Vaccin anti coronavirus : quelles avancées, et quand sortira-t-il ?

La course aux vaccins contre le coronavirus se poursuit. La Chine accélère le processus d'évaluation clinique du vaccin candidat Covid-19 et passe au test de phase II sur l'humain. Tandis que le laboratoire américain Moderna a annoncé obtenir une réponse immunitaire sur 8 de ses 45 patients en phase I. En France, Sanofi demande plus d'investissement de l'Europe. Le point sur les avancées, à date.

[Mise à jour le mardi 26 mai 2020 à 17h57] Alors que l'épidémie de coronavirus continue de faire des victimes en France et dans le monde, les recherches avancent sur la mise au point d'un vaccin dans un esprit de compétition palpable entre grands laboratoires pharmaceutiques et entre pays. Vendredi 22 mai, le laboratoire chinois CanSino Biologics fait part des résultats prometteurs de son vaccin recombinant à adénovirus de type 5 (Ad5), en obtenant un "début" d'immunité chez l'humain (108 participants) : "Les anticorps ELISA et les anticorps neutralisants ont augmenté de manière significative au jour 14 et ont culminé 28 jours après la vaccination" indique Wei Chen, l'auteur principal de l'étude parue dans la revue médicale de référence TheLancet. Les essais sont désormais passés en phase II. Quelques jours auparavant, le 18 mai, le laboratoire américain Moderna, premier groupe à avoir lancé un essai clinique en vue de la conception d'un vaccin, a lui aussi dévoilé des "données intérimaires positives" de la phase initiale de ses essais cliniques sur 45 personnes volontaires. Une réponse immunitaire a été identifiée chez 8 d'entre eux, d'après un communiqué du laboratoire. La phase 2 des essais cliniques doit démarrer prochainement et la dernière phase de test est prévue quant à elle pour juillet. La Chine, qui avait quelques mois d'avance, a annoncé le 15 mai avoir démarré des essais cliniques sur cinq vaccins issus de leurs recherches, inoculés à 2 575 volontaires. Le passage à la phase II de ces essais cliniques pourrait produire ses résultats en juillet annonce les autorités chinoises. Il s'agit de la deuxième des trois étapes des tests sur l'homme à valider avant toute commercialisation. Aucune date de commercialisation n'a toutefois été avancée par la Chine. Lancé dans la course, le fabricant français Sanofi a maladroitement annoncé le 13 mai, que s'il trouvait en premier le vaccin anti coronavirus (utilisable d'ici 18 à 24 mois), la primeur serait pour les Etats-Unis qui ont financièrement beaucoup investi dans leur recherche. Edouard Philippe et Emmanuel Macron ont réagi dés le lendemain, en rappelant qu'un tel vaccin "devra être un bien public mondial" et que "l'égal accès de tous au vaccin n'est pas négociable.". Selon les dernières déclarations de l'Agence européenne du médicament (EMA), la création d'un vaccin contre le Covid-19 d'ici à un an relève d'un "scénario optimiste". Fin mars, l'EMA avait déjà estimé dans un communiqué "qu'il pourrait s'écouler au moins un an" avant qu'il ne soit prêt et disponible en quantités suffisantes. Ce qu'avait confirmé le Premier ministre Edouard Philippe le 19 avril sur Twitter : "Pas de vaccin avant 2021." Une cinquantaine de vaccins ont été initiés dans le monde.

Fabrication d'un vaccin : les grandes étapes

Les équipes de chercheurs avancent sur l'élaboration d'un vaccin contre le nouveau coronavirus, mais toutes sont unanimes : il va falloir plusieurs mois pour le mettre au point, il ne permettra donc pas d'enrayer l'épidémie de coronavirus actuelle. En effet, il ne suffit pas seulement de trouver la bonne formule, le vaccin doit ensuite être testé sur les animaux, puis sur les humains et ce, à chaque étape de son processus de fabrication. Au total, il faut compter entre 6 et 36 mois pour la production, le conditionnement et la livraison auprès des différents pays concernés qui vont à leur tour effectuer des contrôles de qualité. "Obtenir un vaccin efficace, non toxique et donc utilisable prend des mois voire plusieurs années. Cette épidémie va cependant permettre d'accélérer peut-être la mise au point d'un vaccin actif sur coronavirus, celui découvert à Wuhan en 2019 ou d'autres (comme on a déjà vu il y a 10 et 20 ans avec le SRAS et le MERS) ou au moins aider à optimiser la technique et le ciblage sur coronavirus", commente Mathieu Lafaurie, infectiologue à l'hôpital Saint-Louis.

