Pourquoi le coronavirus est-il dangereux ?

Plus l'épidémie de coronavirus s'accélère en France, plus l'inquiétude monte. Pourquoi ce virus est autant dangereux pour l'homme ? Quels sont ses principaux dangers ? Pour quelles personnes ? Réponses d'immunologues.

Pourquoi le coronavirus est-il dangereux ?
© Elizaveta Galitckaia - 123RF

C'est un fait : le coronavirus a déjà fait plus d'un million de morts à travers le monde et le bilan ne cesse de s'alourdir dans la majorité des pays dont la France où l'épidémie de Covid-19 s'aggrave. Point sur les inquiétudes et chiffres à date.

Quel est le taux de mortalité du coronavirus ?

Le taux de mortalité du coronavirus est de 2%, supérieur à celui de la grippe qui est de 1 pour 1000 mais bien moindre que celui du Sras qui était de 10%. Comme nous le disait le Dr Gérald Kierzek récemment "la mortalité en elle-même n'est pas énorme, individuellement elle est de 0 à 1 %, c'est pas Ebola, c'est pas la peste, en revanche collectivement il y a un taux de pénétration, un taux d'attaque, dans la population extrêmement élevé, il est très contagieux".

Combien de cas graves ?

Les scientifiques s'accordent à dire que 80% des cas de coronavirus sont sans gravité, 15% sont considérés comme sévères et 5% sont jugés graves. "Parmi ces 5%, la moitié a un risque de décès, déclare le Dr Grégoire Cozon, immunologue au CHU de Lyon.. Nous nous retrouvons dans la même situation que la grippe espagnole de 1918 qui avait fait entre 50 et 100 millions de morts dans le monde parce qu'elle s'était répandue sur une population qui n'avait jamais vu ce virus-là".

"Personne n'a encore de mémoire immunitaire contre ce virus et tout un chacun est susceptible d'être infecté"

Pourquoi est-il si dangereux ?

"Le Covid-19 est dangereux dans la mesure où il touche une population qu'il n'avait jamais rencontrée auparavant. Personne n'a encore de mémoire immunitaire contre ce virus et tout un chacun est susceptible d'être infecté. Le problème, c'est qu'on n'a pas d'anticorps ni de cellules cytotoxiques spécifiques du virus pour y faire face. Or, comme tout virus qui va infecter une population, il y a toujours des gens qui sont plus faibles que d'autres et qui ne vont pas être capables de s'en défendre efficacement. À titre de comparaison, les virus actuels de la grippe sont beaucoup moins graves parce qu'une proportion importante de personnes y a déjà été confrontée ou a été vaccinée et en a une mémoire immunitaire protectrice. Néanmoins, il faut savoir que la grippe cause entre 5000 et 10.000 morts chaque année en France, même parfois chez des personnes qui sont vaccinées parce que leur système immunitaire est affaibli et ne réagit pas suffisamment. Des chercheurs chinois ont démontré que les formes graves d'infection à coronavirus touchaient essentiellement les personnes de plus de 80 ans avec une décroissance du pourcentage de formes graves chez les sujets plus jeunes", remarque le Dr Crozon.

18% des patients admis en réanimation ont moins de 65 ans.

A quel âge est-il le plus dangereux ?

Parmi les 1 325 cas graves hospitalisés en réanimation et rapportés en France entre le 16 mars et le 2 avril, l'âge moyen des cas était de 64 ans (21% étaient âgés de 75 ans et plus). L'âge moyen des personnes décédées était de 74 ans. Les patients de 65 ans et plus comptent pour 57% des patients admis en réanimation pour COVID-19 et 90% des patients décédés. "Les données issues des différentes surveillances montrent que les enfants et les adolescents sont relativement épargnés par cette épidémie" confirme Santé Publique France dans son bulletin du 2 avril. Néanmoins, il faut noter que 18% des patients admis en réanimation et presque 3% des patients COVID-19 décédés sont âgés de moins de 65 ans et que sur les 1325 cas graves rapportés, 4 sont des femmes enceintes. 

