Victimes du coronavirus en France : âge, région... Qui sont-elles ?

Même si les indicateurs épidémiologiques sont en baisse depuis neuf semaines d'affilée et que l'épidémie semble "contrôlée", le coronavirus fait toujours des victimes. 150 clusters ont été signalés au 2 juin en France. Qui sont les victimes ? Quel âge ont-elles ? Plutôt des hommes ou des femmes ? Des enfants ? Des plus de 60 ans ? Dans quelles régions vivent-elles ? Chiffres et profil-type.

Victimes du coronavirus en France : âge, région... Qui sont-elles ?
© Alena Kratovich - 123RF

[Mis à jour le vendredi 5 juin à 10h17] Depuis neuf semaines consécutives, les indicateurs épidémiologiques de la circulation du coronavirus sont en baisse en France, sauf en Guyane et à Mayotte. Pour autant, l'épidémie continue de faire des victimes. Selon les derniers bilan (du 4 juin au soir), le virus a fait en France près de 152 440 malades et plus de 29 000 décès. Néanmoins, près de 70 000 personnes en sont guéries et sont rentrées à leur domicile. Alors qui est le plus touché par cette pandémie ? Qui en meurt le plus ? A quel âge ? Les plus de 60 ans ou les personnes plus jeunes ? Les enfants sont-ils touchés ? Quels sont leurs symptômes ? Pour pouvoir mieux se protéger, il est important de connaître le profil des personnes à risque. Âge, sexe, facteurs de risque, comorbidités... Portrait-robot des victimes du Covid-19.

Âge, sexe, comorbidités : le profil des personnes contaminées

schéma de surveillance santé publique france
Schéma de la surveillance du COVID-19 coordonnée par Santé publique France © Santé publique France

Parmi les cas confirmés et isolés, selon le bulletin de Santé Publique France du 4 juin :  

  • En semaine 22 (du 25 au 31 mai), le taux de consultations (ou téléconsultations) estimé pour une infection respiratoire aiguë (IRA) était de 17/100 000 habitants en France métropolitaine. Il était inférieur à celui de la semaine 21 (du 18 au 24 mai 2020) : 23/100 000 habitants.
  • Le taux de reproduction R (nombre moyen de personnes infectées par un cas) est estimé à 0.76 (une valeur inférieure à 1 est en faveur d'une tendance à la baisse du nombre de cas de Covid-19) : cela signifie qu'une personne infectée en contamine moins d'une autre et par conséquent, que l'épidémie est en baisse en France. Rappelons que le 15 mars, quelques jours avant le pic de l'épidémie, le R était estimé à 2.8. Il a baissé pendant le confinement et est globalement stable depuis le 11 mai (autour de 0.8). Le taux de reproduction R est inférieur à 1 dans la quasi-totalité des régions. Il est supérieur à 1 en Guyane (R =2,95).
  • 1 625 actes médicaux pour suspicion de COVID-19 ont été enregistrés par les associations SOS Médecins ayant transmis sans interruption sur toute la période. Ce nombre d'actes était en baisse de 26% par rapport à la semaine 21 (2 210 actes), tous âges et par classe d'âge. La majorité des actes concernait les 15-44 ans (56%) et les 45-64 ans (19%)
  • Du 25 au 31 mai, 3 700 passages aux urgences pour suspicion de COVID-19 ont été rapportés par le réseau OSCOUR (diminution de 27% par rapport à la semaine 21) : depuis 9 semaines d'affilée, le nombre de passages aux urgences pour suspicion du Covid-19 diminue.
  • Depuis le 1er mars 2020, 1 475 établissements de santé ont déclaré au moins un cas de COVID-19 hospitalisé. Parmi les 101 932 patients ayant été hospitalisés depuis le 1er mars : l'âge médian était de 72 ans et 54% étaient des hommes
  • Depuis le 16 mars 2020, 4 007 cas graves ont été rapportés par 157 services de réanimation. L'âge moyen des cas était de 66 ans (54% étaient âgés de 65 ans et plus). 73% des cas étaient des hommes. Parmi les cas admis en réanimation, 79% des cas présentaient au moins une comorbidité.
  • Le délai médian d'admission en réanimation suite à l'apparition des premiers signes était de 8 jours.
  • Parmi l'ensemble des cas signalés, 633 décès et 2 125 sorties de réanimation (transferts dans un service hors réanimation ou retours à domicile) ont été rapportés à ce jour. La mortalité, calculée pour ces 2 758 cas dont l'évolution est connue, était de 23%
  • Entre le 1er mars 2020 et le 1er juin, 8 033 signalements rapportaient un ou plusieurs cas de COVID-19 déclarés dans le portail national des signalements de Santé publique France et le portail de l'ARS Ile-deFrance. Il s'agissait de 5 065 (63 %) signalements provenant d'établissements d'hébergement pour personnes âgées (EHPAD, EHPA et autres établissements) et 2 968 (37 %) d'autres établissements médicosociaux (ESMS).
  • Au 3 juin 2020, avec le développement de la capacité diagnostique, un total de 150 clusters (hors Ehpad et milieu familial restreint) ont été rapportés à Santé publique France : 142 clusters en France métropolitaine et 8 dans les départements régions d'outre-mer. Parmi ces clusters, 66% regroupent plus de 5 cas. Ils concernent notamment des personnes en situation de précarité et de vulnérabilité (17% en établissements d'hébergement social et d'insertion, et 6% en communautés vulnérables), des établissements de santé (27%) et plus largement des entreprises (17% entreprises privées et publiques). 77% des clusters ont été évalués de criticité modérée (40%) à élevée (37%).