"L'efficacité d'un vaccin ne peut se démontrer que sur le long terme."

Vaccin contre le coronavirus : quelle efficacité ?

Selon un porte-parole du service du Pr Didier Raoult, Directeur de l'IHU Méditerranée Infection, il n'est pas raisonnable de penser que le vaccin est une solution à court terme : "L'efficacité d'un vaccin ne peut se démontrer que sur le long terme. Il faut que des personnes vaccinées et non vaccinées contre le virus aient été exposées dans une zone à risque pour que l'on puisse démontrer que la population vaccinée a été moins touchée que la population non vaccinée. Or, cela demande nécessairement un temps long". Mais même si l'"on sait que la mise au point d'un vaccin, via les approches classiques, nécessite environ 18 mois, rétorque Nicolas Manel, directeur de recherche à l'Inserm au sein de l'unité "Immunité et cancer" de l'Institut Curie, la (relative) bonne nouvelle concernant ce virus, c'est qu'il est très stable génétiquement (à l'inverse du VIH par exemple) et les vaccins actuellement en cours de développement devraient être efficaces plusieurs mois, voire plusieurs années. Le virus va circuler par vague et pour les prochaines, nous disposerons du vaccin qui devrait nous permettre de circonscrire l'épidémie" assure l'expert dans un communiqué du 8 avril.

Pas de vaccin avant 2021, confirme Edouard Philippe.

Vaccin contre le coronavirus : quand sera-t-il disponible ?

Le Premier ministre Edouard Philippe a indiqué le 19 avril qu'il n'y aurait pas de vaccin avant 2021. Ce qu'avait aussi annoncé l'Agence européenne du médicament (EMA) le 31 mars. La Commission européenne a débloqué 10 millions d'euros pour la recherche d'un vaccin contre le coronavirus et soutient un projet mettant en lien 300 hôpitaux et 900 laboratoires. En France, une Task Force (force opérationnelle) a été mise en place à l'Institut Pasteur pour le développement de vaccins. Ils travaillent sur plusieurs pistes : celle du vaccin de la rougeole (même famille de virus que le coronavirus SARS-CoV-2) et celle des anticorps. La première consiste à assembler le génome du vaccin de la rougeole avec une partie de celui du coronavirus pour obtenir un dérivé de vaccin que tous les pays du monde savent produire. Des tests sur des souris ont commencé le 11 mars. "Les tests vont durer un mois, un mois et demi : on vaccine des souris, ensuite, on leur prend régulièrement du sang pour voir si elles ont fait des anticorps contre le vaccin. Si elles ont fait des anticorps, on les infecte avec le coronavirus et on voit si elles résistent", expliquait en mars un des chercheurs à RTL. La seconde piste, plus récente, porte sur les anticorps. Dans un communiqué du 15 avril, l'Institut Pasteur explique que son laboratoire Immunologie humorale recherche des anticorps capables de neutraliser le virus SARS-Cov-2. L'équipe dirigée par Hugo Mouquet va isoler des lymphocytes B mémoires spécifiques du virus à partir du sang de patients en rémission, puis les utiliser pour permettre la production d'anticorps monoclonaux qu'elle étudiera au cas par cas. L'équipe espère ainsi proposer des anticorps monoclonaux potentiellement thérapeutiques, et contribuer au développement d'un vaccin. 

