Infection nosocomiale : cause, mode de transmission, symptômes

Contractées lors d'un séjour dans un établissement de santé, les infections nosocomiales toucheraient environ un patient sur 20, bien que ce chiffre soit très difficilement vérifiable. Symptômes, causes, délai d'apparition, traitements... Le point avec le Dr Jean Tafazzoli, médecin généraliste.

Infection nosocomiale : cause, mode de transmission, symptômes
© auremar -123RF

Définition d'une maladie ou infection nosocomiale

Les infections nosocomiales sont des infections contractées lors d'un séjour dans un établissement de santé (hôpital, clinique...). "Il ne s'agit pas d'une définition médicale, mais d'une définition juridique, explique le Dr Tafazzoli, quasiment toutes les maladies infectieuses peuvent être nosocomiales si elles ont été contractées dans un établissement de santé. Il y a donc autant de symptômes, de diagnostics et de traitements que de maladies nosocomiales différentes".

Causes et facteurs favorisant une infection nosocomiale

Elles sont dues à la présence de germes ou bactéries dans l'établissement, et sont transmises de diverses façons : défenses immunitaires fragilisées, propagation par contact cutané ou transmission croisée entre malades ou via le personnel, contamination de l'environnement hospitalier (eau, air, matériel, aliments)... Parmi les raisons qui favorisent le développement de ces infections, plusieurs choses sont à prendre en compte :

• L'hôpital, tout comme notre domicile ou tout autre endroit, possède sa vie bactériologique propre. Si les règles d'hygiènes de base (gants, masques, désinfections du matériel, des surfaces …) permettent de créer une barrière aux infections, elles ne sont pas toujours suffisantes. "Or, lorsqu'un patient se rend dans un hôpital, c'est souvent qu'il est lui-même malade, donc plus fragile qu'en temps normal, avec une immunité probablement affaiblie. Il est mis en contact avec une flore bactérienne différente de la sienne à laquelle il est donc plus sensible, explique le médecin. Statistiquement, il y a plus de chance d'attraper quelque chose à l'hôpital lorsque l'on est malade que chez soi lorsqu'on est en bonne santé."

Les bactéries que l'on trouve à l'hôpital sont en général plus résistantes que celles que nous avons à notre domicile.

• "A l'hôpital, les patients sont généralement sous traitement (chimiothérapie, antibiothérapie, hormonothérapie …). Ces traitements ont tendance à déséquilibrer profondément le microbiote intestinal du patient, ce qui le rend plus vulnérable à une bactérie étrangère possiblement agressive. Il se peut aussi que cette bactérie ait été déjà présente dans le microbiote du patient avant son 'hospitalisation mais ne s'exprimait pas, ajoute le Dr Tafazzoli. Le problème c'est qu'on ne saura jamais si la bactérie a été attrapée à l'hôpital ou avant, mais légalement, l'infection sera classée maladie nosocomiale."

• Avec l'augmentation de l'espérance de vie, il y a de plus en plus de personnes très âgées qui sont porteuses saines de très nombreuses bactéries résistantes avec lesquelles elles ont été en contact durant leur vie. "Lors d'hospitalisation, ces personnes sont susceptibles de transmettre une de ces bactéries à une personne plus jeune, qui ne sera pas immunisée contre elles."

Mode de transmission

La propagation des infections bactériennes peut se faire par contact cutané, aéroportée, par gouttelettes (postillons), transmission orofécale (aux toilettes), transmission croisée entre malades ou via le personnel, ou encore par contamination de l'environnement hospitalier (eau, air, matériel, aliments)...

Quels sont les symptômes d'une infection nosocomiale ?

"L'infection nosocomiale n'est pas une maladie, mais c'est une infection bactérienne ou virale parmi tant d'autres, rappelle le Dr Tafazzoli. Il y a par conséquent autant de symptômes que d'infections nosocomiales possibles." Parmi les infections redoutées, il y a les bacilles multi-résistants, dont par exemple le Clostridium difficile, responsable de diarrhées inflammatoires qui durent plus de 10 jours avec fièvre. "Cette bactérie est compliquée à traiter, elle est résistante et peut créer des lésions importantes dans l'intestin. Elle peut même être létale". Les infections contractées le plus fréquemment par les patients sont souvent des infections urinaires "souvent chez les personnes âgées, à l'hygiène difficilement contrôlable et poly-médiquée". Viennent ensuite les septicémies et les infections de plaies chirurgicales.

Délai d'apparition

Une infection identifiée est considérée comme nosocomiale si elle apparaît au moins 48 heures après l'entrée dans l'établissement. Ce délai est étendu à 30 jours lorsque l'infection a lieu à l'endroit où une opération chirurgicale a été réalisée, et est porté à 1 an en cas de
pose de matériel étranger : prothèse, valve cardiaque, stimulateur cardiaque...

Diagnostic

La démarche diagnostique consistera donc à identifier l'origine et le type d'infection, par un examen clinique et biologique des symptômes avec les examens complémentaires appropriés en cas de besoin.

Traitement

Tout comme les symptômes divergent en fonction des bactéries en présence, la prise en charge médicale des infections nosocomiales varie également d'un patient à l'autre. Ces traitements, souvent des antibiothérapies, sont parfois longs et onéreux et doivent cibler
des germes généralement assez résistants. En cas d'infection nosocomiale, un signalement auprès de l'Agence Régionale de Santé et du CCLIN, une équipe d'hygiène hospitalière doivent être effectués.

Prévention

Aujourd'hui problème de santé et de société majeur, les infections nosocomiales font l'objet d'importantes mesures de prévention dans les structures hospitalières. Une partie de ces infections pourraient être évitées par des mesures simples. Comme l'explique le Dr Tafazzoli, Il y a plusieurs messages à faire passer pour limiter ces infections nosocomiales :

  • Il y a aujourd'hui trop d'affluence dans les services d'urgences : "il faut absolument arrêter d'aller aux urgences pour une entorse, un renouvellement d'ordonnance ou une gastro-entérite." insiste le médecin.
  • Il faut également limiter les visiteurs dans les chambres : "on voit parfois des patients visités par 5 personnes en même temps, c'est tout à fait déconseillé".
  • Attention à l'abus et au mauvais suivi des traitement antibiotiques qui rendent les bactéries de plus en plus résistantes. "Les traitements antibiotiques ne doivent être pris qu'en cas d'infection bactérienne, rappelle le médecin. Par ailleurs, un traitement antibiotique ne doit jamais être interrompu prématurément au risque de créer des résistances."

Merci au Dr Jean Tafazzoli, médecin généraliste à Lyon, président chez MaQuestionMédicale.fr.