Dangers du coronavirus : lesquels, chez qui, taux de mortalité ?

Le coronavirus a fait plus des milliers de morts dans le monde et près de 30 000 en France. Il est très meurtrier. Quelle est la part de cas graves ? Le taux de mortalité ? Pourquoi touche-t-il plus d'hommes ? Et quelles personnes particulièrement ? Réponses d'immunologues.

Dangers du coronavirus : lesquels, chez qui, taux de mortalité ?
© Dmytro - 123RF

C'est un fait : le coronavirus a déjà fait plus de quatre millions de malades à travers le monde et le bilan ne cesse de s'alourdir dans la majorité des pays dont la France où l'épidémie de Covid-19 a déjà tué près de 30 000 personnes. Point sur les inquiétudes et chiffres à date.

Quel est le taux de mortalité du coronavirus ?

Le taux de mortalité du coronavirus est de 2 à 3%, supérieur à celui de la grippe qui est de 1 pour 1000 mais bien moindre que celui du Sras qui était de 10%. Comme nous le disait le Dr Gérald Kierzek récemment "la mortalité en elle-même n'est pas énorme, individuellement elle est de 0 à 1 %, c'est pas Ebola, c'est pas la peste, en revanche collectivement il y a un taux de pénétration, un taux d'attaque, dans la population extrêmement élevé, il est très contagieux".

Combien de cas graves ?

Les scientifiques s'accordent à dire que 80% des cas de coronavirus sont sans gravité, 15% sont considérés comme sévères et 5% sont jugés graves. "Parmi ces 5%, la moitié a un risque de décès, déclare le Dr Grégoire Cozon, immunologue au CHU de Lyon.. Nous nous retrouvons dans la même situation que la grippe espagnole de 1918 qui avait fait entre 50 et 100 millions de morts dans le monde parce qu'elle s'était répandue sur une population qui n'avait jamais vu ce virus-là".

"Personne n'a encore de mémoire immunitaire contre ce virus et tout un chacun est susceptible d'être infecté"

Pourquoi est-il si dangereux ?

"Le Covid-19 est dangereux dans la mesure où il touche une population qu'il n'avait jamais rencontrée auparavant. Personne n'a encore de mémoire immunitaire contre ce virus et tout un chacun est susceptible d'être infecté. Le problème, c'est qu'on n'a pas d'anticorps ni de cellules cytotoxiques spécifiques du virus pour y faire face. Or, comme tout virus qui va infecter une population, il y a toujours des gens qui sont plus faibles que d'autres et qui ne vont pas être capables de s'en défendre efficacement. À titre de comparaison, les virus actuels de la grippe sont beaucoup moins graves parce qu'une proportion importante de personnes y a déjà été confrontée ou a été vaccinée et en a une mémoire immunitaire protectrice. Néanmoins, il faut savoir que la grippe cause entre 5000 et 10.000 morts chaque année en France, même parfois chez des personnes qui sont vaccinées parce que leur système immunitaire est affaibli et ne réagit pas suffisamment. Des chercheurs chinois ont démontré que les formes graves d'infection à coronavirus touchaient essentiellement les personnes de plus de 80 ans avec une décroissance du pourcentage de formes graves chez les sujets plus jeunes", remarque le Dr Crozon.

18% des patients admis en réanimation ont moins de 65 ans.

A quel âge est-il le plus dangereux ?

Dans son point épidémiologiques du 7 mai, Santé Publique France indique que les personnes âgées de 65 ans et plus sont fortement touchées par cette épidémie : elles représentent 53% des patients hospitalisés en réanimation et plus de 92% des décès. A l'opposé, les données de surveillance montrent que les enfants restent peu touchés par l'épidémie de SARS-CoV-2 et représentent moins de 1% des patients hospitalisés et des décès.

Plus graves chez les hommes

Sans que les scientifiques sachent encore pourquoi, les hommes semblent plus gravement touchés que les femmes par le coronavirus Sars-CoV-2. Selon les chiffres de Santé Publique France du 7 mai, depuis le 16 mars 2020 : 3 575 cas graves de Covid-19 ont été rapportés par 151 services de réanimation. 73% étaient des hommes ; l'âge moyen des patients était de 63 ans. Parmi les certificats de décès rédigés par voie électronique et transmis à Santé publique France depuis le 1er mars 2020, les hommes représentaient 55% de ces décès. 

Personnes les plus à risque

La majorité des cas graves du coronavirus en France, hospitalisés en réanimation, présentent au moins une comorbidité. Les deux comorbidités les plus fréquemment rapportées sont le diabète (24%) et une pathologie cardiaque (21%).

Les personnes les plus à risque de développer une forme grave d'infection au coronavirus

  • personnes âgées de 70 ans et plus (même si les patients entre 50 ans et 70 ans doivent être surveillés de façon plus rapprochée) ;
  • patients présentant une insuffisance rénale chronique dialysée, insuffisance cardiaque stade NYHA III ou IV
  • les malades atteints de cirrhose au stade B au moins
  • les patients aux antécédents (ATCD) cardiovasculaires : hypertension artérielle, ATCD d'accident vasculaire cérébral ou de coronaropathie, chirurgie cardiaque ;
  • les diabétiques insulinodépendants ou présentant des complications secondaires à leur pathologie (micro ou macro angiopathie) ;
  • les insuffisants respiratoires chroniques sous oxygénothérapie ou asthme ou mucoviscidose ou toute pathologie chronique respiratoire susceptible de décompenser lors d'une infection virale ;
  • les personnes avec une immunodépression :
    • médicamenteuses : chimiothérapie anti cancéreuse, immunosuppresseur, biothérapie et/ou une corticothérapie à dose immunosuppressive,
    • infection à VIH non contrôlé avec des CD4 <200/mn3
    • consécutive à une greffe d'organe solide ou de cellules souche hématopoïétiques,
    • atteint d'hémopathie maligne en cours de traitement,
    • présentant un cancer métastasé.
  • Les femmes enceintes à partir du 3e trimestre
  • Les personnes présentant une obésité morbide (indice de masse corporelle > 40kg/m2 : par analogie avec la grippe A(H1N1)

Comme pour beaucoup de maladies infectieuses, les personnes souffrant de maladies chroniques (hypertension, diabète), les personnes âgées (plus de 70 ans), immunodéprimées ou fragiles présentent un risque plus élevé. Dans les cas plus sévères, la maladie peut entraîner un décès.

Merci au Dr Matthieu Lafaurie, infectiologue à l'Hôpital Saint-Louis (Paris) et au Dr Grégoire Cozon, médecin généraliste à Lyon.

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