Coronavirus, allergie aux pollens : symptômes et recommandations

L'annonce d'un potentiel danger des anti-inflammatoires non stéroïdiens sur l'aggravation de l'infection Covid-19 inquiète les allergiques et asthmatiques traités aux corticoïdes par voie orale. Doivent-ils poursuivre leur traitement ? Comment différencier une allergie aux pollens du coronavirus ? Quelles précautions prendre en plein confinement ? Réponses avec le Dr Albanne Branellec, allergologue à Paris.

Coronavirus, allergie aux pollens : symptômes et recommandations
© Piotr Marcinski-123RF

Les asthmatiques doivent-ils arrêter leur traitement de fond par corticoïdes ?

[Mis à jour le mardi 31 mars à 9h40] L'alerte a été donnée par les autorités sanitaires : la prise d'AINS (ibuprofène) et de corticoïdes pourrait être un facteur d'aggravation de l'infection à Covid-19. Le directeur général de la Santé, le professeur Jérôme Salomon ainsi que le Premier ministre Olivier Véran ont confirmé cette information. Les allergiques et asthmatiques, déjà considérés comme patients à risque en raison d'une pathologie respiratoire sous-jacente, se sont massivement posé la question de savoir s'ils devaient ou non poursuivre leur traitement avec inhalateur aux corticoïdes. "Il est effectivement connu que les AINS, et les corticoïdes facilitent le développement des infections virales, confirme le Dr Branellec. Cependant, dans le traitement de l'asthme, les corticoïdes sont inhalés et non absorbés par voie orale. Ils se déposent sur l'épaisseur de la bronche et sont absorbés par la bronche : c'est très local."

Les corticoïdes pris par voie générale ne sont pas associés à une aggravation des infections au COVID 19

Le problème de ces traitements corticoïdes se pose essentiellement lorsqu'ils sont pris par voie orale et donc non inhalés. "Les recommandations sont très claires sur ce sujet, et tous les spécialistes en asthme et allergies s'accordent à dire que les traitements par inhalateurs doivent être poursuivis" insiste l'allergologue. "Contrairement aux anti-inflammatoires non stéroïdiens, les corticoïdes par voie générale ne sont pas associés à une aggravation des infections au COVID 19" , tient à rétablir l'Association Asthme et Allergie dans un communiqué du 30 mars 2020. Il est donc important de garder la même attitude que d'habitude vis-à-vis des crises et exacerbations d'asthme, et de les traiter par quelques jours de corticoïdes par voie générale. La priorité est de stabiliser l'état respiratoire, dans la mesure où un asthme sous-jacent instable est un réel facteur de risque de complication de toute infection virale, Covid-19 compris. Cela permet également d'éviter plus que jamais les hospitalisations dans ce contexte épidémique (risque de contamination et manque de place en réanimation).

  • Les corticoïdes par voie générale sont : Solupred®, Celestene®, Prednisolone®, Prednisone®.
  • Les corticoïdes en comprimés (par voie orale) pendant quelques jours doivent être pris en cas de déstabilisation de votre asthme comme d'habitude. Mais compte tenu de l'épidémie de coronavirus il est important et indispensable de recontacter votre médecin.
  • "On préconise l'arrêt des corticoïdes par voie nasale, car ils ne sont pas indispensables" ajoute le Dr Branellec.

"Les traitements par inhalateurs doivent être poursuivis"

Quels conseils pour éviter la surinfection d'une allergie aux pollens ?

Le printemps arrive, avec lui les pollens de platanes, de bouleaux et de chêne, à l'origine de nombreuses allergies. Les personnes allergiques ont une sensibilité accrue aux infections virales respiratoires, ce qui en font des patients plus fragiles. "Les patients allergiques aux pollens doivent plus que jamais poursuivre leur traitement de fond en ce moment. Les inhalateurs bien sûr, mais également les antihistaminiques oraux, qui permettent de limiter la libération d'histamine dans l'organisme. C'est en effet cette histamine qui favorise les mécanismes inflammatoires" insiste le Dr Branellec. En cas de manifestations allergiques (rhinite, yeux larmoyants, crises d'éternuement) à l'arrivée des beaux jours, il est donc important de prendre rendez-vous avec un allergologue afin de se faire prescrire un traitement adapté. En période de confinement, la plupart des spécialistes proposent des téléconsultations en ligne sur rendez-vous.

La plateforme téléphonique "Information Coronavirus COVID-19 0 800 130 000" (gratuite) répond aux questions non-médicales.

Le 15 (SAMU) est constitué de médecins régulateurs qui répondent aux questions purement médicales, et sont les seuls susceptibles de déclencher une prise en charge médicale si besoin.

Comment différencier les symptômes d'une allergie et ceux d'une infection au Covid19 ?

La toux sèche ou les problèmes respiratoires liés à l'asthme sont effectivement assez semblables à ceux des premiers symptômes de l'infection au Covid19. "J'ai beaucoup de patients qui s'inquiètent d'avoir attrapé le virus, dès qu'ils se mettent à tousser ou qu'ils ont des troubles respiratoires. Ce qui fait la part des choses c'est le syndrome grippale (douleurs, courbatures) et la présence de fièvre" précise le Dr Branellec. "La fièvre est témoin d'une infection, l'allergie provoque une fatigue mais jamais de fièvre ni de douleurs musculaires."

Quelles mesures de précaution les allergiques et asthmatiques doivent-ils prendre en ce moment ?

En cette période de confinement et à l'arrivée du printemps, les allergiques aux pollens doivent-ils par exemple s'abstenir d'aérer leur appartement ? "Non, surtout pas, une bonne aération est indispensable. En revanche, il faut éviter d'aérer en pleine journée, mais le faire tôt le matin (avant 8h) et tard le soir (après 22h)" précise l'allergologue. En effet, les pollens montent en pleine journée et risquent de contaminer l'intérieur de l'appartement. Quant aux nombreux propriétaires de chats ou chien qui y sont allergiques, ils devront être d'autant plus vigilants pendant cette période de confinement. Les principales recommandations sont :

  • aérer au maximum leur appartement,
  • passer régulièrement l'aspirateur pour éliminer les poils,
  • interdire l'accès de l'animal à la chambre à coucher. "Si l'asthme n'est pas contenu et persiste, il serait plus raisonnable d'envoyer son animal ailleurs pendant cette période de confinement, voire de le donner" ajoute la spécialiste.
  • bien poursuivre leur traitement de fond.

Merci au Dr Albanne Branellec, allergologue à Paris.

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