Les vaccins en cours de test

  • Vaccin BCG. Plusieurs essais cliniques confirment que le BCG, le vaccin contre la tuberculose renforcerait nos défenses immunitaires contre le coronavirus, estime l'Institut Pasteur de Lille qui doit démarrer d'ici quelques jours une grande étude sur 1 000 personnes pour vérifier cette hypothèse. Plusieurs chercheurs dans le monde, travaillent sur la piste du vaccin BCG anti tuberculose, contre le coronavirus. "Lorsqu'il y a une couverture vaccinale BCG importante dans un pays donné, nous nous apercevons que la gravité de la maladie Covid-19 est moindre", déclare Laurent Lagrost, directeur de recherche à l'Inserm, sur LCI. Les personnes vaccinées contre le BCG ne seraient donc pas immunisées contre le SARS-CoV-2 mais moins à risque de développer une forme grave en stimulant la mémoire de l'immunité innée (première immunité à entrer en jeu face à une infection) et en induisant ainsi une 'immunité innée entraînée' explique l'Inserm dans un communiqué. Les résultats prometteurs ont été publiés dans la revue Cell Stem Cell
  • Vaccin à ADN. L'institut Pasteur travaille en France sur deux axes : le développement accéléré d'un candidat vaccin à ADN qui est "une technique de protection contre les maladies par injection d'ADN codant pour un antigène d'intérêt. L'ADN injecté entraîne une réponse immunologique protectrice, par exemple par la production d'anticorps contre l'antigène. Les vaccins à ADN présentent des avantages potentiels par rapport aux vaccins classiques, y compris la capacité à induire une plus large gamme de types de réponses immunitaires. Deux antigènes candidats ont déjà été conçus, basés sur la protéine S (spicule) du virus, protéine responsable de la "couronne" observée à la surface des coronavirus à l'origine de leur nom" détaille le communiqué de l'Institut Pasteur, le 4 avril. Le second axe de travail est sur le développement d'un modèle animal (la souris) pour l'infection par SARS-CoV-2. "Il permettra non seulement d'évaluer l'efficacité du vaccin, mais facilitera aussi des études in vivo sur le SARS-CoV-2." Ces recherches s'inscrivent dans les projets de recherches du consortium REACTing (REsearch and ACTion targeting emerging infectious diseases), coordonné par l'Inserm. 
  • Collaboration internationale : les laboratoires Sanofi et GSK annoncent travailler au développement d'un vaccin avec adjuvant contre le COVID-19, en unissant leurs technologies. "La combinaison d'un antigène protéique (apporté par Sanofi) et d'un adjuvant (dont GSK a la maîtrise) est une procédure fiable, utilisée dans plusieurs vaccins déjà commercialisés" annonce leur communiqué au 14 avril. Il consiste en l'ajout d'un adjuvant à certains vaccins pour renforcer la réponse immunitaire, et crée ainsi une immunité plus forte et plus durable contre les infections que le vaccin sans adjuvant. "Les deux entreprises prévoient de lancer des essais cliniques de phase I au deuxième semestre 2020 et, en cas de succès et sous réserve des exigences réglementaires, de mener à leur terme toutes les étapes du développement pour pouvoir mettre ce vaccin à disposition d'ici le deuxième semestre 2021" annonce le communiqué. "Le monde est aujourd'hui confronté à une crise sanitaire sans précédent et il est clair qu'aucune entreprise ne peut y remédier seule", a déclaré Paul Hudson, le directeur général de Sanofi.
  • Aux Etats-Unis, la société de biotechnologie Moderna, premier groupe à avoir lancé un essai clinique le 16 mars en vue de la conception d'un vaccin contre le nouveau coronavirus (SARS-CoV-2), le ARNm-1273, dévoile le 18 mai des "données intérimaires positives" de la phase initiale de ses essais cliniques : une réponse immunitaire a été identifiée chez 8 des 45 personnes volontaires participants à l'étude, d'après un communiqué du laboratoire. Rappelons que les essais cliniques de Moderna ont évalué l'innocuité et l'immunogénicité de trois niveaux de dose d'ARNm-1273 (25, 100, 250 μg) administrés selon un schéma de vaccination précis, sur un total de 45 adultes en bonne santé inscrits à l'étude. Les résultats ne devaient pas être connus avant 12 à 13 mois. Le laboratoire annonce désormais que la phase 2 des essais cliniques démarre prochainement et la dernière phase de test est prévue quant à elle pour juillet. Par ailleurs, le laboratoire Johnson&Johnson recherche des candidats vaccins potentiels et prévoit de commencer les études cliniques chez l'homme au plus tard en septembre 2020. 
