitaire à produire des protéines qui combattent la maladie (les anticorps), comme lorsque nous sommes exposés à une maladie. Les personnes vaccinées sont protégées contre la maladie en question et ne peuvent pas la transmettre, ce qui brise les chaînes de transmission.

Quel seuil atteindre pour arrêter l'épidémie ?

"Le pourcentage de personnes qui doivent posséder des anticorps pour parvenir à l'immunité collective contre une maladie donnée dépend de chaque maladie", rappelle l'OMS le 15 octobre. Par exemple, l'immunité collective contre la rougeole est obtenue quand environ 95 % d'une ‎population est vaccinée. Les 5 % restants sont protégés du fait que la rougeole ne se propagera pas ‎parmi les personnes vaccinées. Pour la poliomyélite, le seuil est d'environ 80 %. Dans le cadre de l'épidémie Covid-19, les experts ont indiqué qu'il faudrait atteindre des seuils de 50 à 60% de la population infectée. 

Quel est l'intérêt de l'immunité collective ?

L'acquisition d'une immunité collective a un double objectif : stopper la propagation de maladies contagieuses et mortelles et protéger les plus fragiles qui ne peuvent être vaccinés contre celles-ci : 

  • les nouveau-nés trop jeunes pour être vaccinés,
  • les personnes qui ne peuvent pas se faire vacciner pour des raisons médicales (immunodéficience, greffes d'organes, traitements contre le cancer, réactions allergiques),
  • les personnes dont le système immunitaire est affaibli, comme les personnes âgées. 

Quel taux en France contre le Covid-19 ?

A la fin du mois de juin 2020, l'immunité face au coronavirus est estimée en France, entre 5 et 15% en fonction des territoires, indiquait le Conseil Scientifique du Covid-19 dans un Avis du 27 juillet 2020. Ce que confirment les résultats d'analyse de l'enquête EpiCoV (menée sur 135 000 personnes) relayés par l'Inserm le 9 octobre. D'après eux, 4,5 % des français avaient eu un contact avec le coronavirus Sars-CoV-2 au mois de mai 2020. La région où la séroprévalence était la plus élevée est l'Île-de-France (9,2 %), suivie du Grand Est (6,7 %). La plus faible concerne la région Bourgogne-Franche-Comté (1,5 %), suivie de la région Centre-Val de Loire et de la Normandie (1,9 %). 

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Carte montrant le taux de proportion de sujets avec un test sanguin positif au virus Sars-CoV-2, qui reflète un contact passé avec le virus. © Inserm

Quelle est l'efficacité de l'immunité collective contre le coronavirus ?

Pour l'instant, l'immunité collective n'a pas fait preuve de son efficacité contre l'épidémie de coronavirus.

Pour l'instant, l'immunité collective n'a pas fait preuve de son efficacité contre l'épidémie de coronavirus et les autorités restent sceptiques. Lors d'un point presse le 13 avril, le Dr Mike Ryant, directeur exécutif des programmes d'urgence de l'OMS, a expliqué : "On pourrait s'attendre à ce qu'une personne qui génère une réponse immunitaire avec des anticorps détectables soit protégée pendant un temps" mais "nous ne savons pas quelle est la durée de cette période. Nous pourrions nous attendre à une période de protection raisonnable, mais il est très compliqué de le dire avec un nouveau virus."  Une étude chinoise relayée par le Wall Street Journal le 16 avril et menée à Wuhan, point de départ de la pandémie mondiale, montre par ailleurs que malgré de nombreuses personnes testées positives au virus, trop peu développent des anticorps pour être immunisés contre une nouvelle contamination. 

Quels pays appliquent l'immunité collective contre le coronavirus ?

Certains pays touchés par l'épidémie de coronavirus ont soutenu le principe de l'immunité collective puis se sont rétractés et ont finalement décidé de mettre en place des mesures pour limiter la circulation du virus. A l'image du Royaume-Uni qui a annoncé la fermeture de ses écoles à partir du 20 mars avant de mettre en place un confinement généralisé. D'autres ont revendiqué cette stratégie  comme les Pays-Bas tout en décidant de fermer les écoles, cafés, restaurants, musées et salles de sport lors du pic de l'épidémie. En Suède aussi la population n'a pas été confinée mais les universités et les lycées ont été fermés et les rassemblements limités. L'épidémiologiste en chef de la Suède, Anders Tegnell, a assuré le 28 avril au journal américain USA Today "Nous pensons que jusqu'à 25 % des habitants de Stockholm ont été exposés au coronavirus et sont peut-être immunisés. Une enquête récente menée dans un de nos hôpitaux à Stockholm a révélé que 27 % du personnel y est immunisé. Nous pensons que la plupart d'entre eux sont immunisés grâce à la transmission dans la société, et non pas sur le lieu de travail."  In fine, en octobre, la Suède a un taux de décès du Covid-19 de 0.06% de sa population totale, légèrement supérieur à celui de la France (0.05%).

Quels sont les risques de l'immunité collective ?

Si l'immunité collective présente des intérêts sanitaires et économiques pour les pays, elle comporte aussi des risques. Principalement en terme de mortalité car en laissant les gens être infectés par un virus pour s'immuniser au fur et à mesure, le taux de létalité peut être très élevé. "Essayer de parvenir à l'" immunité collective " en laissant se propager librement un virus dangereux serait problématique du point de vue scientifique et contraire à l'éthique, a déclaré l'OMS le 15 octobre. Laisser le virus circuler au sein de populations, quel que soit leur âge ou leur état de santé, revient à laisser libre champ à des infections, des ‎souffrances et des décès inutiles." Or "dans la plupart des pays, la vaste majorité des gens restent sensibles au virus".  

Sources : 

Immunité collective, confinement et COVID-19, OMS, 15 octobre 2020.

Premiers résultats des enquêtes de santé publique de l'Inserm sur la Covid-19 : facteurs de risque individuels et sociaux. Communiqué de presse Inserm 9 octobre 2020.

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