Voici la répartition des sexes des cas confirmés de Covid-19 admis en réanimation du 16 mars au 31 mai 2020 en France

Sexes Hommes Femmes
Pourcentages 73% 27%

Voici la répartition des âges des cas confirmés de Covid-19 admis en réanimation du 16 mars au 31 mai 2020 en France

Classes d'âge Moins de 15 ans 15-44 ans 45-64 ans 65-74 ans 75 ans et plus
Pourcentages <1 % 8 % 37 % 37 % 18 %

 

Remarque : il existe de valeurs manquantes pour l'ensemble des variables recueillies. Les pourcentages sont arrondis au nombre entier la plus proche, d'où l'éventualité que la total des pourcentages des tableaux soit parfois différent de 100%.

âge répartition victimes coronavirus
Nombre d'actes SOS Médecins par classe d'âge depuis le 24 février en France © Santé publique France

Répartition du nombre de professionnels COVID-19 déclarés, par catégorie professionnelle, depuis le 1er mars au 26 mai 2020, France

Catégorie professionnelle Nombre de cas Pourcentage
Infirmier 8 626 29%
Aide-soignant 7 303 24%
Médecin 2 906 10%
Interne 1 048 4%
Elève 804 3%
Kinésithérapeute 299 1%
Sage-femme 191 1%
Autre professionnel soignant 4 135 14%
Autre professionnel non soignant 3 105 10%
Inconnu 1 841 6%

Décès chez les plus jeunes (bébés, enfants, adolescents)

Selon le dernier bulletin épidémiologique de Santé publique France, 1% des personnes contaminées sont des enfants ou adolescents de moins de 15 ans. Dans tous les cas, un système immunitaire même sain peut être touché par le coronavirus. "Même si les personnes âgées sont les plus touchées, les jeunes gens ne sont pas épargnés. J'ai un message pour les jeunes : vous n'êtes pas invincibles, le virus pourrait vous envoyer à l'hôpital pour des semaines ou même vous tuer. Et même si vous ne tombez pas malades, les choix que vous faites peuvent faire la différence pour quelqu'un d'autre", avait insisté Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur de l'Organisation mondiale de la Santé, lors d'une conférence de presse à Genève, qui a eu lieu à la mi-mars.  Le Dr Pierre Parneix, médecin de santé publique expert sur le Covid-19 explique en effet que la plupart d'entre eux sont peu symptomatiques, voire porteurs du virus sans même le savoir (on dit qu'ils sont porteurs sains). "Ils peuvent en revanche être vecteurs de la maladie, d'où l'importance de ne pas les amener dans une collectivité de gens fragiles, comme les maisons de retraites et de leur apprendre à bien se laver les mains fréquemment" insiste le spécialiste.  