  • En Allemagne, le Centre de recherche sur les infections (DZIF) travaille sur le codage génétique, soit l'utilisation des parties spécifiques du virus SARS-CoV-2 contre lesquelles le corps humain peut développer des anticorps. "Les scientifiques ont identifié un élément constitutif approprié du coronavirus - une protéine de pointe -, à la surface du nouveau coronavirus. Cette protéine est utilisée par le virus pour pénétrer les cellules humaines. La séquence génique correspondante (c'est-à-dire le plan de construction de la protéine de pointe) sera combinée avec les informations génétiques du vecteur MVA (un vecteur inoffensif déjà utilisé dans le vaccin contre la variole il y a plus de 30 ans) pour aboutir à un vecteur viral qui, lorsqu'il est administré en tant que vaccination, est capable de pénétrer les cellules humaines et, par conséquent, de produire des protéines de pointe. En conséquence, le système immunitaire peut identifier ces protéines comme "étrangères", ce qui stimulerait une réponse immunitaire et la production d'anticorps et de cellules T spécifiques contre la protéine de pointe" détaille un communiqué du DZIF le 9 mars. Un autre vaccin est également avec un autre vecteur déjà utilisé dans le vaccin contre la rougeole.
  • En Chine le premier essai clinique démarré le 20 mars par le laboratoire chinois CanSino Biologics pour tester un vaccin recombinant à adénovirus de type 5 (Ad5) sur 108 volontaires, tous originaires de la ville de Wuhan où le Covid-19 a fait son apparition vient de donner ses premiers résultats. L'auteur principal de l'étude Wei Chen indique obtenir un "début" d'immunité : "Les anticorps ELISA et les anticorps neutralisants ont augmenté de manière significative au jour 14 et ont culminé 28 jours après la vaccination". L'étude parue dans la revue médicale de référence TheLancet rapporte : Parmi les 108 participants (51% d'hommes, 49% de femmes ; âge moyen 36,3 ans) ont été recrutés et ont reçu la dose faible (n = 36), la dose moyenne (n = 36) ou la dose élevée (n = 36) du vaccin. (...) Au moins un effet indésirable dans les 7 premiers jours suivant la vaccination a été signalé chez 30 participants (83%) dans le groupe à faible dose, 30 participants (83%) dans le groupe à dose moyenne et 27 participants (75%) dans le groupe à forte dose. L'effet indésirable le plus courant au site d'injection a été la douleur, qui a été signalée chez 58 des vaccinés (54%), et les effets indésirables systématiques les plus fréquemment rapportés ont été de la fièvre chez 50 participants (46%), de la fatigue chez 47 participants (44%), des maux de tête chez 42 participants (39%), et des douleurs musculaires chez 18 participants (17%). Les essais sont désormais passés en phase II. 

Merci au Dr Mathieu Lafaurie, infectiologue à l'hôpital Saint-Louis à Paris et au porte-parole du service du Pr Didier Raoult, Directeur de l'IHU Méditerranée Infection.

Sources :

Inserm, Les cellules souches sanguines ont une mémoire immunitaire et ouvrent des pistes dans la recherche sur le Covid-19, 12 mai 2020.

Institut Curie, Nicolas Manel, Covid-19 et immunologie

Institut Pasteur, les projets de recherche sur le coronavirus.

Centre de recherche Allemand sur les infections (DZIF), développement de vaccins contre le SARS-CoV-2.

Sanofi, Sanofi et GSK s'associent pour lutter contre le COVID-19, communiqué du 14 avril 2020.

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