Plus graves chez les hommes ?

Sans que les scientifiques sachent encore pourquoi, les hommes semblent plus gravement touchés que les femmes par le coroanvirus Sars-CoV-2. Selon les chiffres de Santé Publique France du 2 avril, 977 hommes en état grave de COVID-19 sont recensés en réanimation entre le 16 mars et le 29 mars 2020 en France, contre 341 femmes. Et 59% des certificats de décès enregistrés entre le 1 et le 31 mars concernent des hommes.

Personnes les plus à risque

La majorité des cas graves du coronavirus en France, hospitalisés en réanimation, présentent au moins une comorbidité. Les deux comorbidités les plus fréquemment rapportées sont le diabète (24%) et une pathologie cardiaque (21%).

Les personnes les plus à risque de développer une forme grave d'infection au coronavirus

  • personnes âgées de 70 ans et plus (même si les patients entre 50 ans et 70 ans doivent être surveillés de façon plus rapprochée) ;
  • patients présentant une insuffisance rénale chronique dialysée, insuffisance cardiaque stade NYHA III ou IV
  • les malades atteints de cirrhose au stade B au moins
  • les patients aux antécédents (ATCD) cardiovasculaires : hypertension artérielle, ATCD d'accident vasculaire cérébral ou de coronaropathie, chirurgie cardiaque ;
  • les diabétiques insulinodépendants ou présentant des complications secondaires à leur pathologie (micro ou macro angiopathie) ;
  • les insuffisants respiratoires chroniques sous oxygénothérapie ou asthme ou mucoviscidose ou toute pathologie chronique respiratoire susceptible de décompenser lors d'une infection virale ;
  • les personnes avec une immunodépression :
    • médicamenteuses : chimiothérapie anti cancéreuse, immunosuppresseur, biothérapie et/ou une corticothérapie à dose immunosuppressive,
    • infection à VIH non contrôlé avec des CD4 <200/mn3
    • consécutive à une greffe d'organe solide ou de cellules souche hématopoïétiques,
    • atteint d'hémopathie maligne en cours de traitement,
    • présentant un cancer métastasé.
  • Les femmes enceintes à partir du 3e trimestre
  • Les personnes présentant une obésité morbide (indice de masse corporelle > 40kg/m2 : par analogie avec la grippe A(H1N1)

Comme pour beaucoup de maladies infectieuses, les personnes souffrant de maladies chroniques (hypertension, diabète), les personnes âgées (plus de 70 ans), immunodéprimées ou fragiles présentent un risque plus élevé. Dans les cas plus sévères, la maladie peut entraîner un décès.

" Si vous avez brutalement 5% de formes graves sur 65 millions de personnes, cela va faire beaucoup de monde dans les hôpitaux. "

Se confiner pour retarder la progression du virus

Si nous continuons à vivre normalement, dans 1 à 2 mois, toute la France sera touchée. Les mesures de confinement sont indispensables pour ralentir la progression de la pandémie et éviter que toutes les formes graves n'engorgent simultanément les services de réanimation. " Si vous avez brutalement 5% de formes graves sur 65 millions de personnes, cela va faire beaucoup de monde dans les hôpitaux. De plus, il faut songer aux soignants qui seront infectés et qui ne pourront pas, au moins temporairement, soigner les gens ", explique le Dr Grégoire Cozon, médecin généraliste à Lyon. Ce confinement va également libérer du temps pour tester diverses molécules contre le coronavirus et avancer sur un vaccin. Un essai baptisé Discovery a été lancé en mars par l'Inserm pour tester 4 molécules de traitements. "Plus on va retarder la progression du virus, plus on aura de réponses sur l'efficacité ou non de ces traitements que l'on pourra proposer à ceux qui ne seront infectés que dans deux mois", se réjouit le spécialiste.

Merci au Dr Matthieu Lafaurie, infectiologue à l'Hôpital Saint-Louis (Paris) et au Dr Grégoire Cozon, médecin généraliste à Lyon.

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