Santé publique France a été informée le 27 avril 2020 par un groupe de pédiatres de l'identification de cas de myocardite avec état de choc cardiogénique survenus en Ile-de-France chez des enfants avec une infection COVID-19 récente. Les symptômes présentés faisaient penser à ceux de la maladie de Kawasaki, mais avec une note inflammatoire et myocardique beaucoup plus marquée.

  • Au 2 juin, 179 signalements de maladies systémiques atypiques pédiatriques confirmées ou suspectées d'être en lien avec le COVID-19 et survenus depuis le 1er mars 2020, ont été rapportés.
  • 93 cas, soit 52%, concernaient des filles. 
  • 25% des cas avaient moins de 3 ans et 75% des cas avaient moins de 11 ans. 

Parmi les plus jeunes victimes :

  • Le 25 mars 2020, une adolescente de 16 ans est décédée des suites d'une contamination au coronavirus à l'hôpital Necker-Enfants malades à Paris. Il s'agit de la première victime mineure en France. 
  • Le 28 mars 2020, un bébé de moins d'un an est décédé des suites d'une infection au Covid-19 aux Etats-Unis, ont annoncé les autorités de l'Etat de l'Illinois. Il s'agit du premier mort infantile du virus aux États-Unis.
  •  Le 29 mars 2020, un adolescent portugais de 14 ans infecté par Covid-19 est décédé à l'hôpital São Sebastião, à Santa Maria da Feira, à 30 km au sud de Porto. 
  • Le 30 mars, un adolescent de 13 ans est décédé au Royaume-Uni, après avoir été "testé positif au Covid-19, placé sous assistance respiratoire et plongé dans un coma artificiel",  a informé le mardi 31 mars l'hôpital dans lequel il était hospitalisé. Il s'agit de la plus jeune victime connue au Royaume-Uni. 
  • Le 31 mars, une adolescente de 12 ans est décédée du Covid 19 en Belgique, ont annoncé les autorités belges. La jeune fille avait de la fièvre depuis trois jours et avait été "testée positive" au coronavirus.
  • Le samedi 4 avril, un enfant de 5 ans est décédé du coronavirus au Royaume-Uni. Selon la BBC, l'enfant souffrait d'une pathologie sous-jacente. Il s'agit de la plus jeune victime du Covid-19 recensée dans un pays d'Europe. 
  • Le vendredi 10 avril, le directeur général de la santé, Jérôme Salomon, a annoncé le décès d'un jeune garçon de 6 ans infecté par le coronavirus en Île-de-France. "Les causes du décès sont multiples" a-t-il précisé. C'est la plus jeune victime du Covid-19 en France. 
  • Le vendredi 29 mai, les autorités suisses ont annoncé, au cours d'une conférence de presse, le décès d'un nourrisson après avoir été infecté par le Covid-19. Il est décédé dans le canton d'Argovie, précise Stefan Kuster, un représentant de l'Office fédéral de la santé publique suisse et a été pris en charge par l'hôpital universitaire de Zurich. 

Âge, sexe, facteurs de risque : le profil des personnes décédées

Depuis le 1 mars 2020 : 10 790 décès transmis électroniquement à Santé Publique France contenaient une mention de COVID-19 parmi les causes médicales de décès renseignées. L'âge médian du décès était de 84 ans et 90% avaient 65 ans et plus. Les hommes représentaient 55% de ces décès. Les régions Ile-de-France, Grand Est et Auvergne-Rhône-Alpes regroupaient le plus grand nombre de décès. Des comorbidités étaient renseignées dans 66% des certificats de décès (7 085 cas). Parmi ces comorbidités : une mention d'hypertension artérielle dans 25% des certificats de décès et une mention de pathologies cardiaques dans 34% des certificats. Sur l'ensemble des décès certifiés, 3% des personnes décédées ne présentaient pas de comorbidité et étaient âgés de moins de 65 ans.

Depuis le 16 mars, 4 007 cas graves ont été rapportés par 157 services de réanimation, Parmi ces cas, il y a eu 2 125 sorties en réanimation (transferts hors réanimation ou retours à domicile) et 633 décès. Parmi les 633 décès : l'âge moyen était de 72 ans, 76% avaient 65 ans et plus, 86% présentaient au moins une comorbidité : les plus fréquemment rapportées étaient une pathologie cardiaque (30%), le diabète (30%), l'hypertension artérielle (40%), un surpoids ou une obésité (31%) et une pathologie pulmonaire (22%). 6 étaient des professionnels de santé et 3 décès ont été rapportés chez des enfants de moins de 18 ans. 

Les taux de décès hebdomadaire (pour 100 000 habitants) sont stables ou en diminution dans la totalité des régions entre les semaines 21 et 22.

Sexe Hommes Femmes
Répartition des personnes décédées en fonction du sexe 55% 45%
Age 0-14 ans 15-44 ans 45-64 ans 65-74 ans 75 ans et plus
Répartition des personnes décédées en fonction de l'âge certifiés par voie électronique du 16 mars au 1 juin (données arrêtées au 26 mai à 13h) en France 0% 1% 9% 15% 75%
Facteurs de risque Avec comorbidités Sans comorbidités
Répartition des personnes décédées en fonction des comorbidités 66% 34%

Taux de mortalité du virus : Au 1er juin 2020, le taux de mortalité du Covid-19 (le nombre de décès rapporté à la population générale) est de : 0.04%. Le taux de létalité en revanche (le nombre de décès par rapport au nombre de cas) est de 17.9%. 

Les maladies à risque

Certaines maladies sous-jacentes augmentent le risque de présenter une forme grave d'infection au Covid-19. On appelle cela des comorbidités. Dans un avis du 10 mars 2020, le Haut Conseil de Santé publique a listé ces pathologies à risque :

  • Maladies cardiovasculaires (hypertension artérielle compliquée, accident vasculaire cérébral, coronaropathie, antécédents de chirurgie cardiaque, insuffisance cardiaque stade NYHA III ou IV)
  • Diabète (diabétiques insulinodépendants non équilibrés ou présentant des complications secondaires à leur pathologie)
  • Maladies chroniques respiratoires (asthme, mucoviscidose...)
  • Insuffisance rénale chronique
  • Cancers (personnes sous traitement)
  • Cirrhose au stade B au moins
  • Infection à VIH non contrôlée
  • Obésité morbide (IMC supérieur à 40kg/m²)

Répartition des décès selon les comorbidités du 1er mars au 25 mai (Santé publique France)

Comorbidité Pourcentage des décès
Obésité ou surpoids 6 %
Diabète 16 %
Pathologie respiratoire 13 %
Pathologie cardiaque 34 %
Hypertension artérielle 25 %
Pathologie neurologique 9 %
Pathologie rénale 12 %
Immunodéficience 2 %

NB : le total des pourcentages du tableau est supérieur à 100% car les victimes décédées en réanimation pouvaient présenter plusieurs comorbidités en même temps. 

Pour les personnes atteintes de cancer : la Ligue contre le cancer a mis en place un numéro vert (0800 940 939) pour répondre aux questions des malades. "Vous êtes en traitement. Beaucoup de ces traitements peuvent diminuer vos défenses immunitaires et vous fragiliser. Vous ne devez cependant pas interrompre vos soins", recommande l'association qui publie une liste de conseils sur son site

Chiffres et statistiques mis à jour le vendredi 5 juin 2020 à 10h07 avec le point épidémiologique hebdomadaire du 4 juin 2020 du Covid-19 de Santé publique France. Ce bilan est basé sur les données épidémiologiques de surveillance du COVID-19 (SARS-CoV-2) rapportées à Santé publique France jusqu'au 1er juin 2020 à 13h.

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